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LA
POLICE SECRÈTE
DU
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BlLlEraS QUOTIDIMS ADRESSÉS PAR FOICIIÉ A L'EMPEREUR 1804-1805
PUBLIÉS PAR
ERNEST D'HAUTERIVE
D'APRÈS LES DOCUMENTS ORIGINAUX INÉDITS DÉPOSÉS AUX ARCHIVES NATIONALES
PRÉFACE DE LOUIS MADELIN
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^ \ \ \ PARIS <;
s. LIBRAIRIE ACADÉMIQUE PERRIN ET C», LIBRAIRES-ÉDITEURS
35, QUAI DE3 GRANDS-AUGUSTIXS, 35
1908
Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
y
VI PRÉFACE
caractère policier. Et de fait on ne connut jamais une police plus savamment organisée que sous l'Empereur. Jamais, il est vrai, il n'avait été plus nécessaire d'en posséder une fortement constituée et ingénieusement dirigée. Après une Révolution qui avait surexcité les passions, jeté les uns contre les autres les citoyens français, engendré vingt formidables émeutes à Paris, dix ou douze soulèvements en province, vu promener le drapeau rouge au Champ-de-Mars et se dresser le drapeau blanc en Vendée, en Anjou, en Normandie, en Bretagne, à Toulon, à Lyon, il demeurait dans le pays, bien après que le Premier Con- sul eut imposé son arbitrage souverain et bienfaisant, ce que M. Albert Vandal a si heureusement appelé l'écume rouge et Técume blanche : le pays restait à écumer. Le brigandage était actif, toujours prêt à renaître; se couvrant du masque politique, il se mettait, de fait, fort souvent au service des conspirateurs que l'Angleterre entretenait, excitait, débarquait chez nous. Des querelles religieuses comme des querelles politiques il subsis- tait des traces encore profondes : le clergé concordataire, tout en acceptant loyalement le traité de 1801 et l'oubli des querel- les, était cependant porté à sortir des étroites lisières oi!i le tenait le pacte conclu ; les prêtres ci-devant constitutionnels étaient mal vus; des Pyrénées au Rhin, dans mille communes de minus- cules conflits étaient, de ce fait, toujours sur le point d'éclater. Enfin les propriétaires de biens nationaux cachaient mal leurs craintes; les intrigues des émigrés, rentrés grâce à l'amnistie de 1802, pour ne pas être patentes, n'en étaient pas moins inlas- sables, et les acquéreurs parvenaient parfois à faire partager leurs appréhensions aux préfets du nouveau régime.
Empereur, Napoléon entendait maintenir dans le pays, hier I rouble, cette « paix nationale » que, consul, il lui avait imposée à la satisfaction des bons citoyens. Pour ce faire, il importait d'étouffer dans l'œuf — pour n'avoir pas à les réprimer violem- ment par la suite — les complots, les tentatives de brigandage, les conflits, petits, mais innombrables que faisait naître la situa- lion polili((uc, religieuse et sociale de la France. Les étouffer était un jru pour un gouvernement aussi fort, dirigé par une main qui savait être à la fois rude et souple. Mais encore ces complots, les fallait-il connaître. Le Bulletin de police venait tous les soirs présenter à l'Empereur, par cent, de ces « faits précis » qu'il exi-
PRÉFACE VII
geait de Fouché et de Savary, l'état moral et matériel de son immense empire.
« Le ministre de la police, disait Talleyrand, est un homme qui se doit mêler de ce qui le regarde — et surtout de ce qui ne le regarde pas. » Fouché traduisait en un style plus solennel cette plaisante formule: « Le ministre de la police a la surveillance de toutes les parties de Tordre public. » Gela revenait à dire la même chose. Cet ordre public, en efîet, il le fallait surveiller des faubourgs de Paris — fussent-ils sous le patronage de saint Germain (qui était blanc) ou de saint Antoine(quiétait rouge) — aux châteaux de Vendée et de Provence; il le fallait surveiller des cabarets où se réunissaient des sous officiers réformés, aux salons oïl se concertaient — à « voix basse » — les sénateurs et généraux mécontents ; il le fallait surveiller des « caches » de chouans aux palais des ambassadeurs, des presbytères de cam- pagne aux loges maçonniques ; il le fallait enfin surveiller des Pyrénées àla Baltique,de l'Atlantique au golfe de Naples, partout où s'étendit peu à peu l'action de la politique française. Que dis-je ? il le fallait surveiller, avec une particulière adresse, dans les « agences » de Londres, les cercles d'Altona, les salons de Pétersbourg, les « sociétés » de Vienne. Et c'était dès lors de l'Oural à l'Atlantique que le ministre se mêlait de ce qui le regar- dait et de ce qui ne le regardait pas.
Il consignait dans le Bulletin le résultat de sa prodigieuse enquête. Ce bulletin n'était pas seulement un multiple rapport à l'Empereur : il était pour le ministre lui-même un précieux mé- morandum. Il fixait et rapprochait les faits: il obligeait le cabi- net du ministre à un travail de condensation qui, éliminant le fatras des faits insignifiants, dégageait les incidents essentiels, et constituait au ministre de la police de formidables mémoires où il lui était loisible de chercher, pour l'opération du lende- main, les indications essentielles.
Fouché s'était réservé la confection du Biillelin : informe, incomplet, imprécis avant sa rentrée au Ministère, en messidor an XII, il devient soudain à cette date le véritable « journal» du Ministère; dans ce journal peu ou point de commentaires : des
PBEFACE
dépêches de rctranger,des nouvelles de Paris et de la province, les cours de la Bourse et des Halles, les mouvements de la Rivière, les faits divers, la chronique de l'Empire. Aussitôt en possession des rapports du préfet de police et des « conseillers d'État chargés des arrondissements de police», des notes de ses « indicateurs » secrets, à l'étranger ou dans les provinces, des lettres des préfets, commissaires généraux et spéciaux, colonels de gendarmerie et autres agents, le ministre distribue à droite et à gauche les coups de crayon qui indiquent ce qui, dans les documents qu'il vient de lire, doit être retenu par le Bulletin. Desmarest, homme de confiance, se met au travail, compose la minute, la soumet encore au ministre et derechef celui-ci raye, supprime, résume en marge, ajoute : la minute est souvent ainsi d'aspect extrêmement rébarbatif ; c'est un « devoir » cor- rigé par un terrible maître. La petite écriture pointue de Fou- ché qui est celle d'un policier, la grosse écriture de Savary, qui est celle d'un gendarme, se reconnaissent dans les observations en marge. Et rien n'est plus précieux pour celui qui veut étu- dier la politique de Fouché ou celle de Savary, que de consta- ter ce qu'ils suppriment ou maintiennent.
La minute ainsi corrigée est copiée en deux exemplaires. Le premier reste au Ministère de la police; le second va à la Secré- taircrie d'Etat impériale, que Maret, son chef, soit aux Tuileries ou à Schœnbrunn ou à Vilna. Mais cette dernière pièce, le ministre de la police la revoit encore. Elle ne doit plus passer sous les yeux des employés de la police : le ministre peut donc y insérer une note toute personnelle : il s'y défend — s'il y a lieu — contre les attaques de ses adversaires politiques ou essaye de les démolir par des faits divers particulièrement scan- daleux dont le héros est un ministre en vue, un conseiller d'État fort connu ou un général illustre- C'est le trait du Parthe que le ministre lance avec son Bulletin au moment où il l'expédie.
On conçoit quel intérêt présente ce Bulletin pour ceux qu'oc- cupe l'histoire du premier Empire et plus particulièrement pour ceux qui entendent l'écrire. Pour toute époque un pareil
PI^EFACE IX
document serait précieux ; mais en un temps où la presse est bâillonnée et la tribune muette, où tout ce qui, spécialement attache l'historien et son lecteur, les incidents politiques petits et grands, sont bannis des journaux, voilà vraiment une gazette qui en vaut cent. Certes il serait imprudent d'en faire le docu- ment unique à consulter lorsqu'il s'agit d'écrire l'histoire inté- rieure de l'Empire; cette chronique est parfois inexacte; caria police n'est pas toujours bien informée et il est par surcroît des faits qui, signalés au ministre, sont pour certains motifs sup- primés du Biillelin. Il n'en va pas moins que dans ces trois mille sept cents cahiers à faveurs vertes il y a de quoi éclairer des mil- liers de faits obscurs. Aussi bien, si tous les faits ne sont pas exacts, il n'en est pas moins vrai que nous jugeons, d'après ceux que retient Fouché et Savary,ceux qu'il leur paraît essentiel de dénoncer et c'est là un précieux indice de leurs préoccupations du moment, préoccupations de ministre, ou préoccupations de politicien. Enfin ces faits, ce sont ceux que connaît l'Empereur; ces cahiers, son doigt impatient les a feuilletés, son œil péné- trant s'est posé sur eux, c'est d'eux qu'a jailli la lumière et, par- tant, la décision prise. C'est à eux qu'il se réfère, c'est à leurs allégations qu'il répond lorsqu'il envoie ses ordres à Fouché ou à Savary. Et c'est donc eux qu'il faut avoir lus pour comprendre telle lettre, tel acte, tel décret de l'Empereur.
Mais où les aller chercher ? Minutes et copies dorment — réveillées parfois, plus souvent depuis quelques années, par un chercheur courageux — dans les cartons des Archives de la Police et de la Secrétairerie d'État, à l'hôtel de Soubise. Ils forment une masse quelque peu décourageante. Ces soixante carions de la Police générale, ces vingt ou trente cartons de la Secrétai- rerie d'Etat contiennent une formidable matière dont le manie- ment est singulièrement difficile et l'étude fort longue. Et cepen- dant il y faut aller et si l'on veut trouver la trace d'une affaire politique ou comprendre telle décision prise, y recourir. Mais quel travail ! Que de lectures inutiles avant de trouver la piste d'un conspirateur ou le secret d'une décision ! Chaque Bulletin est un petit opuscule. On y trouve : 1° la correspondance minis- térielle, extraits ou résumés de lettres, rapports, notes secrètes adressés au ministre concernant les étrangers de passage, les jugements des commissions militaires, la situation des diffé-
TREFACE
X
rentes régions de l'Empire, le brigandage, les faits divers, les prisonniers de guerre, la conscription, les incendies, les émi- grés rentrés, les prêtres et leurs « abus », les ambassades, les « sociétés », les assemblées, enfin, avec notes à l'appui, les nou- velles de l'étranger expédiées par les agents de Londres, Ham- bourg, Berlin, Vienne, Rome, Naples, Lisbonne, etc. ; 2° les bulletins des conseillers d'État contenant les nouvelles de la province ; 3° le bulletin du troisième arrondissement, autrement dit Paris et la Seine, réunions publiques et privées, ambassa- des, cercles politiques suspects, culte, commerce, conduite des militaires, passeports, halles et marchés, travaux publics, spec- tacles, journaux, brochures, « événements de la Rivière», suici- des, vols, assassinats, faillites, arrestations, cours de la Bourse ; 4° le bulletin de l'extérieur, surveillance des Cours et Cabinets étrangers, des princes Bourbon, des agents anglo-royalistes, avec des extraits de lettres d'agents diplomatiques ou de policiers pour l'usage externe; 5° enfin le relevé des délits commis le mois précédent. Ce n'est pas tout, car on trouve annexés souvent au Bulletin des interrogatoires, rapports, copies de pièces saisies. Après mars 1810, Fouché y ajoute un bulletin de la librairie, et Savary, après juin 1810, une traduction résumée des articles publiés par les journaux européens (source souvent intéressante à exploiter).
