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POUR LANNEE 1890

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SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE

DE FRANCE

POUR L'ANNEE 1890

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7, rue des Grands-Augustins, 7

1889

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MÉMOIRES

DE LA

SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE

LA KAHLK DES JUMARÏS Par André SUCHETET

Depuis le milieu du Wh siècle, juscju'à nos jours, un uoiiibie considérable d'auteurs, la plupart des naturalistes et des physiolo- gistes, se sont occupés du croisement, soi-disant fécond, entre le Bos tauriis et deux espèces appartenant au iieni'e Equus, VE. caballus et VE. asinus.

Gesner, le premier (1), dit avoir ai)])ris qu'il existait à Gratia- nopoli (Grenoble) un Mulet (|ui naît de l'Anesse et du Taureau et ((u'on appelle Jumart en français. Cette indication se trouve dans l'édition de M. D. L. I., Tiguri apud Christ. Froschoveruni, p. 799. Il y a même dans l'édition d'Henri Laurent de Francfort, anno SCVI- LICIO-IOCX, p. IGO, que des hommes dignes de foi avaient vu aussi au pied du Mont Spelugi (Tyiol) des animaux ués de la Jument et du Taureau.

Après Gesner, Huelï (2) et Cardan (3) parlent de ces prétendus hybrides. En Suisse, écrit le premier, une Jument saillie par un Taureau mit bas en temps voulu un Poulain ayant seulement les pieds de la Cavale, mais ayant la forme d'une Vaciie pour les crins et la queue; Cardan ne cite pas de faits, il se contente de donner quelques détails sur la conformation des produits.

Jean-Baptiste Porta dit avoir vu lui-même à Ferrare un animal de la forme du Mulet, ayant la tète de Veau sur laquelle on apercevait deux proéminences eu guise de cornes ; il était de couleui' noire et avait des yeux de Taureau (4).

(1) Historiœ nnirnalium, Lib. I, de Oii;i(Itii|H'dihus viviparis.

(2) De conceptu et rjeneralione.

(3) De conlraïUct. medi.

(4) Nous plaçons cet auteur au XVI'' siècle, (pioique son Truite de Iti Magie natu- relle où se trouvent ces observations, n'ait été imprime à Amsterdam qu'en 16(>4. Mais on assure que Porta avait écrit les premiers livres de cet ouvrage à l'âge de quinze ans ; or, Porta était vers 1545 (Voyez Feller, Biogr iiniv.). Nous n'avons pu nous-mème consulter La Mag. nal.. nous la citons d'après Blunienbacli, De

generis humani varietate nalura, p. 14 ; Goettingae, cb b cclxxvi.

-: ANDKK SUCHETEÏ

l'Iusicdis auteurs du XVJIesièclo éf-riveut sur le uiêuic sujet; ils ne sont jjas encore bien nombreux. Une première mention des Jumarts est faite dans Hist. nat. max. Nieremberg, Anvers 1635. Au chapitre XXIV, on trouve : « Un Cheval naquit d'un Taureau et d'une Jument » et au cljaijitre XXIX, on lit : « une cinijuième espèce de Mulets est celle qui naît de l'Anesse et du Taureau. » Vient ensuite Zacchias (Questioni's iiicdico-lcgales, Avenion l(îo7j, qui déclare avoir vu lui-même le Mulet d'un Taureau et d'une Jument. Mais c'est le pasteur Jean Léger, dans son Histoire (jénérale des églises évangé- liqiu's du Piémont, imi)rimée à Leide en 10G9, qui a le plus contribué à répandre cette croyance. Il est cité par presque tous les auteurs qui ont écrit après lui. « Entre les bêtes domestiques, dit-il (1), il n'y a que les Jumarts que je trouvai tout à fait inconnus en tous ces pays septentrionaux. Cet animal s'engendre ou d'un Taureau et d'une Cavale ou d'un Taureau et d'une Anesse. Ceux-là sont plus gros et s'appellent Baf ; ceux-ci sont plus petits et s'appellent Dii ; ceux-là ont la mâchoire supérieure beaucoup plus courte que l'infé- rieure, à peu près comme les Pourceaux, mais en sorte que les dents de dessus sur le devant sont un pouce ou deux doigts plus reculées que celles de dessous. Ceux-ci, au contraire, ont les mâchoires de dessous beaucoup plus longues, quasi comme les Lièvres ou Lapins, mais en sorte que les dents de dessous sont aussi plus avancées, tellement que ni les uns ni les autres ne peuvent paistre à la cam- pagne que l'herbe est si longue qu'ils la coupent avec la langue; ils ont teste et queue de Bœuf et tant soit peu d'élévation à la place des cornes; et par tout le reste, ils tiennent de l'Ane ou du Cheval. Leur force est inconcevable, eu égard à leur grosseur, ils sont plus petits que les Mulets, mangent peu et dévorent le chemin. »

Le pasteur nous fait savoir (|u'il a fait jusqu'à dix-huit lieues « tout par la montagne, le 3 et 4 septembre, avec un tel Jumart; » il déclare avoir été beaucoup plus à son aise que s'il eut été monté sui' un Cheval et accompagne son récit d'une ligure assez grossière re|)r('seiilant sa monlui'(î. Ainsi il clablil une (listinclioii eiitic l'aiii- Mial (|ui nait d'un Taureau et d'une Cavale et le produitdu Taureau et de l'Anesse ; cette (iislinclion avait du rcslc déjà été l'aile par tous ses prédécesseurs.

Le célèbre, mais trop crédule John Locke, ipii croyait sans difilculté à l'hybride du Chat et du Rat! s'empresse d'accueillir ces assertions et parle du Jumart « from the mixture of a bull and a

(1) Cliap. I, pp. 7 et 8.

LA FAMLK DKS JUMARTS '4

mare (1). » Yeuelte les ndiiict aussi o.r apni ci nicca (2), mwmque et asi)i<) (3).