On sait avec quel succès certains historiens ont fait usage des Bulletins y M. Thiers les avait dédaignés, affirmant qu'ils étaient brûlés ; mais pour ne citer que deux œuvres fort différentes, on se rappelle quels renseignements M. Henry Houssaye a tirés des Bullelins pour l'état de l'opinion en 1814, et quel profit M. de Lanzac de Laborie en fait actuellement dans sa belle publi- cation SUT Paris sous Napoléon. Onleuv doit être reconnaissant, car pour s'engager dans la lecture de ces quelques milliers de cahiers, il faut quelque ferveur.
M.d'Hauterive a voulu épargner aux historiens de l'Empire les fatigues et les travaux que leurs aînés ont connus. Un jour, il me fit l'honneur de me venir consulter au sujet d'une publica- tion des Bullelins de police qu'il projetait fort généreusement.
PREFACE XI
C'est là un travail qu'une de nos Sociétés historiques eût dû depuis fort longtemps avoir entrepris. Pour l'aborder, il faut à un simple particulier, beaucoup d'abnégation, de courage, d'ardeur et de persévérance. Je n'avaispas causé un quartd'heure avec M. d'Hauterive que je jugeai qu'il avait de l'abnégation, du courage et de l'ardeur : ce qui était beaucoup. Et c'est pour- quoi, tout en jugeant l'entreprise fort ardue, je me permis de l'y encourager. En la menan l à bien pour une année — soit trois cent- soixante-cinq bulletins — M. d'Hauterive vient de faire preuve, par surcroît de persévérance. Et la façon dont il a conçu, exé- cuté et parfait son travail prouve qu'il avait tout pour être un parfait éditeur de pièces historiques. Je reste vraiment plein d'admiration et de gratitude — je parle, je crois, au nom de tous les travailleurs — devant la conscience et l'intelligence qu'a appor- tées M. d'Hauterive à cette publication. H ne pouvait purement et simplement copier les Bulletins ; chaque année eût exigé dix volumes; publier in extenso les articles importants, d'un intérêt politique certain ou même relatif, résumer d'un mot les faits moins essentiels, mais toujours de façon à mettre le chercheur à même de savoir où trouver le détail qui le peut intéresser, voilà la seule méthode raisonnable, acceptable, et c'est celle que nous avons été, il y a deux ans, d'accord pour concevoir. Il fal- lait beaucoup de tact, de connaissance de l'histoire du temps, d'ingéniosité même pour l'appliquer. Et qu'on en croie quel- qu'un qui a, il y a quelques années, beaucoup trituré les Bulle- tins, le travail a été fait tout de suite de main de maître.
Mais l'entreprenant éditeur ne s'en est point tenu là. De très bonnes notes, des index minutieusement établis ne lui ont point paru suffire. Avec l'aide des archivistes dont j'ai moi-même éprouvé le dévouement, il a su rapprocher des bulletins eux- mêmes les dossiers individuels où l'on retrouve une partie des pièces qui fournissaient la substance du Bulletin àses rédacteurs. Et voilà vraiment une bonne, une excellente œuvre. Un tel tra- vail fait de ce recueil des Bulletins un instrument que les futurs historiens de l'Empire mettront au premierplan et dont le public comprendra facilement la valeur. C'est pourquoi, prié seule- ment d'expliquer en tète de cette publication ce qu'était le Bul- letin de la Police générale, j'ai cru de mon devoir de remercier son dévoué et consciencieux éditeur.
XII
Il m'eût, entreprenant plus lot ce travail, épargné beaucoup de temps et de peine. C'est pourquoi je juge qu'il en va épar- gner à nos futurs confrères. Ainsipublié, le Bulletin sera un des documents essentiels de l'histoire intérieure du premier Empire.
Louis Madelin.
Raon-l'Etapc, 15 septembre, 1907.
i
AVANT-PROPOS
Le Bulletin existait avant la seconde nomination de Fouché au ministère de la Police : cependant, nous en commencerons la publi- cation à partir de ce jour seulement, et nous n'en présenterons aujourd'hui au public que la première année (du 23 messidor an XII au 22 messidor an XIII). Notre intention est bien de continuer cette publication, mais l'abondance des matières nous a forcé à fixer cette limite pour le premier volume, comme elle nous a obligé à adopter cer- taines règles que nous demandons la permission d'exposer brièvement.
Le Bulletin est déposé aux Archives Nationales en trois expéditions:
1) Les minutes ^;
2) La copie de ces minutes destinée aux Archives du ministère de la PoUce a ;
3) Une autre copie, semblable à la précédente et remise chaque jour à l'Empereur '.
Cette dernière série est celle qui a passé sous les yeux de l'Empe- reur et qui contient les notes particulières ajoutées de la main même du ministre. Aussi l'avons-nous choisie de préférence aux autres pour cette publication. Presque tous ces Bulletins existent encore. Parfois cependant, au cours surtout des campagnes, quelques-uns de ces pré- cieux cahiers se sont égarés, mais le plus souvent on peut combler les lacunes à l'aide des autres séries. Sauf indication contraire, les Bulletins publiés ici sont donc ceux de la série AF'^. On signalera ceux qui ont disparu dans les trois séries : ils sont peu nombreux. Enfin, prévenons immédiatement le lecteur que les dimanches et jours de fête le Bulletin n'était pas rédigé, même avant que le vieux calen- drier eût repris ses droits sur le calendrier républicain.
Comme vient de le dire M. Louis Madelin, nous avons dû nous bor-
1. F' 3705>t suivants.
2. F' 3746 et-suivants.
3. AF" 1490 et suivants. Tous les Bulletins sont classés par ordre chronologique dans des cartons qui l'enferment généralement ceux d'un trimestre.
XIV AVANT-PROPOS
ner à copier iatégi'aleraîat les articles intéressant Vhistoire générale et spécialement l'histoire de la chouannerie et des innombrables com- plots qui n'ont pour ainsi dire pas cessé de menacer la vie de l'Empe- reur. Nous y avons joint les articles sur certains personnages impor- tants et les récits curieux à reproduire par suite de leur côté pittores- que. On retrouvera aussi toujours citées intégralement, en notes, les observations particulières écrites par Fouché en marge de certains articles. Elles sont précédées des mots : « En marge, de la main de Fouché. > D'autres observations existent parfois, écrites par une autre personne, par Desmarest très souvent : nous les avons reproduites avec la simple mention : « En marge. »
Les articles se succèdent dans le même ordre que dans le Bulletin et, autant que possible, avec le titre même qu'ils possèdent i. Chacun d'eux a reçu une cote particulière qui permet de s'y reporter sans tenir compte de la pagination.
A la suite de chaque Bulletin, sous le titre de Evénements divers, nous avons résumé, aussi brièvement que possible, les articles de moindre importance, en respectant également l'ordre dans lequel ils se trouvent. Toutefois, pour ne pas surcharger la publication, nous avons groupé à la fin de certains résumés, sous le titre Faits divers, une série de faits sans importance générale, tels que suicides, accidents, incendies et tous les crimes de droit commun, dont il fallait cepen- dant conserver la trace, car leur multiplicité présente un intérêt pour l'histoire. Dans tous les cas, d'une façon absolue, nous avons cité sans aucune exception tous les noms propres d'individus figurant dans le Bulletin.
Autantque possible, le résumé de chaque article porte le titre môme de l'article dans le Bulletin. Exception a été faite pour les titres trop longs. Ainsi, les articles intitulés: «Renseignements à suivre et adres- sés à MM. les conseillers des arrondissements, » sont mis sous la
simple rubrique Renseignements. De môme, les décisions du ministre sur certains individus ont conservé le titre de Ordres du Ministre * qu'elles possédaient d'abord et qui nous a paru présenter plus de
1. Signalons une exception : les rapports du préfet de police sont inscrits le plus souvent sous la rubrique : « Rapport de M. le Conseiller du IV» arrondisse- ment. » A ce titre, qui pourrait surprendre le lecteur non averti, nous avons subs- titué celui de Rapport du préfet de police. Qu -Iquefois aussi, pour ne pas allonger démesurément le titre d'un article, nous l'avons légèrement simplifié.
2. Nous avons résumé de la façon suivante ces Ordres du Minisire, dont l'impor- tance est considérable, surtout pour les biographies individuelles :
1° Indication de la décision du ministre ; 2° Nom de l'individu ou noms des individus en question ;
3» Entre parenthèses, indication très sommaire des motifs qui ont provoqué la décision.
AVANT-PROPOS XV
clarté que celui de « Dispositions. Exécutions » qu'on leur donna dans la suite.
La même cote s'applique à l'ensemble des résumés de chaque jour. Le peu d'étendue de ces résumés permettra, en effet, rapidement au travailleur de retrouver le fait ou le nom qui l'intéresse. Chaque nombre entre parenthèses renvoie à l'article portant cette cote.
Certains Bulletins sont accompagnés de pièces spéciales, souvent fort intéressantes, mais ne faisant pas partie du Bulletin proprement dit. Nous les signalons sous le titre Pièces annexées au Bulletin, en citant les principaux noms propres qu'elles contiennent S
La table se divise en deux parties :
1° Table analytique ;
2° Table des noms de personnes.
La Table analytique est une suite de groupements avec des subdi- visions dans ces groupements. Le titre du groupement indique la matière générale traitée. Ceux des subdivisions, classés par ordre alpha- bétique, permettent de retrouver les matières particulières qui se ratta- chent à cette matière générale. Prenons un exemple. Une personne étudie une question concernant le clergé. Au mot clergé elle trou- vera, à la table, une série de sous-titres, qui lui indiquent exacte ment les cotes des articles dans lesquels sont traitées ces questions particulières. Elle évitera ainsi l'immense perte de temps qu'aurait entraînée le fait de citer les cotes sans établir des subdivisions.
Dans la Table des noms de personnes, le nom de famille, accompa- gné autant que possible des prénoms, est suivi d'un mot caractérisant la situation de l'individu ou indiquant à quel propos il est question de lui. Pour quelques-uns seulement, revenant fréquemment, il a paru utile d'établir des subdivisions.
En ce qui concerne l'orthographe de ces noms, nous avons conservé la plus usuelle pour les personnages connus; quant aux autres, qui constituent la grande majorité, nous avons adopté celle du Bulletin, sauf lorsqu'il a été possible de trouver des indications plus précises dans leurs dossiers particuliers.
Souvent le même nom se présente sans qu'on puisse décider s'il se rapporte à un même individu ou à des individus différents : en cas de doute, nous avons toujours agi comme s'il s'agissait d'individus diffé- rents. Il nous a paru préférable de risquer une erreur dans ce sens que d'amener une confusion dans l'autre.
1. La liste en figure à la Table analytique sous le titre : Annexes au BiiUelin.
XVI AVANT-PROPOS
On sait que très souvent les chouans cachaient leur identité sous des faux noms qui compliquaient beaucoup les recherches de la police. Aussi, avons-nous cru utile de signaler, avec les prénoms, ceux des surnoms ou noms supposés que nous avons pu découvrir, en ayant bien soin de les faire figurer dans la Table à leur ordre alphabétique pour que l'on retrouve les personnages à qui ils se rapportent.
Comme notre but est de venir en aide aux travailleurs, quand il nous a été possible de retrouver des sources manuscrites sur certains individus, nous les avons indiquées dans cette table sous la rubrique Sources. Il s'agit principalement des dossiers individuels ', réunis par ordre de Fouché et classés, aux Archives Nationales, dans la série F'. Nous n'avons pas la prétention d'avoir indiqué tous les dossiers* : souvent la similitude des noms nous a empêché de déterminer si tel dossier appartient à tel ou tel individu, et, devant l'impossibilité de compulser tous les cartons pour trancher la question, nous nous som- mes borné à signaler ceux pour lesquels il n'y a aucun doute. Il est possible cependant que quelques-uns des dossiers ainsi signalés et qui existaient du temps de Fouché aient disparu depuis ce temps, soit qu'ils aient été joints à d'autres dossiers, soit qu'à la Restau- ration les intéressés en aient eu connaissance et en aient obtenu la disparition. Ce ne seraient là que des exceptions dont nous avons tenu à prévenir le lecteur. Ajoutons que pour le même individu nous signalons souvent plusieurs dossiers, qui ne sont pas tous inscrits à son nom, mais dans lesquels on retrouvera des documents intéressant le personnage en question. Le fait se présente surtout quand le carton indiqué renferme l'ensemble des pièces se rapportant à une affaire spéciale.