Cet être assez prol)l«'iiuili(|ue est étuclic an XYIII'-" siècle d'une fafon toute particuli('n^ Les uaturalisles les plus célèbres lui (lonuenl leur alleulion : les voyageurs, les uiédecius et les pliilo- so[)hes s'en ocoupcut : les diclionnaires et les encyclopédies en parlent. Mais alors, serrée de plus près, la légende commence à s'évanouir ; nous allons voir l'existence du Jumart mise en doute, bientôt niée i)ar plusieurs.

Ainsi le Journai Kni-yclopédiijuc (Mars 1 1()2.) létule Wicler ipii pré- tend que le Bœuf avec la Cavale donnent une sorte de Encéphale, parce que, dit ce journal, « on n'a pas de preuves de ces laits. » UEncyclopédie de Felice, 1773 (4), en présence des dissections de Jumarts qui sont reconnus pour être de vrais Bardots par le cardinal des Lances (5), traite de fable les lécits (|ui ont été lails à leur sujet. UEncyclopédie méthodique est moins atlirmative, mais elle exprime des doutes et penche visiblement pour l'opinion qui rejette l'exis- tence des Jumarts.

Un voyageur allemand, venu à l'école d'Alfort dans le but d'exa- miner un Jumart qui devait avoir eu pour père un Taureau et pour mère une Anesse, raconte ainsi sa mésaventure à ses amis : « Je voulais voir ce bastard, quand on m'apprit à mon grand regret qu'il Hait mort. Il n'y avait plus que les os de la tète avec les muscles qui avaient été préparés; le larynx était cependant conservé en partie; çà et pendait un peu de peau. La bouche paraissait plus large que celle du Cheval et ressemblait assez à la bouche d'un Bœuf; c'était la seule partie du reste qui présentait quel({ue chose d'anormal. Toute la tète, et les parties molles qui la recouvraient encore, ne différaient pas du Cheval. Les dents de la mâchoire infé- rieure, il est vrai, étaient uni)eu plus épaisses, mais elles avaient la

(1) Voyez .4n essay concerning hum an under standing, wrilten by .John Locke, gent. London 18:tô, p. S^W. L'essai de Locke avait été commencé en 1(170.

(2) Voy. Haller, Elomenta phy.^iDlagiœ corporis huniani. Lugduiii Batavorum, .MDCCLXVL Voir VJII, p. 8.

(3) Voy. Blumenbach, op. cit., p. Li.

(4) Dictionnaire des connaissances humaines, t. XXV.

(5) '< Le cardinal des Lances, dit /'£»iC!/(:/o/)('di'e, a fait disséquer des Jumaits.espèce de Mulet, connue des Romains et née du Cheval el de l'Anesse, plus petite que le Mulet ordinaire, mais capable comme lui d'un ^'rand travail. Cet animal est un véri- tal)le Ane; il n'a ni coimio. ni oiii,'i(' fi'iiiiii, ni ijuiilre esloniacs; la queue est celle de l'Ane. >.

1 ANDRK SUCHKÏET

forme ])ro])re à la race chevaline. » Dans la mâchoire snpérieure il pnt remarquer six dents et cin(] dans la mâchoire intérieure. En conséquence, dit le voyageur, si le .luinart est tel, il n'est autre (|n'un Cheval aufiuel l'imagination attrihuait une ressemhlance avec le Bœuf; ceci paraît d'autant plus exact (pi'un jeune étudiant qui avait vu l'aniniai vivant m'assura (ju'il ressemblait tout à lait à un Cheval (i).

Les Allemands se sont du reste toujours montrés jm'ii crédules sur ce chapitre. Dans les Commentarn de Rébus in historia naturali l'I mcdecina (jcstis, imprimés à Liepzig en 177ÎI. l'auteur cherche encore à démontrer (|ue les Jumarts sont tout sinq)lement des Hiiini, c'est-à-dire des produits du Cheval et (h; l'Anesse (t. XXIÎ, partie I).

J.-A.-A. Meyer, dans le Magaz-in fâr Tltiergeschichtr, nie aussi l'origine du prétendu hybride. S'appuyant sur les dissections du Cardinal délie Lanze et sur le dire de plusieurs naturalistes alle- mands qui ont pu examiner des Jumarts à la ménagerie deCassell, il donne l'Etalon et l'Anesse comme leurs vrais parents. C'est enfin, en 1780. Ulumenbach qui s'élève contre ces prétendus hy- brides : ce ne sont, dit-il, (|ue de vrais Bardots [de gêner is humani varielnte. Coettingœ, CIO 13 CCLXXVl). Plus tard, il les traitera de fables {llandbuck der Naturgeschichte, 11° édition, Goettingen, 1825).

Cependant cette opinion n'est pas encore la plus répandue et on cite des faits nombreux pour prouver la réalité de ces hybrides : « Il ne nous est pas permis de douter, dit Réaumur (2), qu'il n'y ait dans les montagnes du Dauphiné des animaux dont les uns doivent leur naissance à l'accouplement d'un Taureau avec une Jument et qu'on appelle Ju/)iar{A-, et les autres doivent la leur à l'accouplement d'un Taureau avec une Anesse; on assure aussi, ajoute le célèbre j)hysicien, qu'il y a des Mulets si extraordinaires dans les mon- tagnes d'Auvergne ».

Le Manuel Lejcique, attribué à l'aîjlté Prévost (3), 1775, le Diction- naire Languedocien, de François de Nîmes (1756) (4), le Dictionnaire raisonné universel des animaux, ])ar M. 1). L. C. 1). B., Paris, 1759 (5).

(1) Berner kung en eines Reisenden in lirirfen an seine Freundr. Altenlmrg, 177o. Zweyler Theil, p. (50.

(2) Page .-ÎT.").

(3) Ou Dict. portatif des mots français dont la signification n'est pas familière h tout le monde, p. 385.

('4) Paf-'t' :2iJG. (6j T. 11.

LA lAliLI", l)i:s .lU.MAUTS D

L(> Coins illiisliiivi' luiliiirllr (I) (l';iris. 171)0;. l'.oiir-iicl, dans ses /,('/// v.s///)//o.so/>/HV/?(c^(Ainsterdam 1719), Bose, de ('.ciin'alionehybri- (1(1, M|>siiP 1777. sont d'avis ((ii'il cxisto des animaux enj,'endrésd'un Tanrcau et d'nne .lunicnl (2), ou d'un Taureau et d'une Anesse (3), ou encore d'un Ane avec une Vacliel'ij: plusieurs en donnent la description.

Des voyageurs les nuMilionueiil dans plusieurs eonlrées de TEu- ro|)e. Ainsi Mérolle raconte, dans un voyaj^e qu'il lit au Congo, (lu'arrivé à la baie de Corsicas, on lui envoya pour porter ses baga- ges au monastère voisin un BomiI (pii, en sa (pialité de bête de somme, est d'un usage très commun dans ce |)ays; cela lui parut étrange, mais il lut encore plus étonné lorscju'on lui apprit qu'on s'en servait comme de bidet à l'occasion. 11 apprit alors de quel- ques gentlemen portugais ([u'on agissait ainsi dans l'île du Cap-Vert, il existe une race intermédiaire entre les Bœufs et les Anesses, race qu'on paraît obtenir du croisement du Taureau avec l'Anesse, en attachant sur cette dernière une peau fraîche de Vache pour tromper le Taureau.

Mérolle ne se fait pas le défenseur de cette cause et se contente de rapporter le dire des Portugais, il ajoute môme: « aux philo- sophes de tirer les conclusions qu'il leur plaira » (o). Mais M. Shaw qui a voyagé dans plusieurs provinces de la Barbarie, dit qu'on emploie une espèce de Mulet nommé Kumrab qui vient d'un Ane et d'une Vache; « c'est une bète de charge, dit Shaw, petite à la vérité, mais de fort grand usage. » Les Mulets quil a vus « n'avaient qu'une corne au pied comme l'Ane, cependant ils en étaient fort dilïérents à tout autre égard, ayant la peau i)lus lisse de la ([ueue et la tête de la Vache, excepté qu'ils n'avaient point de cornes. »

Bonnet croit aussi aux Jumarts ; à une h;ttre (piil écrit à Bour- gelat, le célèbre vétérinaire, qui avait fait disséquer une soi-disant

(1) Manuel Lexique, p. 583, Dictionnaire Languedocien, p. 256 et Dict. rais, universel.

(2) Manuel Lexique, p. :î85, Dict. Languedocien, p. 2o(J, qui les nomme encore JliiiiK^i'ie ou Jliinicrus, de (ieneratione hybrida.

(!J) Cours d'Itisl. naturelle, p. 457.

{i) Manuel Lexique, p. '.iUli, Dict. raisonné universel. Lettres philosophiques, de Gcncrutionc hybrida.

(3) La Uclationc del viaggio net Regno di Congo date de 1092, mais elle est si pou conmie en Fiance ([ue Enriès dans son aiiicic .U('/"o//a (Biofirapliie Universelle) t. XXVUI, p. 38^1. parait croin? qu'elle n'a jamais tMé écrite en ilalicn. Nous l'avons trouvée dans la ColU-cliim of Voyages and Trarfis, Londun, Cliuichill, 1704, vol. 1, p. 655.

fi ANDRK SUCHETKT

Juinare (1) sous ses yeux, àlt-cule de Lyou, et qui depuis avait ouvert et disséqué plusieurs autres individus, les uns mâles, les autres l'einclles, lui répond ceci : « Je crois à l'existence d'un genre particulier de Muh^ts appelés Jumarts, comnK! à la mienne même. J'en ai eu |)lusieurs, dont (piclcfues-uns m'ont ctc envoyés du Haut- Dan|)iiiné par les élèves des é(;oles vétérinaires, et (pii avaient pris naissance dans les fermes de leurs pères » (2).

(1) Nous disons « soi-disant »,cai'Buurgolat igaorail coin|)lèlL'iiicnt l'origino de cet animal. Dans une note additionnelle (p. li\o), qui suit immédiatement la table des matières contenues dans le Tome VI, de la Collection des Œuvres de Ch. Bonnet, Bourgelat ditquele «PariiCtth'eî' » dont il la tenait n'était pas, selon les apparences, plus instruit que lui à cet éfj;ard cl qu'on n'étail assuré de res[)èce ni du père ni de la mère.

(2) Considérations sur tes Corps organisés, l. Il, que l'un h-ouvei-a dans les Œuvres d'Histoire naturelle et de Philosophie, édil. de MDCCF>XX1X, imprimée à Neufchàlel, de Ch. Bonnet, t. VI, p. 349 et suiv.

Nous n'avons point encore eu l'occasion de donner une description anal()uii(|ue des Jumarts. Nous reproduirons ici eu grande partie celle (|ui fut envoyée à Bonnet jtar Bourgelat d'après la Jumare disséquée à l'Ecole vétérinaire de Lyon. «Considérée extérieurement, cet animal avait le front, la mâchoire antérieure conformés comme dans le Taureau, mais la tète ayant été dépouillée de son enveloppe, on trouva le crâne beaucoup plus arrondi que dans le Cheval ; l'os frontal plus évasé, les os du nez plus enfoncés à leur partie supérieure, les oritices des forces nasales beaucoup plus étroits; ces mêmes fosses, beaucoup plus resserrées: l'entrée delà fosse oibitaire, ronde, au lieu que dans le Cheval elle est ovale; le palais beaucoup plus large et beaucoup plus concave; la mâchoire antérieure plus courte d'un pouce et demi que la postérieure; la première ayant, comme dans le lîd'uf au moins deux pouces de plus en largeur que la seconde. Chaque mâchoire était garnie de douze dents molaires, six de chaque côté, celles de la mâchoire postérieure d(''crivard un arc de cercle en arrière.

L'endroit qui répond aux i)arres du Cheval était aplati, et son étendue d'un

pouce et demi. Du reste, tout l'intervalle (pii sépare les incisives et les molaires, était convexe, tandis que dans le Cheval il est concave.