Si malgré nos soins des erreurs s'étaient glissées dans cette publi- cation, nous serions infiniment reconnaissant aux travailleurs de bien vouloir nous les signaler.
Ernest d'Hauterive. 9 octobre 1907.
1. Nous remercions vivement MM. les archivistes, et spécialement M. Daumct, qui, par leur bonne grâce, nous ont facilité la recherche de ces dossiers.
2. Nous indiquons les dossiers d'environ 900 individus.
LA
POLICE SECRÈTE
DU
PREMIER EMPIRE
1804-1805
BULLETIN DU 23 MESSIDOR AN XII Jeudi 12 juillet 1804.
1. — D'Andigné ^ Évasion. — Le commandant de la citadelle de Besançon se plaint, par une lettre du 16, de ce qu'il a été suspendu et mis aux arrêts, par suite de l'évasion de d'Andigné, dans la nuit du 14 (Bulletins des 17 et 18 messidor XII). Il entreprend de prouver que cet événement a été l'effet d'une force majeure ; qu'il avait pris pour la pré- venir toutes les mesures que les localités pouvaient exiger.
^On a constaté par procès-verbaux et informations que les barreaux de la fenêtre de la chambre occupée par d'Andigné, ainsi que leurs traver- ses, avaient été sciés. On ignore comment l'instrument nécessaire à cette opération est parvenu au prisonnier.
Le commandant présume qu'il a été caché dans ses aliments, que le caporal de garde a négligé de vérifier ; qu'une fille chargée de les apporter a été l'intermédiaire de toutes les dispositions faites pour assurer l'évasion.
Il n'y avait point de sentinelles sous la fenêtre, mais pendant les trois nuits des 12, 13 et 14, il y a eu des orages continuels qui ont forcé les sentinelles à se tenir dans leurs guérites.
Il observe qu'il a quarante-trois ans de service, qu'il est couvert de blessures, qu'il a été chargé de la garde de plusieurs prisonniers beaucoup plus importants, notamment Bourmont.
l. D'Andigné, surnommé le « Grand Chouan », avait pris une part très active aux principales campagnes de l'Ouest. Arrêté une première fois (1801), il fut enfermé au Temple, puis au fort de Joux d'où il s'évada, en 1802, avec Suzannet. En 1804, au moment du procès Gadoudal, il fut enfermé de nouveau, dans la citadelle de Besan- çon, cette fois.
Le 14 messidor an XII (3 juillet 1804), ses gardiens s'aperçurent, le matin, qu'il avait scié un barreau de sa fenêtre et que, profitant de l'obscurité d'une nuit d'orage, il s'était évadé (Bull, du 17 messidor XII).
Peu de temps après, grâce au récit d'un postillon, on apprit qu'il courait la poste, sur la route de Dijon, à cheval et les pieds dans des pantoufles. La gendarmerie se lança à sa poursuite, mais les six heures d'avance qu'il avait sur elle lui permirent de lui échapper. La police prit aussitôt des mesures pour le rechercher partout ou elle supposait qu'il viendrait, spécialement auprès de son frère, officier du génie a Versailles (Buii. du 18 messidor XII. A.N. AF-iv, 1490).
2 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
Le Préfet du Doubs, qui a transmis à la même date du 15 le procès- verbal de révasion, pense que d'Audigné, ne connaissant pas l'intérieur de la citadelle et n'étant pas sorti de la chambre voûtée dont il s'est évadé, a été guidé jusqu'au pont de secours, dans les différents détours et ouvrages, où il a dû passer, par quelque employé infidèle qui n'est pas encore connu.
2. — Gadoudal '. — Le Préfet du NLorbihan a prévenu, au commen- cement de ce mois, que deux Cadoudal, père et frère de Georges, étaient partis par la diligence de Vannes et Rennes, annonçant le projet de se rendre à Paris, et qu'ils devaient y arriver le 13.
Sur cet avis, on présuma que le but de ce voyage était de savoir si les fonds considérables que possède Léridan ne provenaient pas de Georges et si ce complice du chef des conjurés qui lui survit n'était pas son fidèle commissaire.
J^e préfet de police, chargé de surveiller avec soin leur arrivée, marque, à la date du "21, qu'aucun individu du nom de Cadoudal n'a paru à Paris, ni à l'époque citée ni à une autre voisine.
(En marge) « Communiqué au préfet du Morbihan pour vérifier s'ils sont retournés dans leur foyer. »
3. — Strangulation. — Le préfet de la Roer avait annoncé le suicide de Rondeau, économe de Ihùpital militaire d'Aix-la-Chapelle (Bull. 18 messid. XII). Il vient d'adresser au grand juge les procès- verbaux authentiques des 1.3 et 14 messidor, qui constatent que le suicide a été l'effet d'une strangulation exactement semblable à celle de Pichegru. Rondeau a employé pour lien trois cravates de batiste et pour tourniquet le manche d'un martinet, dont les cordons ont été trouvés entrelacés dans les cravates.
On a rappelé, tant dans le Bulletin du 18 messidor que dans ceux des 5 et 15 fforéal, deux autres exemples de pareille strangulation.
4. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Morean. Passage de M. et M""= Moreau à Perpignan. M"' Moreau refuse toute fotc. (l'^ci'it par Jué à Cabanis.)
Lajolais conduit au fort de Beriegarde.
Fausses dénoncial ions, comme lieu de réunion de chouans (B. 18 floréal XII) des cliAtcaux de Kcrouzéré et Korjcan, et de la maison de Troujoli (Finistère) habitée par Pcrcevaux, appartenant à de Ivcrmenguy, chouan amnislic. Résultat de ven- geance. Le I^'inislère est tranquille.
BLLLETIN DU 2i MESSIDOR AN XII
Vendredi 13 juillet iS04.
5. — Clergé. — Il y a eu quelques mouvements à Lure (gros bourg de Ilaule-Saône), dont le nouveau curé était le sujet.
L'autorité locale demandait une force militaire pour rétablir l'ordre. Le Préfet a préféré s'y rendre seul; il y est arrivé samedi soir, 11 de ce mois, incognito. Le dimanche, avant la messe, il est entré dans l'église
1. Georges Cadoudal avait été exécuté le 23 juin 1801. Voir sur son exécution et celle de ses complices un rapport de police, annexé au Bulletin du 6 messidor XII (AF-iv, 1490J.
BULLETIN DU 24 MESSIDOR AN XII 3
•en grand costume, a prévenu le curé qu'il se chargeait du sermon de ce jour. Son discours a produit une telle impression que l'église a retenti ■des cris unanimes : « Vive l'Empereur Bonaparte 1! » ils ont été répétés et prolongés... Depuis cette journée, la paix a régné dans cette commune. Le président du canton de Lure, qui a rendu compte de cet événement par une lettre du 19, ajoute que le desservant d'une autre paroisse cher- ■che à aigrir les esprits contre des fonctionnaires publics, et qu'il se pro- pose d'user du même moyen pour annuler son influence.
6. — Valois (Famille de). — Le 19 prairial dernier, un anonyme signala quatre frères de Valois, de Troyes, dont trois émigrés, comme ennemis du Gouvernement. Deux, portait cette lettre, sont à Livourne : ils ont servi à l'armée de Condé. Ils disent qu'ils attendent, pour ren- trer avec honneur, la culbute de Bonaparte. Le troisième parcourt la France comme espion. Le quatrième, aîné de la famille, peut être rangé dans la classe des conspirateurs.
Le Préfet de TAube, chargé de vérifier ces faits, a répondu le 17 mes- sidor. Voici l'extrait de sa lettre :
Quelques années avant la Révolution, M""^ de La Motte de Valois, célè- bre par l'affaire du Collier, parvint à faire reconnaître la famille signalée comme descendant des Valois. Le père, savetier obscur dans une échoppe, sexagénaire, prit l'épée et les cordons, se mit à la tête de la noblesse de la Province. Plusieurs des fils furent placés dans des collèges de nobies. Le père est mort en 1793. L'aîné des fils n'a pas quitté Troyes. 11 y a épousé la fille d'un tanneur, a entrepris ce commerce, est sourd, très étranger à la politique, et même incapable d'y prendre part. Trois autres à Livourne: un, prêtre dans cette ville depuis 1793 ; un autre, qui demeure avec lui. Le troisième est rentré avec passeport, chargé de quelques inté- rêts de fortune pour M. d'Hendicourt de Senoncourt, émigré rayé qu'il n'a pu suivre. 11 est commis de la maison Worms et Sommariva àRomilly. Point de plaintes sur lui.
7. — Tentative contre l'Empereur. — On a demandé au Préfet •d'Ille-et- Vilaine des renseignements détaillés sur Berthois, arrêté à Paris dans le mois dernier, et convaincu, par ses propres aveux, d'avoir conçu le projet de se procurer accès auprès de l'Empereur pour le poignarder, ■disant que c'était pour sauver Moreau. Par une première lettre du 17 de ce mois, le préfet rapporte que Berthois était révolutionnaire exalté. II annonce qu'un frère du détenu est parti de V^itré pour Paris, le 4 de ce mois, en donnant pour motif de son voyage l'arrestation de son frère. Par une seconde du 20, il explique que Berthois, détenu, âgé de vingt-huit ans, en sortant du collège, s'était destiné au génie..., qu'il a été forcé de ser- vir dans un bataillon de France, envoyé à Saint-Domingue, ensuite réformé ; qu'il a passé deux ans à Paris étudiant en droit, est revenu à Vitré depuis un an; reparti pour Paris le 7 prairial, sous prétexte d'y •continuer l'étude du droit. Toujours exalté en principes révolutionnaires, et ne fréquentant que les hommes de même opinion.
Dans un premier interrogatoire, ce fanatique a désigné, comme son confident et son complice, James, qu'il a dit à l'armée, ignorant dans quel corps.
Dans un second du 14 de ce mois, il a dit que les dernières nouvelles qu'il avait reçues de lui, il y a six mois, étaient datées de Morlaix. On a écrit au délégué de le rechercher.
4 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
8. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Es])rit public. Bordeaux, sij^nalc comme mécontent (Bull, du 4 mcssid. XII) à cause du Sénatus-consulle et du procès Moreau, est, au contraire, très tranquille et approuve l'avènement.
Inç/uerville (Bull. 6 et 2» prairial XII)', avocat, ardent révolutionnaire qui avait dénoncé son père, écrit Les babioles du Père Ilavé. ouvrage insignifiant.
Dourmonl » demande l'autorisation de soigner sa femme, qui a fait une fausse couche en retournant à Paris [Bnll. 15 mess. XII). Il reviendra en prison. Avis favo- rable du préfet. Craintes pour sa santé.
Lettre anonyme promettant récompense à qui tuera Napoléon, trouvée et trans- mise par Perrico, employé au Trésor public.
BULLETIN DU 25 MESSIDOR AN XII Samedi J4 juillet 1804.
9. — Wright '. — Le capitaine Wrig^ht ayant proposé de donner avec franchise des explications, dont il avait cru devoir s'abstenir pendant le procès, et de lui envoyer au Temple un officier de confiance avec lequel il pût conférer, le ministre de la guerre a chargé de cette commission l'adjudant commandant Gurto.
(Permis délivré à Curto par Fouché),
10. — Complices de Gadoudal. — Cinq brigands de la bande de Geor- ges s'étaient enfuis dans l'ouest.... on a suivi leurs traces, tous ont été arrêtés et jugés. On a su qu'ils avaient passé les journées des 14 et 15 ven- tôse à Glos (Orne), d'abord chez Lebas, aubergiste, ensuite chez l'huis- sier Morin qui les avait guidés depuis Glos, jusqu'à la station suivante [Bulletin du 21 germinal). Les deux premiers, Lebas et Morin, ont été arrêtés, traduits à Paris, jugés et acquittés..., point de preuves qu'ils les avaient connus en leur donnant asile. Morin, présumé leur complice, avait confirmé cette présomption en prenant la fuite. La police l'a fait recher- cher avec activité. Le préfet de l'Orne annonce, par une lettre du 22, qu'il vient d'être arrêté dans ce département : il est dans la prison d'Alençon.
11- — Boulogne. — Le commissaire général de police à Boulogne écrit le 22: «Un ouragand d'une violence extrême a forcé la flottille à ren- trer. Les Anglais tiennent encore la mer; ils paraissent inquiets et nous croient au moment de partir. On attend l'Empereur le 23. Deux prises faites par un corsaire de Boulogne sont entrées depuis peu de jours. »
12. — Théâtre. — Il résulte des rapports unanimes de divers obser- vateurs qui ont assisté à la seconde représentation à'Ossian ', qu'on a
1. A.N. F" 3705
2. Le comte de Bourmont, un des principaux chefs de la chouannerie, avait fait sa soumission à Bonaparte (fév. 1800) et s'était installé à Paris, où sa liaison avec Fouché ne laissa pas que détre utile à certains chouans. Arrêté le 17 janvier 1801, après l'ailaire du 3 nivôse, il fut incarcéré au Temple, puis transféré dans la cita- delle de Besançon, où sa femme reçut l'autorisation de venir le visiter avec ses enfants.
3. Ami et secrétaire de Sidney Smith, il fut pris avec lui, en 1796, et enfermé au Temple, d'où ils parvinrent à s'évader par une ruse hardie (1798). Arrêté une se- conde fois, en ISOi. au moment où il cherchait, croit-on, à sauver les complices de Cadoudal, il fut enfermé de nouveau au Temple et, pendant le procès de Georges, refusa de répondre à toute question.
4. Ossian ou Les Bardes. Opéra en 3 actes, de Deschamps, musique de Lcsueur. 1" Représentation le 10 juillet 1804 (V. Bull., 22 messidor XII).
BULLETIN DU 27 MESSIDOR AN XII 5
marqué dans toute la salle une vive satisfaction de l'accueil honorable que Leurs Majestés Impériales ont fait à l'auteur de la musique... On l'a considéré comme une juste récompense d'un talent distingué.
13. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Rochelle, condamné à mort (affaire Cadoudal), gracié, envoyé au ciiâteau d'If, se promène à Marseille, seul avec un gendarme, au milieu d"une affluence considéra- ble et couche à l'hôtel. Hjmme dangereux. Détails sur son arrestation par Vey- rat lan VII).
Déserteurs. Arrestation (Basses-Pyrénées) de deux Milanais déserteurs des gardes vallonnés.
Libelles. Arrestation à Herdt (Cologne) de Thounn et de Frankin : papiers, chau sons, etc. Citation de huit vers contre l'Empereur.
BULLETIN DU 27 MESSIDOR AN XII Lundi 16 juillet 1804.
14. — Lettre de Francfort. — Une lettre confidentielle, datée de Francfort 10 juillet, renferme divers faits intéressants. D'abord, sur le Roi de Suède, ce correspondant s'explique en ces termes : « Bien loin « d'avoir des intentions hostiles, Sa Majesté, très pacifique, même un peu « tremblante, n'ose pas retourner dans ses Etats, crainte d'éprouver le « sort de son père *. Il a un fort parti contre lui dans la noblesse, à la « tête duquel est son oncle, le Duc de Sudermanie.il est question d'élire « son -fils sous la régence du Duc, et de lui faire une pension pour qu'il « ne revienne jamais. Il n'est pas éloigné d"y consentir, il demande seu- « lement que sa pension soit fixée à 1.200.000 florins, ce qui ne lui est « pas encore accordé. »
Un autre passage de cette lettre porte : « Qu'aucun émigré n'est plus « souffert sur la rive droite du Rhin. Un seul est à Manheim, il est de « Bordeaux, se nomme Demestre, a servi dans la Vendée, reçoit de Fren- « zel des leçons de violon, et paraît chercher à se perfectionner. »
Outre les divers libelles allemands qui ont été signalés ci-devant, il en circule quatre autres :
« Bonaparte peint comme homme, gouvernant et héros. » — Voyage de Dresde à Syracuse. » — « V Allemagne et l'Europe ». — Lettres de Paris », de Reichardt.
On s'occupe de savoir si ces ouvragée pénètrent en France, par qui ils sont envoyés, à quelles adresses.
15. — bambly. — M. Roussel, magistrat et président du canton de Port-sur-Saône (Haute-Saône), a dressé procès-verbal le 18 de ce mois, de propos injurieux et séditieux qu'il dit avoir été tenus chez lui, à table, par l'émigré Dambly. Il n'indique comme témoin que la propre sœur de cet émigré. Les propos sont extrêmement repréhensibles et donneraient lieu à une punition sévère s'ils étaient constatés.
16 — Bruits. — Boulogne. — Les bruits les plus absurdes circulent à Boulogne :
« L'Empereur est venu jusqu'à Amiens, mais il est retourné à Paris, « parce qu'il a été assailli sur la route des cris : « \i\c l'Empereur... mais la paix 1 »
1. Gustave III, assassiné en 1792,
6 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIEB EMPIRE
« Les parisiens ont fermé à l'Empereur les barrières de la capitale. Il a essayé, sans succès, d'arriver à la route de Boulogne.
Ces bruits, dit le commissaire général \ par sa lettre du 24, naissent et se propagent parmi les employés des administrations de la guerre et de la marine. Ils font peu d'effet sur le soldat. On s'occupe néanmoins de^ les faire cesser par une punition exemplaire.
17. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Lellre anonyme, réclamant le retour des Bourbons, adressée à diverses person-^ nés (Bull.. 24 prairial et 14 mcssid. XII) avec d'autres sur ^Moreau et Cadoudal. On recherche l'auteur. « Cette intrigue paraît coïncider avec la protestation publiée par Louis XVIII.»
Br-uxelles. Réclamation du maire contre un article du Moniteur (Bull. ,21 mes. XII), accusant Bruxelles d'être le foyer des fausses nouvelles anglaises. Il demande une enquête pour découvrir le correspondant qui est peut-être Fiocardo, en surveillance à Pont-à-Mousson.
Peste. Crainte au sujet de ballots suspects trouvés sur la côte de Bonnes, près Toulon.
Cavaignac, commissaire français des relations commerciales à Mascate, revient a Paris par Calais après avoir échappé aux visites anglaises.
De Chamhorant, ancien lieutenant général, résidait à Hanau. Expulsé par l'arrêt qui chasse tous les émigrés réfugiés à Hesse Cassel, on demande, en raison de son âge, de ses infirmités et de son alliance avec l'archichancelier de l'Empire, de l'au- toriser à résider à Hanau.
De La Roche-Rochefort, émigré, lié avec les d'Orléans, vient à Paris avec un pas- seport danois. Le surveiller,
BCLLETIX DU 28 MESSIDOR AN XII Mardi i 7 juillet 1804. .
18. — Surveillance de la côte. — On a remarqué que, depuis plu- sieurs jours, l'ennemi côtoie de plus près dans les environs de Fécamp. On a pensé qu'il se proposait de mettre à terre quelques espions pour se procurer des renseignements utiles sur les mouvements des flottilles et autres opérations des côtes. Ils sont privés de ces renseignements depuis
3ue les neutres sont retenus dans les ports, et par les mesures qui ont issipé les agences de Boulogne et d'Abbeville. Des surveillants intelli- gents ont été placés dans les points les plus importants pour observer les croiseurs. Suivant un rapport du 22, ils continuaient de louvoyer, et on présumait qu'ils cherchaient à communiquer par des signaux de con- vention. Les officiers des douanes qui concourent avec zèle à cette sur- veillance, désirent que les nouveaux employés, surtout les célibataires, servent dans les villes, et qu'on ne destine au service des côtes que les anciens, dont la fidélité est plus éprouvée.
19. — Bordeaux. Esprit public. — L'opinion d'une cité aussi impor- tante que Bordeaux a fixé l'attention de la Police générale : il en a été
ueslion dans les Bulletins des 4 et 24 messidor. Voici un résumé de ivers rapports qu'on s'est procurés à cet égard. Trois classes distinctes :
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1. En marge : « Ce commissaire est chargé par la réponse de se concerter avec les chefs de ces employés sur les mesures à prendre contre eux. »
BULLETIN DU 28 MESSIDOR AN XII 7
rovalistes, mécontents, amis du gouvernement. La première est peu nombreuse, et ne compte que quelques nobles. Les derniers événements les ont consternés... presque tous se sont ralliés aux mécontents. La seconde existait depuis le Consulat à vie, mais n'osait se montrer. Elle se compose des hommes qui n'ont pas obtenu les emplois qu'ils dési- raient, et de quelques anarchistes. Ils se sont montrés à l'occasion de la dernière conjuration, prenant pour prétexte, l'intérêt que les services militaires de Moreau devaient inspirer, moins par attachement sincère à ce général, que par un esprit d'opposition au gouvernement. Ils avaient mis dans leur parti la foule d'habitants simples et crédules qu'on entraîne facilement par des déclamations et des faux bruits. Le jugement a détruit l'impression qu'ils avaient produite, et le nombre de leurs partisans a sensiblement diminué. La troisième classe est extrêmement nombreuse mais peu active. L'assurance donnée aux acquéreurs par le Sénatus-con- sulte a affermi la confiance. La stagnation du commerce multiplie les oisifs, et ceux-là sont plus susceptibles des insinuations de la malveil- lance et de la première impression que causent les fausses nouvelles. En général, c'est l'opinion de Paris qui forme celle de Bordeaux. Tout y est calme en ce moment.
20. — "Votes. — Le préfet du Cher a adressé, le 23, le relevé des votes de ce département sur l'hérédité : 37.678 pour, 2 contre. La population est de 219.000. Le préfet n'a pas désigné les deux particuliers dont les votes ont été négatifs.
21. — Agents anglais. — La police recherche avec soin les moyens qu'emploie le ministère anglais pour faire parvenir en France les fonds destinés à l'entretien de ses agents. On sait que la maison Betmann est publiquement chargée de toutes les opérations financières du gouverne- ment anglais. Mais, il paraît que M. Chamot, chef de la maison Sveit- zen, l'une des plus riches de Francfort, est particulièrement chargé du payement des pensions, que ce gouvernement continue de payer secrète- ment à divers émigrés rentrés, et d'autres versements clandestins. Sur cet indice, on a fait quelques recherches. On a découvert qu'un des frères Sveitzen, beau-frère et associé de M. Chamot, est actuellement à Paris. Il paraît peu propre à toute affaire politique et ne s'occupe, jusqu'à pré- sent, que d'achats de marchandises en France. Il jouit d'un grand crédit, principalement à Lyon : on continue de l'observer. On sait aussi que M. Chamot, qui a de l'esprit et de l'instruction, réunit fréquemment chez lui, à Francfort, tous les agents diplomatiques, parmi lesquels plusieurs sont dévoués à l'Angleterre; qu'aux foires, il reçoit et traite honorable- ment les principaux négociants anglais qui s'y trouvent, presque tous naturellement portés à se charger de toutes les commissions des minis- tres. On s'occupe de découvrir quels sont les correspondants habituels de M. Chamot tant à Paris que dans les autres villes de France.
22. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Boulogne. La flottille reprend la mer. Inquiétude des Anglais. Signaux adressés à un navire ennemi qui y répond. Un bateau de pèche disparu a pu servir à une éva- sion ou à un espion.
Envoi d'armes à Vétranger. De Gourcy, émigré, à Nancy, envoyait à des amis, en ilongrio, des fusils de chasse (Bull., 13 prairial et 9 messidor XII). Depuis trois ans, on a envoyé de Saint-Étienne, pour 50.0Ù0 francs de fusils en Allemagne, à Lothringcn émigré.
8 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
Librairie. Plainte des libraires de Cologne qui ignorent quels livres sont inter- dits. On propose d'établir à LeipsicU, centre do ce commerce, un agent pour ache- ter et signaler les libelles.
Moreau, arrive à Barcelone (13 messidor) avec Henry, chef d'escadrons de la garde impériale, et y attend sa femme pour aller à Cadix.
Reif, arrêté à Naples. On demande son extradition.
G;)/i/;i, émigré, se bat en duel, à .\ngers, avec Chamorin, aide-de-camp du général Girardon. Plainte du général (lhill.,20 messidor XII). Affaire exagérée. On propose de le relâcher.
Fausse déiwnciulion, portée contre Bonneau par le maire de Saint-Sulpice (Bull., 2" floréal et 2 messidor XII)p(»ur propos séditieux. La haine contre Bonneau vient de ce qu'il a acheté le presbytère.
Théâtre « Tniu-rède ». On applaudit les passages pouvant s'appliquer à Moreau. Cabale.
BULLETIN ^ DU 29 MESSIDOR AN XII
Mercredi 1 R juillel 1804.
23. — Esprit public. Légion d'honneur. — La décoration nou- velle sera pendant quelque temps le sujet des sarcasmes et des querelles. On rapporte que M. de Lalande a dit : « Des 12.000 étoiles nouvelle- « ment découvertes, il n'en est pas une fixe.» Au boulevard, dit Coblentz, des jeunes ^-^ens portent à la place de la croix un œillet ponceau. Dans les sociétés, en style familier et amical, les décorés sont qualifiés de chevaliers. Un grenadier, qui a reçu la croix dimanche, a été provoqué et tué en duel, le même jour, par un de ses camarades, qui n'avait pas reçu cette décoration. Vn voyageur, arrivant de Lyon, assure qu'il y aura aussi des rixes dans cette ville pour le même sujet. Les anciens cheva- liers de Saint-Louis demandent s'il:^ ne sont pas autorisés, de droit, à reprendre cette décoration militaire. On leur répond que s'ils l'ont méri- tée ils obtiendront, sur les preuves de service réel, celle qui vient d'être adoptée. On a remarqué, près le bureau de la recette du Pont des Arts, un militaire décoré de la croix, employé à demander aux passants le payement du droit établi. Cette fonction a paru contraire au but de l'ins- titution. On a vu quelques militaires décorés ivres dans les rues et accompagnant des prostituées.
24. — Théâtre. — ■ l ne troupe de comédiens passant à Périgueux y a donné une représentation de : Crispin tout .sch/. Le directeur s'est permis d'employer pour tableau le portrait de l'Empereur, Un passage de cette pièce étaii ainsi conçu : « Si l'original de ce portrait me surprenait « ainsi seul, je finirais par jouer un vilain rôle. » Quelques spectateurs qui ont reconnu le portrait ont ri. L'opinion du plus grand nombre a cependant fait justice de celte inconvenance. La police locale l'a consi- dérée comme une injure à Sa Majesté Impériale et incarcéré le directeur. Le préfet en rend compte par une lettre du 23.
25. — LVÉNEMENTS DIVERS
Paris. Trente-quatre arreslations, dont celle d'IIerbouville, acteur de la Porte Saint-Martm, Un ivrogne crie <■ vive les Bourbons! » Boulogne. La flottille de cinquante voiles sortie du port. Quelques coups de
1. C'est le premier bulletin signé « Le ministre de la police : Fouché. »
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canon. Le bateau disparu (22) a servi à deux déserteurs. Surveiller Vénard, com- mandant la 9' compagnie de canonniers : a fait longtemps la contrebande avec Gromard (d'Eu). Ordre d'exiger des aveux complets de Duviquet, dit baron d'Or- dre, supposé complice de labbé Delporte, agent principal des princes.
Carfort, ancien chef de chouans, que Georges faillit faire fusiller (Bull., 24 prai- rial, an XII) est emprisonné à Saint-Brieuc et sera transporté à Lourdes.
Institutrice fanatique. M' Rostardct, à Voide, blâme le concordat : elle es: pré- venue qu'au premier mot elle sera enfermée.
Spencer Smith, et son valet de chambre, italien, venu d'Angleterre avec des let- tres, sont surveillées.
Husum. Bruits sur la guerre.
Francfort. Les bruits sur le roi de Suède (14) sont confirmés par le baron de Weissembourg. Les émigrés réfugiés à Offenbach, pensionnés par lAngleterre. vont à Ratisbonne depuis l'expédition d'Ofl'enbourg : colonel de Baschy, dit Duchayla, vicomte de Choiseul, vidamc de Varé, etc. Restent à Offenbach : de Mintière, abbé de Villeton, ancien aumônier du Prince de Condé.
Simon du Fossé, signalé de Salzbourg. pour propos, est fou. Le surveiller à son arrivée. Doit différer de Caboche du Fossé (L. M.) arrêté à Anvers (15 germ,).
BULLETIN DU 30 MESSIDOR AN XII Jeudi ^9 juillet IS04.
26. — Légion d'honneur. — Un agent secret rapporte que M. Seu- les, homme de lettres, traducteur de plusieurs ouvrag^es anglais, qui fut électeur en 1789, se plaint de ce que, tant lui que ses collègues, surtout ceux qui ont servi dans les nuits des 12 et 13 juillet, n'ont pas été nom- més membre^s de la Légion d'honneur. Depuis deux ans 5l. Soulès est noté à la police générale. Il a été signalé, à cette époque, comme ayant servi une police secrète de Lord ^^'hil^vorth. Suivant le même rapport, les vainqueurs de la Bastdie projettent de se réunir, dimanche, pour rédi- ger une adresse à Sa Majesté Impériale, tendant également à leur admis- sion dans lu Légion. Les mesures sont prises pour les surveiller.
27. — Angleterre. — La correspondance entre le comte de Lille et Pichegru annoncée dans le Moniteur de ce jour, article Angleterre, se trouve dans la Gazette du 30 juin intitulée « The Courrier », article Louis XVIII et Pichegru. Ce sont les lettres des 24 mai et 9 juin 1796, qui se trouvent dans le mémoire de M. de Montgaillard, pages 1 17 et 151. Le Courrier donne ces deux lettres comme extraites de ï Ambigu, de Pellier, de la veille (29 juin). Il est probable que Peltier n'a fait que les transcrire dans Montgaillard. Loin de contredire cette correspondance, le journaliste anglais la donne comme constante et en fait l'apologie. II y joint un extrait de la lettre du comte de Lille à l'archiduc Charles, du 30 juin 'même année, page 141) par lequel il fait principalement ressor- tir les passages où le comte de Lille présente à l'archiduc la correspon- dance de Pichegru comme preuve authentique des grands avantages de sa présence sur les frontières de France.
28. — ÉVÉNEMENTS DIVERS.
Ordres du Ministre, Renvoyer de France : Montanclos de Princcu, émigré. — A 40 lieues de Paris et des côtes : Gilbert (a quitté la France en 1787). — En liberté et en surveillance chez eux : Broyard (détenu un an pour lettre anonyme), Saunier (propos), Dupac de Baden (pris chez Puivert), Lareignerais (passeport irréguliei-).
10 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
Fournicr (chouan), Docougny (expulsé), Desclos La Mollicre (émigré), Quérié (pro- pos), La Barberie Saint- Front (ex-aide de camp de Wimpfen, a dit avoir vu à Paris quelqu'un ressemblant au duc de Montpcnsier), Longagne (propos), Lacourière (vente d'un livre;. — Un mois de prison, puis en surveillance : Lebours (libraire, vend le mémoire de Victor Morcau).
Dénonciations. 1) Contre Démarre, ancien écuyer du comte d'Artois : propos contre l'Kmpcreur. 2) A Villeneuve (Ardèche),le suppléant au juge de paix dénonce Garidel comme chef de cent cinquante brigands, restes des rebelles de .Talés, et la femme Larivièrc, qui réunissait des femmes et parlait contre le gouvernement. Il se rétracte.
Prisonniers ancflais. Deux capitaines, conduits d'Avranche à Ville-Dieu, s'éva- dent et sont repris.
Jiixe cl Melun. Ibrahim, capitaine des mamelucks, est insulté dans un café en voulant protéger une femme arabe. La foule veut l'étrangler avec le chale de son turban. Deux officiers, dont le lieutenant Eliasse, le délivrent.
Placard affiché à Gassino. Bricca soupçonné.
Faux bruits répandus à Turin, attribués à d'cx-nobles, Castellengo, Birago, Car- dan, Tarin, Bozdzotazan, officiers Sardes.
DAffiny veut venir de Mons à Paris tuer d'Espienne. Lui refuser un passeport.
Moreau et sa femme- Leur départ de Barcelone pour Cadix a été retardé par des indispositions. Lettre de M""' Moreau au grand juge. Henry revient en France.
Francfort (Lettre du 14 juillet). De nombreux ouvrages séditieux arrivent de Hambourg, Nuremberg et Augsbourg, malgré la méfiance des libraires et la surveil- lance de l'envoyé spécial Hirsinger. Deux nouveaux ouvrages (14).
Renseignements sur des émigrés arrêtés sur la rive droite du Rhin : marquis de Thumcry (colonel de Berchiny. compagnon de chasse du duc d'Enghien, pensionné d'Angleterre), Vauborel (fanatique), Grunstein (intrigant), l'abbé d'Aimard, son ennemi Weinborn (dévoué au cardinal de Rohan), Demougé (escroc).
BULLETIN DU l"-^ THERMIDOR AN XII
Vendredi 30 juillel /S 04.
29. — Paris. Bruits. — Il circule que S. M. l'Impératrice part lundi prochain pour Aix-la-Chapelle.
30. — Légations étrangères. — M. de Munich-Hausen, chambellan du roi de Prusse, a perdu chez Livry, outre l'argent qu'il avait sur lui, 40.000 francs sur parole.
31. — Maternité. — Trois femmes sont accouchées cette nuit dans la maison de la Maternité, une de trois enfants, les deux autres de deux chacune.
Toutes les mères admises dans cette maison se louent des soins qu'el- les y reçoivent et disentqu'clles y sont mieux traitées que chez des sages- femmes.
32. — Nevers. Bruits. — On avait rapporté que, pendant le procès des conjurés, il y avait eu à Nevers des rixes sérieuses. Le Préfet de la Nièvre a été chargé d'en rendre compte. Voici l'extrait de sa réponse du 27 messidor: « Toutes les opinions qui se sont manifestées dans les lieux « publics ont été en faveur du Gouvernement. Dans les salons des Bour- « boniens il en était autrement. On y faisait circuler qu'il y avait des « duels fréquents entre les militaires de l'armée d'Italie et ceux de l'ar- « mée du Rhin. Les nouvelles se colportaient comme données par des « voyageurs venant de Paris... on n'y croyait pas, mais on paraissait dési- « rer qu'elles se réalisassent. Le Magistrat de sûreté a été chargé d'en
BULLETIN DU I" THERMIDOR AX XII 11
« poursuivre les auteurs et les distributeurs. Cet ordre, rendu public, a « suffi pour faire cesser tous ces faux bruits. Le plus grand calme règne « dans Nevers et dans le département de la Nièvre. » Le Préfet ne dési- gne pas, par cette lettre, ces Bourboniens; il les présente tous indistinc- tement comme incorrigibles, constamment attachés à l'ancienne dynastie, se livrant sans réserve à leurs illusions, toujours trompés, et ne trouvant des consolations que dans leurs rêves.