Cette Jumare n'avait point de dents canines ou de crochets. Les incisives, (pii sont au nondjre de huit dans la mâchoire postérieure du Bonif n'étaient ici qu'au noudjre de six dans chaque mâchoire.... Leur position n'était pas verticale, elles

inclinaient en avant La langue ne dilîérait point de celle du lioiif. Les papilles

ou mamelons y étaient aussi sensibles (|ue dans celui-ci.

La glotte était proportionnellement beaucoup plus large que celle du Clieval..., Les yeux ne dilîéraient en rien â l'exlcr-ieur de ceux du CIicv.il, maison n'y remar- (|uait jioint ces prolougemeids de I'iimc, (pi'on voit â l;i p;iiiir Mipérieure et infé- riiMire de la pupille du Cheval L'csIoukk; était uni(|ne, et conformé précisément comme celui du Cheval, mais il était beaucoup plus ample. La rate était delà même ligure rt de la même consistance ipu' celh^ du Bu'uf. La vessie, dans la plus grande dilatation, ne s'étendait [)as au delà de li'ois pouces. La matrice était absolument semblable à celle de la Jument ou de l'Auesse.

Du reste, nulle vésicule du bel et nulle ditlérence dans la structure des autres viscères, ((ui ressemblaient en tout aux autres viscères de la Jument.

Lnlin, la myologie de celte Jumare était parfaileuu'nt semblable à celle du Cheval.

I,A FAHLK l»i:s .Ii:.MAnTS /

Le savant anatomiste italien, l'abbé Spallanzani admet encore sans hésiter, l'existence des Jumarts ; il écrit que « l'autorité de cet homme célèbre (Bourgelat), mérite une entière foi » (1).

Valmont de Bomare, le premier naturaliste qui écrit un diction- naire d'histoire naturelle, dont quatre éditions sont successivement tirées, s'étend longuement sur les Jumarts. Il rappelle, entre autres faits qu'en 1767 on pouvait voir à l'école vétérinaire de Paris, deux de ces productions tirées du Dauphiné; l'un de ces animaux était mâle et l'autre femelle. « La Jumare était le produit du Taureau et de la Jument; elle n'avait rien (U) dilïérent d'une petite Mule ordi- naire, si ce n'est que sa màclioire supérieure était beaucoup plus courte que l'inférieure. Quant au Jumart, qui devait le jour au Taureau et à l'Anesse, il était environ de la taille de trois pieds deux pouces. » Valmont de Bomare en fait la description qu'il serait trop long de rapporter; cet animal possédait plusieurs caractères propres au Bos taiirus.

II parle aussi de la Jumare, fort vieille, âgée de trente-sept ans, qui existait à l'école vétérinaire de Lyon ; il en donne une des( rii)- tion d'où il ressort qu'elle ressemblait pins à la Jument ({n'an T;in- reau. Une quantité de détails se trouvent ajoutés an portrait qnil en trace; les habitudes de cet animal, sa manière de manger, rien n'est passé sous silence. Aussi, « par cette description, ajoute-t-il, il ne reste plus d'incertitude sur la possibilité de l'existence de ces Mulets. »

Il fait encore savoir que dans la paroisse de Saint-Igny-de-Vers, en Beaujolais, une Vache saillie par un Etalon navarrain donna un produit (mi-partie), n'ayant malheureusement vécu qu'un mois et sur lequel on n'a donné aucun détail. Un domestique, natif de Gap, assure avoir vu chez un habitant voisin du domicile de son père, une Jument qui pendant quatre années consécutives a donné régulièrement un Jumart mâle ou femelle.

Le baron de Gleicben, s'étonne que l'on puisse douter de la réalité des Jumarts; il déclare avoir vn asstïz souvent deux de ces animaux, lorsqu'il était second chef de la grande écurie de Bayreuth; ces Jumarts avaient été achetés à Arles en 1755, cent et quelques livres la pièce; toutefois on ne s'était point informé (( quelle espèce d'animal étoit leur père, mais leur conformatiini desceloit trop l'Ane pour que l'on sy méprit. » On peu donc sup-

(I) Traité sur la Génératinn, p. :U(), Voy. aussi p. 2i't. Aftirmalions que Ion trouve encore (laus les Œuvres de Spallan/.ani, texte italieu et traducliou fran- çaise, III, p. .316.

8 ANDRE SUCHETET

poser que Gleichen leur donnait ce dernier pour père et la Vache pour mère (1).

L'auteur de la Dissertation sur la génération et les animalcules spermatiques dit que les Jumarts achetés à Arles n'étaient pas beau- coup plus grands que la plus grande espèce d'Ane des meuniers; « ils étoient mâles, le poil bai, à la tête grosse et au front large; point d'oreilles longues, le col, le dos, les jambes, les sabots et la queue de l'Ane, dont ils avaient presque la voix, ils étoient, outre cela, fort lassifs, méchans et têtus, se cabrant quand ils pouvaient seulement trouver une petite place pour assaillir le valet d'écurie, etc. »

Ces aniuiaux, ajoute de Gleichen, devicinit'iil lai'einent jtliis grands (|ii(' la plus grande espèce d'Ane; cependant nn ami digne de loi, (pii a séjourné à Madrid |)en(lant (|uel([ues années, lui a assuré qu'il avait vu dans les écuries du l'oi, uu Juinarl |)lus grand que le mulet le plus grand et (pii servait d'étalon (2).

Une lettre écrite d'Avignon le 30 Novembi'e 1777 et insérée en note dans sou ouvrage, donne des détails sur la manière dont on obtient les différents genres de Jumarts (|ui se trouvent en Auvergne, en Dauphiné, dans le Vivarrais, etc.

Plusieurs des précautions que l'on conseille de prendre pour arriver à ce résultat paraissent su})erl1m^s au haron de Cileiehen.

Celh» lettre ajoute que le « Jumarl provenant d'un Ane ou d'un Taureau, a toujours la tète de Veau et les oreilles courtes, le poil d'un gris clair, comme l'Ane, quoique de temps en temps, il s'y trouve (|nel(pie diversité. Les sabots, les jambes et le ventre tiennent entièrement de l'Ane. Ces bâtards sont ordi- nairement plus petits que la grande race des Anes de meuniers, quoi(pi'il s'eu trouve quehpu^fois de plus grands. On n'y remarque aucune trace de cornes (3). Leurs dents sont connue cellesdes autres Anes, mais ceux dont un Ane est père, ont la mâchoire supérieure ])lus longue, presque d'un pouce, que l'inférieure, et les autres ont c(dle-ci qui avance d'aulant sous la supérieure, c(^ (pii fait (pi'ils

(1) Ce qiialrièrnc genre (le .luiiifii'l esl ciiiii (|iii ;iv;iil clé déjà tiicnlioiinc piii- le voyageur Schaw.

(2) Voy. pour ces renseigaeiiienls, Disscrldlioii sur ht ijnii'rddou. Irs (iniiiid- cules spermaliques et ceux d'Infusion. Oiivra^'e Iradiiil de ralleiiiand, Paris, an Vil.

(li) l»r (iiciclii'ii ri'iiian|uc ifi (|iic daii> le tiii'nioirc de S|iallaii/ani sur les Midrls ri sur 1rs (llllrcs hilhirds. i>il lil ri'|iciidanl (|iril> old des (■(irili'S asxv |icliles.

LA FARLK OES JUMARTS y

ne poiivont point pàturei-, nuiis ({ii'il i'aiit lus nourrir dans IV-tahlc, (l'hrilics, d'avoine, d'orge et de son. »

A la (in du XVIIIe siècle, nous eroyons pouvoir encore nicn- lioiincr. coin me partisans des Juniarts, Hossi (Mc'in. Socifta IhiUdiid, T. \ll. p. III». anno 1799), et avant lui Pallas (|ui assure «qu'ils sont connus dej)uis les temps 1rs plus rccidcs. » (\'oy. Spirilcf/ia zooloifica, \). .'}{, 1770).

Nous parlerons enfin du citoyen Sutières qui dit avoir possédé lui-même pour sa culture des Jumarts dont la force était extraor- dinaire. Il donne de longs détails sur trois individus qui lui ont rendu de grands services (1).

Nous avons omis dans cette nomenclature les deux minis de Bufïon et de Haller. Bufion, qui n'avait pu recueillir sur ces hybrides qu'un très petit nombre de faits, n'avait point voulu se Ijrononccr (2). Cependant, sans nier leur existence, il paraît plutôt eu douter. Dans sa terre de Bufïon, en effet, en 1767 et années suivantes, des rapprochements libres avaient eu lieu entre une Jument et un Taureau qui habitaient la même étable, mais jamais il n'en était résulté aucun produit. Comme ces accouplements s'étaient renouvelés pendant plusieurs années et qu'on ne pouvait le nier, car ils avaient eu pour témoins tous les gens du pays, Bulïon se trouvait donc amené à croire, qu'an moins sous notre climat, l'union du Taureau et de la Jument restait stérile. 11 n'ajoutait point foi non plus au récit du voyage de Mérolle, mais il se montre plus réservé à l'égard du Dr Schaw, voyageur 'instruit, ([ui décrit le Mulet nommé Kumrach, produit de la Vache et de l'Ane.

Du reste, on lit autre part, qu'ayant fait venir un Jumart du Dauphiné et un autre des Pyrénées il reconnut, « tant par l'ins- pection des parties extérieures que par la dissection des parties intérieures, que ces Jumarts n'étaient que des Bardeaux ». Il se crut donc autorisé à dire «que le Jiimait n'était qu'un nom chimérique et sans origine réelle ».

Quant au célèbre de Haller, il nous paraît ressortir des pp. 8 et 9 de ses Elenicnta plii/siolngiai, qu'il doutait de l'existence des Jumarts, « Non ita certnm est, » etc. D'après Isidore Geoffroy Saint-Hilaire {HixL tirs rhjncs onianiqucs, III, p. 146), il aurait fini par les

(1) Ce ivcit se trouve dans la Dcrade plulosopliif/ur, iittrrnire et polilif/iir, V année, 2" triniesU-e, n" 15, :iO pluviôse, p. '.\2.'.). De l'animal ipi <in apitellc Jumart.

(2) Voy. p. 'i<)<), T. IV (lèses (Eucrrs coiiiplrlcs . ImIII. d»- IS'i'.).

(3) Voy. p. 448, même volume.

10 ANDRÉ SUCHETET

admettre en présence des dissections opérées par Bourgelat. Isidore Saint-Hilaire n'indlipiant pas l'ouvrage il a puisé ce renseignement, nous n'avons pu vérifier si cette assertion était exacte.

Les auteurs qui croient à la réalité des Jnmarts ne sont plus nombreux au XIX^ siècle. Cependant une polémique violente s'en- gage dans les Annales de l'Agriculture franraise (1807 et 1808) entre Tupputi et Husard. Celui-là se fait leur défenseur. Il nomme les savants éminents qui se sont prononcés pour l'alïirmative et se demande s'il est permis de récuser un si grand nombre de témoi- gnages. C'est surtout sur Bourgelat (pi'il s'appuie, mais il avoue qu'il n'a jamais vu de ces produits (1).

Le colonel Rottiers, envoyé en Géorgie, au commencement de 1812, comme clief d 'Etat-Major du prince Orbelianoff, recueille le fait suivant que nous trouvons rapporté dans le Journal des Haras (2), année 1829: « Comme il nous fut impossible, raconte le colonel, de nous procurer à Gori des voitures pareilles à celles qui nous avaient conduits jusque là, nous nous vîmes forcés de nous contenter de quelques Chevaux et de Mulets d'une espèce particulière et à l'existence desquels beaucoup de personnes refusent de croire. L'hybride d'un Ane et d'un Buffle femelle, le Jumart en un mot esltrès commun dans le Nord de la Perse. J'en ai vu un grand noml)rc en Géorgie. Il est plus grand, plus beau, plus fort et moins têtu que l'Ane et le Mulet ordinaire ; il tient cependant fort peu de la femelle qui l'a mis au monde. On conçoit tout ce que l'on a pu objecter contre la possibilité de l'accouplement de deux espèces aussi différentes de mammifères, d'un ruminant avec un animal à un seul estomac, d'un solipède avec un bisulio; mais à cela je réponds : le fait, le fait ! Ce fait, je viens encore de l'attester après une foule de voyageurs; je souhaite que mon témoignage fasse définitivement pencher la balance du coté de la vérité. »

Nous aurions donc un cinquième genre de Jnmarts non encore décrit; celui qui provient de l'accouplement du Bulïle femelle avec l'Ane !