33. — Prêtres dissidents Vendôme. — On a rapporté, dans le mois dernier, qu'un habitant de ^'^endôme avait été enterré par un prêtre rebelle, nommé Thoinier, sans l'intervention du curé; que M. de Boisri- chard, maire de cette ville, avait toléré cette cérémonie et était notoire- ment le protecteur des dissidents ; que sa femme était à la tête de leurs partisans. Un mandat d'arrêt a été décerné contre le réfractaire Thoinier dont le délit était public. On a demandé confidentiellement au Préfet de Loir-et-Cher des renseignements sur M. et M°^® de Boisrichard. ^'oici l'extrait de sa réponse du 27 messidor : « M. de Boisrichard jouit d'une « considération méritée, est sincèrement attaché au Gouvernement, d'une « trop saine philosophie pour soutenir des fanatiques. Mais les dissidents « sont effectivement protégés par sa femme, et, par complaisance pour « elle, il ne met pas à leur poursuite tout le zèle qu'il montrerait s'il était « dégagé de cette influence. L'événement de l'enterrement est exact : « c'est celui du nommé Adam. Ce jour, le maire était absent. Les dissi- « dents en ont profité pour faire publiquement cette cérémonie. Le com- « missaire de police n'y a mis aucun obstacle: il sera remplacé. » Le Pré- fet observe que toutes les familles riches de^'endôme et Blois soutiennent les prêtres rebelles au concordat ; que ce fanatisme empêche l'enlèvement de deux ou trois de ces prêtres, qui suffirait pour que tous rentrassent dans l'ordre; que cette exécution nécessaire est d'autant plus difficile qu'il n'y a point de troupes. 11 propose d'envoyer cent hommes, de les distribuer dans ces deux villes, de les placer chez les principaux partisans de ces perturbateurs, et d'annoncer qu'ils y demeureront jusqu'à ce que ceux signalés soient livrés.
34. — Rébellion. — A Viabon (Eure-et-Loir), une brigade avait arrêté un jeune homme, neveu du maire. Conduit chez lui et reconnu, il lui a été laissé à sa réquisition. En sortant de sa maison, un attroupement nombreux a assailli les gendarmes à coups de pierres. Ils ont été forcés de se faire jour avec leurs sabres. Le maire et l'adjoint ont refusé de dissi- per cet attroupement. Sept des principaux coupables sont arrêtés.
35. — Guernesey. — Le chevalier de Péronne, un des principaux agents de la correspondance entre l'ouest et l'Angleterre, est à Guernesey. Il y occupe la maison du nommé Duport, prisonnier de guerre à Verdun. Duport a marqué ce fait à l'un de ses correspondants en Normandie, en ajoutant qu'il avait reçu récemment des nouvelles de M. de Péronne. On s'occupe de vérifier quels senties objets de la correspondance qui paraît exister entre le prisonnier anglais et l'émigré Péronne.
36. — Lalande (Note écrite de la main de Fouché et signée par lui). — « Le Bulletin d'hier(23) rapportait une plaisanterie sur la Légion d'hon- « neur attribuée à INI. Lalande. Je sais positivement aujourd'hui que « M. Lalande est à Nevers depuis quelque temps. Comme le quolibet « dont il s'agit avait une couleur scientifique, il était naturel qu'on en fit « honneur au greffier en chef de l'astronomie. »
12 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
37. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Dénonciation anonyme et fausse contre deux prêtres de Saint-Malo qui devaient aller à Paris assassiner l'Empereur. Le clergé est très fidèle.
Toulon. Une attaque des Anglais à Louvadour, près Bormes, est repoussée (21 messid.).
Prêtre réfractaire. Bétourné, prêtre de Muneville-le-Bingard, réfractaire, est accusé par le maire d'empêcher le vote sur lliérêdité. On le recherche. Très malade, pour ne pas en faire un martyr, on ne l'arrêtera pas mais « on recherchera son asile avec discrétion. »
Émigré amnistié. Mort de Paulo, ancien clief de bande (Aveyron).
Angleterre. On cherche un Éloge finièhre du duc d'Enghien qui circule, dit-on, à Londres et à Paris.
Faits divers. Vol en Gôtc-d'Or. — Assassinats : à Angoulêmc, par Brunet ; dans TAisne, par Demarle; en Scsia, du fermier de Sandilliau.— Éboulemcnt à Breteuil.
BULLETIN DU 2 THERMIDOR AN XII Samedi 21 juillel 1804.
38. — Note du Ministre. — Envoi au Préfet de police du signale- ment du nommé de Laroche-Rochefort, émigré, qu'on a vu plusieurs fois à Londres dans la société de d'Orléans fds aîné, et qui doit être actuel- lement à Paris avec un passeport suédois sous le nom de ^^ inclaven.
Fitz-JameS; ventriloque, est de retour à Paris. Il voyait à Londres les ennemis les plus déclarés de la France, notamment l'ex-général Dani- can, employé maintenant en Allemag^ne à des recrutements pour l'Angle- terre, Le Préfet de police est chargé de l'arrêter et de transmettre copie de l'interrogatoire qu'il lui fera subir.
39. — Livraison de Toulon. — Invitation à xM. le conseiller d'État, préfet des Bouches-du-Rhone, de chercher à recouvrer un acte en vertu duquel, lors de la livraison de Toulon aux Anglais, l'amiral Ilood s'était eng-agé avec les autorités à faire restituer tout ce que les Anglais pren- draient dans la ville et les arsenaux, dès que les F'rançais auraient un gou- vernement légitime. M. Labat, négociant de Marseille, est indiqué comme pouvant faciliter les moyens do retrouver cette pièce.
40. — Attaque d'un courrier. — Le 28 messidor, la malle, partie de Paris le 25, a été attaquée à une lieue et demie de Lamballe (Côtes-du- Nord), par dix brigands armés de fusils. Ils ont volé l'argent du cour- rier et d'un voyageur qui l'accompagniait. Ils n'ont visité que les dépèches de Broons pour Saint-Brieuc. Le maire de Lamballe qui rend compte de cet événement, ne dit pas s'ils en ont enlevé quelque lettre ou paquet. La gendarmerie et la garnison de Lamballe sont à la poursuite de ces brigands.
41. — "Vaucluse. Situation. — Le 16 messidor, le Préfet de Vaucluse a rendu le compte le plus satisfaisant de la situation de ce département pendant le dernier trimestre. L'esprit public y est généralement bon : tous les viju'ux se portent vers Sa Majesté Impériale. La tranquillité n'a été troublée par aucun événement remarquable. Le culte s'exerce publi- quement. Dans les communes mixtes, les protestants jouissent de la même liberté que les catholiques. Les Juifs ont deux synagogues, lune à Avi-
BULLETIN DU '2 THERMIDOR AN XII 13
t'non, l'autre à Carpentras. Dans Tune et l'autre, ils se livrent à la pra- tique de leurs rites avec tranquillité.
42, — Boulogne. — Le Commissaire général rapporte que quelques bâtiments anglais, chassés par le courant, se sont rapprochés de très près de la ligne de la flottille, dans la matinée du 30. Un feu très vif les a for- cés de se porter au large : ils ont exécuté ce mouvement avec difficulté. Le même jour, 30, le maréchal Moncey et le général Junot sont arrivés à Boulogne, quelques heures avant Sa Majesté qui a paru dans le port à
3 heures. , . . , ..
43. — Lettre de Francfort (16 juillet). — Tous les émigrés partis d'Offenbach sont dans les Etats du prince de Reuss, oncle du prince d'Isembourg, sur la frontière de Saxe. (Il est probable que roncle,qui leur donnait asile à Offenbach, a engagé son neveu à leur accorder la même protection). « Il n'en reste que trois à Olîenbach : M. de Mintiere, l'abbe « de Villeton (déjà signalés dans le Bulletin du 29) et M. de Saint-Robert, « instituteur du duc d'Enghien. On voit aux eaux de Baden, près Rastadt, « un Français nommé Laberge,qui se dit officier au service de l'Autriche « et ne l'est pas; à Ofïenbourg, M. Morellet, très âgé, frère du membre « de l'Institut. » 11 est probable, d'après ces renseignements, dont la source est pure, que toutes les intrigues, que l'Angleterre entretient sur la rive droite du Rhin, sont rompues.
44. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Faune*. La protestation de Louis XVIII a été répandue sans effet.
Soiithonax. 9a femme demande sa liberté. Appuyé par le Prince Impérial.
Ordres du Ministre. Renvoyer dans leur pays : Lcsueur Vve Gallery (servit les chouans), Milard (propos). — En liberté sous caution : Vve Durand (propos, 2 mois prison). - En surveillance : Bertrand de Molleville (frère du ministre, arrêté pour son neveu), Mallet (propos étant ivre), Houdaille (propos). - Hors de France : Jouflin (émigré non amnistié). — A quarante lieues de Paris et des côtes : Quesnette (chouan, propos), Herbouville (25) (couplets, 3 mois à Bicétre), Guillemon (officier d artille- rie, turbulent), Saint-Léger (femme, écrits), Laignel (escroc cherchant des valets de pied pour S. M.). — Détenu j. n. o. : Ducoin-Moussière (intrigant, propos). Vérifier si Cornu Palméri détient un faux pouvoir du capitaine Vautrin. — Surveil- ler Bachmann, père et fils, arrivés à Paris après avoir vu le roi de Suède. — Cher- cher l'auteur de l'écrit donné par Perrico (8).
Correspondance. Lettres à divers fonctionnaires au sujet des fonds provenant des conspirateurs et qui doivent être distribués.
Rébellion contre la gendarmerie pour favoriser l'évasion d'un déserteur (Landes).
Vengeance. A Causse (Hérault), on dévaste les propriétés du maire qui s'est oppose au défrichement de terrains communaux.
Hambourg. Lettre (11 juillet). Arrivée à Husum de quatre paquebots anglais. Un italien rejoint Spencer Smith (25). Départ de trente Hanovricns. Les pécheurs dépo- sent à Harwich les lettres de Hollande. La correspondance se fait par Lacote, en Hollande, aidé par Sidney Smith et Right. Un autre agent de cette correspondance, Larose, est arrêté en Hollande.
Faits divers. Assassinat dans les Landes.
14 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
BULLETIN DU i THERMIDOR AN XII
Lundi 2,'} juillet 1804.
45. — Vainqueurs de la Bastille. — On a fait vérifier le rapport <jui annonçait une prochaine réunion des vainqueurs de la Bastille qui résident dans le faul)Ourg' Antoine, pour rédiger une adresse à Sa Majesté Impériale, afin d'exposer leurs titres, pour être admis dans la Légion d'hon- neur ("20).
Cette réunion n'a pas eu lieu hier. On s'est assuré que beaucoup d'en- tre eux avaient déjà remis des pétitions individuelles pour cet objet. Ils s'appuient sur le Décret de l'Assemblée constituante du 19 juin 1790, où le dévouement, qu'ils ont montré le 14 juillet 1789, à la prise de la Bas- tille, est considéré comme un service important qui doit leur garantir toute la reconnaissance nationale. Un nommé Perrier, ci-devant institu- teur des sourds et muets, sous l'abbé Sicard, doit rédiger une adresse collective qui sera présentée par une députation de douze d'entre eux. L'agent qui donne ces renseignements a la confiance des habitants du faubourg. Cette adresse doit même lui être communiquée pour y faire les changementsquiserontjugesconvenables.il a remarqué un excellent esprit parmi ceux des vainqueurs de la Bastille qui lui ont fourni ces détails, et l'intention où ils sont de s'isoler de ceux qui, précédemment admis dans leur bataillon, se sont fait remarquer par leur agitation turbu- lente ou criminelle.