Ce fait est accei)té sans réserve |)ar le feu pinfesseiir Casanova, nuiis celui-ei collectionnait les faits les plus invraisemldahles, nous sommes obligés d'ajouter les plus ridicules (3).

(1) Voy. XXXI, p. :iO'..

(2) Des chasses et des courses de Chevaux, III, 1"^ avril. I»' livi., \x-2\\.

(.'i) Voy. Ibridisino in especie, etc. (1883) on lil par i'xcin|>li' qm^ la Coloniltr iiniu au Faucon onL^emlre le Coucou I

LA FABLi: DKS JUMARTS I I

Cardiiii, en 1848 {Dictionnaire (VHip'patiqnc), parait aussi se faire le (léfeiiseiir des Jmnarts. Il cile, p. 140, un fait assez intéressant et se i-apportant aux études de Bourgelat. Le célèbre vétérinaire avait |)lacé un Etalon navarriu dans les hautes niontajïnes de la province du IScanjolais. « Cet Etalon |)lein d'ardeur couvrit uni; Vache, il eu na(|iiil un .lumarf.... Ce Juniart ne vécut que (|uatre mois; il avait plus de rap|)orls avec la mère qu'avec le père. » l>ouri;elat lut frap|)é, paraît-il, de deux proéminences qui se fai- saient iiMuarquer à l'endroit des cornes comme dans le Veau naissant. Cardini cite plusieurs autres exemples, qui nous sont déjà connus.

Eiu'ore i)lus prés de nous, Lucas {Trailé pliilosopliitiin' et plii/siolo- ijique de l'hérédité naturelle, Paris, 1850) semble admettre l'exis- tence des Jumarts, car il ne fait aucune objection aux faits cités par Valmont de Boinare. Nous croyons aussi (jue Malte-lJrun les avait accrédités dans sa Monographie des Basses- Alpes (1).

Devons-nous comprendre dans cette liste, Groi;nier qui n'ose rien décider ? « Tout ce ([ue nous savons, dit-il, c'est qu'on a vu souvent des Taureaux couvrir des Cavales et des Étalons saillir des Vaches. » Il pense néanmoins que, « pour avoir reconnu cent fois que ces accouplements avaient été stériles, on ne peut pas (;n conclure qu'ils n'ont jamais été féconds. « Nous avons la certitude, ajoute-t-il, que, dans les pays les mâles et les femelles de toutes les espèces sont pèle-mèle au pâturage, il naît (|Uél(piefois des Mulets à tête de Veau, à queue de Vache, avec des protuhérances à la place des cornes,, ayant le corps et les jambes faits comme dans le cheval. »

Tel est le texte que nous avons lu dans son ("oai's de Zoologie vétérinaire, 2e édit.. Paris, 1887. Si nous en croyons (>ardini ([ui rapporte le même passage, Gronier aurait ajouté (pie « sans nier l'existence des Jumarts, il les regardait comme invraisemblables. »

Parmi les écrivains du XIX^ siècle, il s'en trouve donc (piebiues- uns qui n'osent nier absolument l'existence des Jumarts, et d'autres même (fui l'admettent sans hésitation, mais il faut avouer (ju'ils ont contre eux le plus grand nombre de savants.

Sans nous étendre sur les considérations ([ue l'on op[»ose à cette fabuleuse existence, considérations (pii, du reste, sont partout à peu près les mêmes, car presque tous ceux (jui écrivent regardent la chose comme jug('^e, nous nommerons Bechstein, ({ui ne voit

(1) Vo\ . Hiilh'llii lie lu Sociclr il'dcrUni.. \\. p. 'n"^. ISCT.

1 î ANDRÉ SUCHETET

chez les Jiiinarts que des Bardots ditïunnes (1) ; Meckel, ([ui pense de même : « attendu cjuc tous leurs caractères sont propres à ces animaux et qu'on n'a jamais eu de témoiiïnages bien autlieuticjues de leur prétendue origine (2j; le citoyen Giorna, (jui reconnaît que la tradition parait couHniier leur existence dans les vallées de Turin et de Pélis, mais ([ue les })reuves d'une existence j)assée uuuiquent (3); Wilduugen (4), qui se refuse à croire qu'ils aient jamais vé(;u ; Marcel de Serres, qui écrit ([u'il doit en être ainsi (5) ; le lieutenant-colonel Hamilton Smith, (jui constate que les Jumarts de Barbarie, appelés par les indigènes Koomrahs ue sont que des chevaux sauvages de montagne ou tout simplement des Hinnus (6) ; Déterville, qui prétend que tous, sans exception, sont des Bardots à tète dilïorme (7j ; Paul Gervais, qui conseille de nier leur existence jusqu'à preuve du contraire (8) : Rousseau, qui a des doutes sur eux et les appelle « des êtres imaginaires (9) ; Duvernoy, qui regarde comme une fable le mélange du Taureau et de l'Anesse (10): Flouicus, ((ui déclare ■k priuri \e fait impossible et fait connaître ])lusieurs expériences toujours restées infructueuses (il) ; M. de la Morandière qui, pendant sou séjour dans les Basses-Alpes (12), a constaté que les rares Jumarts répandus dans les montagnes n'étaient (pie des Mulets dégénérés à tête ditîorme (13); Godron, i\m écrit que l'on doit reléguer parmi les fables leur existence (14) ; le D'' Broca. qui déclare que tous ceux qui ont étudiés n'étaient que de vrais Bardots, enfin et pour ne pas prolonger cette liste Isidore Geoffroy St-Hilaire qui ne craint pas de dire que l'existence des Jumarts est rejetée par la science (15).

(1) Gemein. Nalurrj. 1, p. 2!»4, en note, ISOl.