46. — Boulogne. — Le commissaire général écrit de Boulogne, à la date du 1'='', que l'arrivée de Sa Majesté Impériale y a produit une vive impression et que l'allégresse publique s'est manifestée par des acclama- tions unanimes. Quelques soldats ont tenu des propos. Le commissaire général les a signalés à leurs chefs.
47. — Attaque du courrier de Paris (iO). — Le maire de Lamballe a transmis le procès-verbal de l'attaque de la malle, annoncée par le Bulletin du 2 (40). Il porte que l'attaque a eu lieu à 5 heures du matin, à une lieue et demie de Lamballe, par dix inconnus armés de fusils et pisto- lets. Ils ont demandé trois fois au courrier s'il portait de l'argent. Sur sa réponse négative, ils ont visité la voiture, mais n'ont pu en découvrir le fond. Ils lui ont pris douze louis qu'il avait sur lui, et à M. Aliot, voya- geur seul porté sur la feuille du courrier, tout ce qu'il avait (on ne dit pas combien). Ils ont demandé au courrier ses dépêches. Il a répondu qu'il les avait laissées à Broons, et a évité, par cette réponse, de les leur livrer. Ils ont visité celles de Broons pour Saint-Brieuc (On ne voit pas dans le procès-verbal s'ils en ont soustrait quelques lettres).
Observations. — Les autorités né présentent aucun trait qui puisse caractériser ce délit; on porte quelques soupçons sur les coupables, mais, si on considère que De Bar est errant dans cet arrondissement, sans pou- voir trouver moyen de se rembarquer; que Pénanster et autres échappés de Paris, ou qui n'y étaient pas encore venus, sont dans le même cas; que Jean-Marie, qui est venu de Londres pour recueillir les fuyards, n'a eu aucun succès, et que la prise de la corvette Le Vincejo, qui était sans doute pour le même objet, n'a pas permis à ces scélérats de reprendre la mer, ces diverses circonstances feraient supposer que le vol du courrier
BULLETIN DU 4 THERMIDOR AN XII 15
a été exécuté par cette bande, obligée d'errer dans le pays et ayant épuisé ses moyens pour subsister.
48. — Communautés religieuses. Blois. — Le procureur général de Blois signale trois communautés de religieuses établies dans cette ville, comme elles l'étaient avant la Révolution: Carmélites, Ursulines, Sainte-Marie. Elles suivent exactement leurs anciens règlements, ont tou- tes les mêmes vêtements. Elles reçoivei>t des novices, leur font prendre le voile. Le fanatisme soutient ces réunions: les autorités locales parais- sent hésiter pour les dissoudre et mettre à exécution le décret impérial du 3 messidor. Elles en sont chargées expressément et itérativement.
49. — Confréries. Aubusson. — Le ministre de la Guerre a commu- niqué, le '29 de ce mois, un rapport qui lui a été adressé par le comman- dant de la Creuse, suivant lequel il y a à Aubusson des Confréries de Pénitents blancs et noirs, dont les processions publiques ont occasionné quelques troubles. On ajoute que ces processions se sont renouvelées au mépris des défenses de l'autorité. Le Préfet est chargé de donner des ren- seignements sur ces faits.
50. Allemagne. — Le roi de Suède est arrivé à Francfort, incognito. Il ne va point aux fêtes de Darmstadt.qui ont commencé le 16, pour le mariao-e du Prince avec une princesse de Prusse. Il a notoirement toute la noblesse de Suède contre lui, ce qui l'empêeliera de retourner dans ses ■^tats, quoique le peuple paraisse le désirer.
51. — Angleterre. — On a transmis de Hambourg, à la date du 13 juil- let^ quelques nouvelles particulières, apportées par les derniers paquebots d'Anr-leterre. M. Pitt a offert au Prince de Galles le titre de maréchal de camp d'Angleterre (field mashall of England) à condition de quitter la minorité. Le'Prince a refusé avec dédain. On croit que leur réconciliation est devenue presque impossible.
L'or qu'on introduit en Angleterre ne sort pas de la banque. Il est con- verti en guinées que l'on conserve. L'argent seul est mis en ciixulation ou envoyé aux Indes. Botton, célèbre ouvrier de Birmingham, a trouvé le moyen de donner aux piastres d'Espagne, dont l'effigie avait reçu en An<^deterre une altération ignominieuse, une nouvelle empreinte, dont on dit le type très beau : d'un côté, la figure d'Angleterre, Britannia, sous celle d'une femme, de l'autre, celle du roi. Elles valent six schellings en Irlande et cinq seulement en Angleterre et en Ecosse.
52. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Réunion de chouans, à GaïUefontaine (Seine-Inférieure). Dix se réunissent chez la Veuve Lcsueur, arrêtée pour avoir donné asile aux complices de Georges. Parmi eux on remarque Gambu, Lelong et Lallemand qui eurent des rapports avec les conjurés (Rapport du capitaine Froment au commandant Thouvenot, de la gendar- merie) .
Placard séditieux, affiché à Troyes, par Geoffroy, instituteur, qui pousse un élève de dix ans à accuser M. Dupont, ancien professeur de l'Empereur.
Réheilion de Bontemps, ivre, à Saint-Patrice, contre la gendarmerie. — A Bour- bourg, les gendarmes sont frappés après la cérémonie d'une confrérie.
Allemagne. Conversation entre diplomates étrangers chez Betmann, banquier, consul russe : l'Autriche et la Russie demandent des explications amicales sur la violation de Baden ; Drake est en Angleterre, interdit des affaires.
De Bentinck, ministre protestant remarquable, prisonnier de guerre, mort en prairial, disait qu'en cas de descente en Angleterre, celle-ci provoquerait un sou- lèvement en Hollande.
16 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
Faits divers. Assassinats : de Séjourné dans l'Oiso, et de Pictrois on Seine-et- Marne. — Vol d'église à Bellicourt.— Faux billets : arrestation de Chupel, à Laigle (Orne). — Divers : enfant de deux ans mort sur la route de La Ferlé à Meaux. Femme noyée à Toury. — Incendie à Izcure.
BULLETIN DV 5 THERMIDOR AN XII Mardi 24 juillet 1804.
53. — Paris. Esprit public. — Un agent secret rapporte que ce matin, à U heures, un grenadier de la garde impériale, passant sur le Pont Neuf, à côté d'un jeune homme qui avait à sa boutonnière un œillet pon- ceau en forme de croix, le lui a enlevé, en lui disant que, s'il n'était pas content, il lui donnerait son adresse. Le grenadier a été applaudi par les spectateurs.
54. — Vannes. Maisons de charité. — L'évêque de Vannes a acheté un ancien couvent de cette ville, dans lequel on a établi, depuis un an, une maison de charité, où les élèves sont occupés à une fabrication de dentelles. M™« de Lamoignon et M'"° de Mole, sa fille, sont à la tête de cette maison. Le Procureur impérial demande, par une lettre du 27, si ces dames sont dans le cas du décret impérial du 3 messidor. On a répondu qu'elles devaient déclarer la nature et l'objet de leur institu- tion ; si les institutrices ou les élèves formaient une corporation ou communauté ; si elles ont des supérieurs français ou étrangers.
55. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres du Ministre. En liberté, à 40 lieues de Paris et des côtes : Verdet, Danan , sa femme, Dubuisson, sa femme. — En liberté en surveillance dans leurs apparte- ments : Raguet-Brancion, Esprit Gai-ré, M" Klingin-Dcssers, Floirac, Schmalzigang (soupçonnés d'intrigues avec le général Desnoyers); Fauverge fils (liaison avec les ennemis du gouvernement. Sans preuve).
Placide Louvertiire, détenu à Bclle-Islc-en-Mcr, est autorisé à rejoindre sa mèi'e en surveillance à Angers. Quelle surveillance cxercera-t-on?
Sallion, ancien huissier à la cour des Comptes de Nantes. Cet émigré, royaliste mais isolé, en rapport avec les émigrés Pombellc et Behague, dit dans ses lettres que « Bonaparte ne s'est emparé du pouvoir que pour mettre les Bourbons sur le trône. »
Fête du 14 juillet célébrée avec ordre à Alençon.
BULLETIN DU 6 THERMIDOR AN XII
Mercredi .25 juillel JS04.
56. — Paris. Rapport du Préfet de Police. — L'Ambassadeur des l^tats-Unis, suivant le rapport du Préfet de police du 5 de ce mois, a laissé entrevoir que son gouvernement ne serait pas éloigné de confier au général Morcau le commandement de ses provinces. Il a eu des con- férences avec le Tribun. Il parle avec enthousiasme des avantages que pourraient remporter les armées américaines sous un tel chef. Le consul américain à Barcelone l'a accueilli.
Vingt soldats du 2" régiment de la garde de Paris et vingt cuirassiers
BULLETIN DU 6 THERMIDOR AN XII 17
se sont battus au sabre, il y a eu plusieurs blessés. Deux femmes publi- ques ont été le sujet de leur rixe ; elles sont ai^rètées.
Le Préfet de police a fait arrêter la femme Boniface pour distribution de couplets séditieux (la copie de ces couplets est jointe au rapport). Il est probable que c'est la femme de l'ancien concierge du Temple, déporté par le Sénatus-consulte de nivôse, an iX. La police générale a, depuis longtemps, des notes sur cette femme. Anarchiste exaltée^ dévouée à Robespierre, Marat et autres chefs de ce parti, elle est ennemie irrécon- ciliable de tout gouvernement autre que celui de 1793. On tint pour ■constant, à l'évasion de Sidney Smith et Wright, qu'elle l'avait secondée de tous ses moyens. A cette époque, elle n'habitait plus le Temple, s'étant pourvue en divorce, cependant, ce fut elle qui y introduisit les deux offi- ciers déguisés porteurs du faux ordre du ^linistre. On la vit même, en sortant de la chambre des deux Anglais, déposer sur une table un mou- choir qui était rempli d'argent ou d'argenterie, qu'elle déclara avoir reçu d'eux.
57. — Bourse. — Deux partis de spéculateurs s'entre-choquent. L'agent de change Martinet travaille pour les joueurs à la hausse. Ses commettants ont, dit-on, pris des engagements avec des maisons d'Ams- terdam qui reçoivent les rentes à raison de 60 0 0, et il a retenu des sommes considérables. Il a en outre emprunté 8 millions sur la place de Paris : on assure que la caisse d'amortissement a un intérêt dans cette opération. Le plus fort opposant est l'agent de change Nicolas Coindre. On prétend qu'il travaille pour Saint-Didier, capitaliste qui a gagné une fortune considérable dans la chute des mandats. L'esprit de la place est incertain, mais incliné un peu à la baisse.
58. — Le Havre. Bombardement. — Le 4 de ce mois, à 10 heures, une division de l'ennemi, de seize toiles, s'est approchée du Havre. Trois bombardes ont tiré sur la ville pendant près de deux heures. Cinq mai- sons sont presque détruites, deux autres très endommagées, dont celle du sous-préfet. Cinq blessés ; une femme a eu la cuisse fracassée et a subi l'amputation. Les pompiers ont servi avec activité et empêché la communication des ilammes. Tous les fonctionnaires ont déplové le plus grand zèle et ont porté des secours provisoires aux blessés. Le 5, date de la lettre du secrétaire général de la préfecture qui rend compte de cet événement, on prévoyait au Havre que la haute mer, favorable à l'en- ne mi qui veut détruire les propriétés particulières, durerait encore cinq jours. On craignait, en conséquence, de nouvelles attaques. Le Préfet est parti de Rouen pour le Havre, dans la nuit du 3 au 4, pour faire dresser, conformément aux instructions du Ministre, l'état des pertes éprouvées par cet événement, et procurer les secours convenables. On s'attendait, depuis plusieurs jours, à cette entreprise de l'ennemi.