(2) Traité général d'analoiuir comparée, trad. de rallemaml, p. 'i(t2, Paris^ 1828.

Q\) Mém. Àcad. des Sciences, Belles Lettres et Arts de Turin, p. i:;4, an XII.

(4) W eidniann' s feierabanide fiir Jaeijer u)td .hujdfreunde,V.\}. :{<s,Marbiirg, 181'.».

(5) Revue du Midi, IX, p. :J4λ, 18:j;;.

((■)) The naturalisl's library, XII, p. '.Vil, Ediiiibiirj;li, IS'i".

(7) Dictionnaire, p. ;i68, 1838.

(8) Hist. natur. des Mammifères.

(9) Revue de Zoologie, p. o08, 18.'i2.

(10) Dict. d'Orbifjny, art. propagation, p. '.W>.

(H) Voy. Ontologie naturelle, i" leçon, Paris, isd'i. Consiillez aussi : Dr l'Inlrt- ligence chez les animaux, édilion de IS'i.';. |>. \ilj.

(12) Alors qu'il étail sous-préfet.

(13) Bulletin de la Soeiél»' d'acclimatation, 18(17, |». 448,

(14) De l'espèce, p. 210.

(15) Op. cit., p. 14^) et 14fi.

LA FABLK DES JUMARTS 13

S'il nous était permis de nous prononcer nous-iiièiiie,uousdirioiJS que nous avons vu et palpé un Jumart ! Dans notre bonne ville de Rouen, rue de Croizilles, 20, il en existe un en eiïet, venu des pain|)as de Bnenos-Ayres. Mais c'est un très va^ue on-dit delà-bas, (|iie le propriétaire de l'aniniai nous a raconté en souriant.

Un vélérinaii-e distingué de notic département a bien voulu, sui' notre demande, examiner la béte et nous a conlirmé dans notre opinion eu nous attestant comnu^ i)rogéuiteurs l'Equus caballus ^f et i'iùjiius asiiiKs 9, en sorte qu'encore ici on n'a aiïaire qu'à un Bardot. Du reste, M. Aug. Pendola, le directeur du Musée national de Buenos-Ayres, dans une communication (pi'il imus adresse, nous assure (pi'il n'a jamais entendu dire que des accouplements entre Taureaux et Anes se produisent (pielquefois.

Cette opposition générale, qui s'élève anjourd'bui dans la science, contre l'existence des Jumarts, n'a point cependant été capable de détruire dans les contrées on a signalé ces hybrides, l'antique croyance populaire ? Une enquête que nous avons faite à ce sujet nous l'a démontré. Beaucoup de personnes croient (|ne l'union des deux genres Bos et Equus, appartenant à des ordres distincts, est néanmoins capable de devenir féconde.

Avant de rendre compte de cette enquête, nous désirons rappeler une communication importante qui fut faite par M. llaniy en 1872, à l'une des réunions de la Société de Biologie de Paris.

Après avoir fait remarquer qu'une telle fécondité est aujourd'hui généralement regardée comme une fable, M. Hamy s'exprimait ainsi : « Quelques personnes continuent cependant à croire à l'exis- tence de ces étonnants produits. On attribuait en 1830, aux Arabes d'Algérie, l'art de les obtenir et d'en tirer un parti avantageux pour divers usages domestiques. Et, il y a peu d'années, un médecin français de Constantinople, écrivait au Muséum que le Sultan en possédait deux dans ses haras. Aujourd'hui, deux [)ersonnes ins- truites, connues pour leur zèle à servir la science, vieniiciit do nouveau aHirmer l'existence des Jumarts, non plus bien loin de nous, et dans des conditions qui en rendaient l'examen impossii)le, mais en France, dans les cantons montagneux du département de la Drôme, à une journée de Valence. Suivant MM. Lepic et (!o Lubac, ces hybrides ne seraient pas très rares, et il serait possible d'en amener un à Paris. » M. Hamy portait cette assertion à la connaissance de ses collègues, en fornuilant les réserves les plus

14 ANDRÉ srCITKTET

formelles sur des faits que ses honorables correspondants ne con- naissaient (|ue par ouï-dire et n'i-iitendait ])ar const'-iiuent foui'uir à cette note aucun appui moral. M. de Lubac avait du reste promis une enquête et annonçait l'envoi de plusieurs documents.

Nous avons appris, grâce à l'obligeance de AI. Mamy (|ue, malgré la publicité des Comptes-rendus de la Société, aucun renseignement ne s'était produit, mais M. Hamy avait la bonté de nous donner l'adresse de Al. de Lubac, nous renvoyant à lui i)Ouide plus amples explications. Cela a été le début de l'enquête que nous avons poursuivie pendant l'automne de 1886, et nous allons présenter successivement les faits qui nous ont été signalés par d'honorables correspondants.

Lorsque AL de Lubac habitait près de Saint-Péray, il eutendait (luelquelois parler des Jumarts, et l'opinion ne mettait pas en doute que ces animaux ne provinssent de rencontres du hasard entre le Bœuf et le genre Cheval, élevés en liberté dans les pâturages des liantes montagnes de la Drome, et principalement à Séderon, arrondissement de Nyons. Le porteur de contraintes de cette localité chevauchait, disait-on, sur un de ces singuliers animaux. Voulant savoir si ces dires avaient quelque fondement, AL de Lubac fut trouver à A^aleuce un vétérinaire de cette ville. Cehii-ci lui afiirma l'existeuce du Juniart, lui donna des détails (pril transcrivit devant lui et signa cette sorte de ])rocès-verbal communiqué par AL Hamy, AL de Lubac ne put malheureusement pDUisuivje son enquête plus h)in, détourné par de nouvelles fonctions des préoccupations scientilîques. Mais dernièrement, ayant eu l'occasion de causer de cette (iuestiou avec une personne sérieuse et compétente, voici ce ([u'elle lui dit : « Il existe dans les hautes montagnes de l'Ardèche, notamment dans les cantons de Cheylard, de Saint-Pierreville, de Saint-AIarlin de Valamas, etc., un assez grand nombre de ces animaux, qui sont désignés dans l'idiome local sous le nom de Junicri. On en voit dans toutes les foires, le prix s'élève jusqu'à cinq cents francs. C'est un animal précieux pour porter de lourds fardeaux en remontant des pentes pénibles. Il est sobre et robuste. La forme générale est celle d'un petit Alulel, avec des membres plus épais. Le muflle est large et plat, rappelant celui du Bœuf, mais la consistance en est molle. La mâchoire inféjieure est plus courte que la supérieure, ce ((ui rend le pacage diflicile. Ces animaux sont pres(iue toujours vicieux. C'est bien le résultat de la saillie du Taureau sur l'Anessc. Ce n'est ]>as im croisemenl de

LA FAHLK DKS .FUMARTS 15

hasard; ce produit résulte de la volonté de l'éleveur, mais toutes les Allasses n'acceptent pas la saillie du Taureau, il y en a ([ui sont réfractaires. »

La pei'sonne eu question a nu plKsicurs fuis cas saillies, cL un très grand nombre de produits. « Si on voulait se rendre un compte exact de ce pliéiutmène, a-t-elle ajouté à M. de Lubac, il n'y aurait qu'à envoyer sur les lieux une commission : on ferait saillir devant elle nne Anesse ayant déjà produit des hybrides, on l'emmènerait en surveillance et on attendrait le jiroduit, »

Celui-ci nous faisait savoir en outre (|u1l avait lu autrefois, dans le Bulletin archéoloyiiiue de la Drame, un tarif de droits d'entrée pour les viandes de Valence, au moyen-àge, or, la viande de Jumart y était désignée et tarifiée. Enfin, il nous apprenait (jne le Jumart naissait ({uelquefois le pied fendu, mais dans ce cas on ne le conser- vait pas, i)arce qu'il devenait impropre aux services qu'on lui demande généralement. Cette indication était donnée à titre de « an-dit. Du reste M. de Lubac, depuis sa correspondance en 1872 avec M. Hamy,- étaitdevenu assez scepti(|ue, il s'était même persuadé (|ue le Jumart était simplement le Uardot et que le Taureau n'était pour rien dans son origine. S'il avait pris de nouveau les renseignements que nous venons de transcrire, c'était sur notre demande et dans le but de nous être agréable.

Séderon était tout indiqué pour poursuivre notre enquête, M. de Lubac avait encore eu la bonté de nous donner l'adresse d'un vété- rinaire du canton. Malheureusement celui-ci n'était point à même de satisfaire notre curiosité d'une manière absolue ; après nous avoir fait savoir que le Jumart existait sans doute et(ju'il était le produit de l'Anesse ou de la Jument avec le Taureau ou bien de la Vacheavec le Cheval, il nous disait que quelques Jumarts avaient vécu dans sa localité, qu'il en existait, même encore un aujourd'hui, mais hélas! tous avaient été amenés par des maquignons venajit d'Auvergne et il n"en était jamais dans le pays. Le propriétaire du Jumart vivant qui aurait pu donner des renseignements était inortlui-même depuis trois ou quatre ans et l'animal était échu à une personne ([ui ne savait absolument rien sur son origine.

Nous nous sommes alors adressé dans diverses autres localités de la Drtune, puis ensuite dans les départements de l'Ardèche, du Puy-de-Dùnie et de la Haute-Loire.

Une première lettre, datée du 30 octobre et partie de St-Pierreville, nous apprenait que plusieurs animaux, réputés pour être le produit du Taureau et de l'Anesse et nommés Jumarts, existaient dans le

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pays, mais aucun de leurs propriétaires actuels ne les avait vus naître. Ils ont, nous disait-on, la t^-te et les naseaux du Taureau, moins les oreilles, la mâchoire supérieure projetée en avant, point de dents, aussi on se demande comment ils peuvent se nourrir.

Une autre lettre nous procurait les détails suivants surles Jumarls du Dauphiné que l'on emploie surtout au labourage à cause de leur force excei)tionnelle. « D'un caractère nalurell(Mnent méchant, ils ne peuvent ôlre réduits que parle travail. Leur tète est carrée, aux angles de leur front apparaissent des rudiments de cornes. Ils n'ont point le pi(Ml fourcJiu. mais hi séparation es! indiipK'c [)ar une raie qui démontre une formation incomplète et coniballue par la struc- ture du solipède qui a présidé à leur organisation. » La personne instruite et fort distinguée qui avait la bonté de nous adresser ces renscignemeids voulait ])i(;ii jmus promettre de nouveaux détails aussitôt qu'elle pourrait eu obtenir, car elle était alors en déplace- ment et la commuuicalion (ju'elle nous faisait lui avait été adressée par quelques-uns de mes amis du Dauphiné.

Ces renseignements se sont fait longtemps attendre, ce n'est (pie le 20 mais 18(87 (|ue nous avous reçu de notre très aimabh' corres- pomhuit la copie d'un article paru le 2 juillet 18."j4, (bins le .Iniiriuil (le Seuils : « Un Jumart, disait ce journal, existe en ce moment à Fresnoy-la-Rivière. dans l'étable de la veuve Dazineoiut. Il est renuir({uable en ce (ju'ilest le produit, non d'une Junuuit, mais d'une Anesse : son père est un Taureau de race Berrichonne, (k'tte singu- larité n'est pas la siîule qui distingue cet être anormal; la nature lui a accordé précisément ce (pi'elle a refusé à tous ses devanciers, son front est surmonté de deux cornes très bien conformées et en tout semblal)les à celle du Bœuf. »

Une troisième lettre, venant de Besse (Puy-de-Dôme), nous informait que les Jumarts étaient tout à fait inconnus dans les environs, mais, par contre, elle nous faisait savoir qu'une personne du ])ays se rappelait avoir vu à Tulle, dans son enfance, un de ces |)roduits exposé dans un théâtre forain. Une (pialriènu» corres- |)ondance de l'Ardèche disait aussi que les habitants des hautes montagnes de ce département ne le connaissait guère, mais qu'ils avaient été vus sur les montagnes