59. — Barcelone. Moreau. — Extrait d'une lettre particulière datée de Barcelone, Il juillet. «Le public a paru satisfait de l'arrivée de Moreau dans cette ville. Dès que l'intendant en fut instruit, il alla le visiter et lui offrir argent, voitures et tous les services qui pourraient dépendre de lui. Le général lui envoya l'adjudant Marot, pour le féliciter. Le gou- vernement fit de même. Le lendemain de son arrivée, Moreau se fit pré- senter au capitaine général par le commissaire des relations commerciales. Dans la même journée, il se rendit, accompagné du commissaire, du sous-commissaire et de M. Henry, près la porte de Saint-Carloz, du côté de Barcelonette, pour voir manœuvrer un bataillon de gardes espa- gnols, qui faisait l'exercice à feu, en présence de tout l'Etat Major.
18 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
Moreau assista à cette manœuvre jusqu'à la fin. Les Catalans et les mili- taires qui l'entouraient montraient un grand enthousiasme. Lorsque la troupe se retira, le capitaine général envoya l'ordre au commandant par un adjudant, de faire défiler devant le général Moreau qui se tint constamment à côté de lui. Les Catalans parurent extrêmement satisfaits du procédé du capitaine général envers cet étranger. Moreau fut suivi par la foule jusqu'à son auberge; on disait de lui toutes sortes de biens et de louanges. Le lendemain, il dîna chez le Commissaire avec Gautier, Reig- bedert et M. Stanbov. M'"'^ Moreau est arrivée trois jours après son mari et a été fêtée par les mêmes personnes. Si l'on peut ajouter foi à ce qu'ont dit l'adjudant Marot et un particulier, Moreau va prendre un loge- ment à Barcelone, y demeurera jusqu'à ce que sa femme soit accouchée, et ira ensuite à Cadix, où l'on pense qu'il cédera aux instances du gou- verneur, son ami (le général Solano).Il dîne aujourd'hui, en grande com- pagnie, chez le jeune Manning. Les Français lui ont aussi marqué un vif intérêt. Il avait accepté l'invitation que lui avaient faite ceux qui se trouvaient dans son auberge, le jour où il se trouva incommodé. Il s'amuse autant qu'il en trouve l'occasion, va souvent au spectacle dans les loges de ses connaissances. Comme la saison est fort avancée, on peut croire qu'il demeurera à Barcelone jusqu'au printemps prochain. »
60. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Correspondance du Ministre avec divers fonctionnaires (envoi de signalements^ d'interrogatoires ou d'ordres de recherches) : Besançonnay (ami de Guillemot, le chercher à Boulogne et partout où ira TEmpereur), Stevenottc (doit être près de Dinan), Durand (agent de Frotté et de Georges), Berthois (7), James (complice de Bcrthois), de La Valette (émigré, à Bréda, va en Angleterre), Rouffigny (émigré, à Ham); attaque du courrier de Lamballe (50, 4") (au 18 messidor les brigands sont encore en Bretagne, sans pouvoir s'embarquer).
Morbilian. Léridan, Geonjes. Léridan n"a pas de fonds à Georges (2.\ Il y a cinq ans, sa mère acheta à Bothercl Pontsac (près Vannes) pour 40.000 francs dont 25.000 payés par elle et 15.000 par Léridan sur ses bénéfices de brigandage. Terreur inspirée par Georges dans le Morbihan. Excellent effet produit par sa mort.
Brigands. La bande des frères AUeton blesse les gendarmes Gérard et Lcsourd, entre Ghantcnay et Vallon (Sarthc). Alleton aîné est tué. Il portait un chapelet au côté. La forêt de Charme est l'asile habituel de ces brigands qu'excitent les minis- tres de « la Petite Église », prêtres réfractaires.
Maziiïer, professeur de médecine à Strasbourg, lié avec Carnot, vota contre l'héré- dité. La haine contre lui vient de ce qu'avec Goze il défendit Stein, accusé d'avoir empoisonné sa femme.
Ilambourff. Lettre (16 juillet). Bruits : les troupes danoises quittent Ilcndsbourg. Le blocus de l'Elbe, très nuisible à la Compagnie des Indes, exaspère les négo- ciants de Hambourg contre l'Angleterre. On espère la paix. L'émigré Sian est parti pour Paris. La Russie accueille les émigrés nobles et repousse les autres.
BULLETIN DU 7 THERMIDOR AN XII
Jeudi '^6 juillet 1804.
61. Vainqueurs de la Bastille. — Un rapport indiquait positive- ment que la réunion des vainqueurs de la Bastille devait se faire aujour- d'hui pour la signature de leur pétition. Ils paraissent avoir renoncé au
BULLETIN DU 7 THERMIDOR AN XII 19
projet de la faire présenter à Sa Majesté Impériale par une députation. Perrier, chargé de la rédaction, a dit ce matin, à une personne qu'on lui a envoyée, qu'aussitôt qu'elle serait faite, il l'adresserait à Son xcel- lence le Grand Juge, avec invitation de la soumettre à Sa Majes é. Le bataillon des vainqueurs de la Bastille était de neuf cent quatre-vingts hom- mes lorsqu'il fut organisé : il n'en reste plus à Paris que soixante-trois. Depuis qu'il est question de cette pétition, ils se sont aperçus que leurs démarches étaient observées, et on a remarqué qu'ils mettaient, dans l'expression de leur vœu, beaucoup de prudence et de circonspection. Ils craignent même que les malveillants ne se glissent parmi eux, ce qui, disent-ils, pourrait provoquer quelques mesures de sévérité. Des hommes prudents, qu'on a jetés parmi eux, maintiennent cette impression, leur suggérant qu'une pétition en nom collectif est contraire au bon ordre. Rien n'annonce que la malveillance ait cherché, jusqu'à présent, à profi- ter de cette légère fermentation. Les vainqueurs de la Bastille, qui se sont présentés le 5 à l'audience du Grand Chancelier de la Légion d'hon- neur, se louent beaucoup de l'accueil qu'ils ont reçu. On remarque déjà quelques dissentiments dans leurs prétentions ; car, tandis que les uns aspirent à l'honneur d'être admis dans la Légion^ d'autres bornent leur ambition à porter la couronne murale qui leur a été décernée par l'As- semblée Constituante et qu'ils avaient cessé de porter.
62. — Détenus. Mesures de sûreté. — Tous les condamnés à détention dans les châteaux forts sont arrivés à destination. Le commandant de Bel- legarde annonce, par une lettre du 20 messidor, que Lajolais a été déposé, le 14, dans cette forteresse, et qu'il exercera la plus scrupuleuse surveil- lance pour prévenir son évasion. On avait reçu précédemment les mêmes avis sur chacun des autres. Le Grand Juge avait prescrit toutes les mesures convenables pour que la garde de chaque détenu fût faite avec tout le soin possible. Le Ministre a pareillement donné des ordres pour que la cor- respondance active et passive de ces détenus soit exactement surveillée. Chaque Conseiller d'Etat vient d'être invité, par le Ministre, à s'assurer que ses ordres et ceux du Grand Juge sont ponctuellement exécutés dans tous les châteaux forts de son département où ces prisonniers se trouvent. Entretenir à ce sujet avec chaque Préfet une correspondance assidue ; connaître toutes les précautions prises et celles qu'on pourrait y ajouter, suivant les circonstances et les localités ; demander aux commandants des renseignements confidentiels sur les militaires qui servent sous leurs ordres; s'en procurer sur les commandants mêmes ; transmettre les uns et les autres avec exactitude et sans réserve ; enfin rendre compte au Ministre des résultats.
63. Individus qui ont logé des conspirateurs. — Ils doivent être tous éloignés de suite à 40 lieues de Paris et des côtes. Le Préfet de police est chargé de veiller à l'exécution de cette mesure. Tout individu renvoyé de Paris sera arrêté s'il y revient sans autorisation. On ne doit pas laisser rentrer dans Paris les hommes qui ont tenu aux partis, quand ils auront reçu ordre d'en sortir. Le Préfet de police est chargé d'assurer l'exécution de ces dispositions.
64. — Brest. Esprit public. — Le Commissaire général de police à Brest fait au Ministre, à la date du l»"", le rapport suivant : « Le départ de Moreau a fait renaître la fomentation dans cette ville... On y répand des insinuations malignes : « On ne Vu pas fail périr à la Saml-Jean « (Baptiste), on le fera à la l^onssaint [Louverture). » Tantôt une partie de Paris s'est soulevée, tantôt on a retenu de force dans le sud-ouest le
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vainqueur (b Ilohenlindeu, On ajoute (et ceci fait impression, dit le commissaire) que le gouvernement lait vendre les biens de Moreau pour le pavement des frais du procès, qu'on fait monter de 600.000 francs à 2.000 000 francs. » Sa lettre se tL-rmine en ces termes : « Cette alfaire a produit des elfets bien déplorables sur l'opinion qu'on aura de la peine à ramener. »
65. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres du Ministre. — Eu liberté, en surveillance dans leurs départements : Nicodeau, Legros (fausses déclarations pour gagner de l'argent) ; Gaslé (envoi d'une selle à Lahaie-Sainl-Iiilaire. C'était pour un parent) ; Le Roy La Coudraye (émigré, lié avec les agents des princes, à 40 lieues de Paris et des côtes).
Vol des anliques '. Ordre à Gohier, commissaire des relations extérieures à Ams- terdam, d'arrêter Gharlicr, complice de Giraud et de la femme Minet, et de deman- der l'extradition des coupables.
Déserteurs. Roquez, conscrit déserteur, a dit que les conscrits désertent avec de faux congés et passent de ferme en ferme hors du cordon de surveillance. Le rechercher.
Rochelle (13). Lui demander qui lui a remis en Angleterre son poignard et les fonds. L'interroger sur Bcrtlielier et sur sa lettre apportée de Londres.
Individus suspects par leur exagération viennent du Midi à Paris.
Larrazet a reçu, dit-il, des propositions de Rumbold, ministre anglais à Ham- bourg.
Libelles. La protestation du prétendant et l'oraison funèbre du duc d'Enyhien seront distribuées prochainement.
Roër. Embuuchaije. Cordicr, douanier, a dénoncé PfeifF, de Venloo, qui voulait l'engager dans un parti nombreux contre l'Empereur. Pfeifl' arrêté.
Toulouse. Agitation. Daguin suscite des troubles au théâtre. Ordre d'éloigner les émigrés perturbateurs.
Allemagne. Lettre de Francfort : le roi de Suède va à Vienne par Munich. On l'observe.
Moreau. Détails Journaliers sur sa vie à Barcelone, diner chez Manning.
Attaque du courrier de Lamballe (40. 47), est attribuée à des chouans venus à Paris pour rejoindre Georges. De Bar, Pénanster et Guillemot sont en Bretagne.
Bourse. Le 5 0 0 est à 59 fr. 60. Bruits pour amener la baisse.
Faits divers. Incendies à Vauréas et Beaumont (V^aucluse). — Arrestation de Dalot, receveur général du Tarn (vol de 173.000 fr. au Trésor) et de AUengrin, sa caution.
Pièces annexées au Bulletin :
Note sur les ordres de religieuses.
Note. — Les Conseillers d'État, chargés des trois premiers ai-rondisscments de la police, organisent leurs bureaux. Demande d'argent pour eux.
BULLETIN DU 8 THERMIDOR AN XII
Vendredi 27 juillet iS04.
66. — Bourse. — Les faits qui s'y sont passés, méritent de fixer l'at- tention de Sa Majesté. On doit d'autant plus compter sur l'exactitude des
(1) Giraud, Cliarlier et la femme Minet avaient volé au cabinet des antiques, à la Bibliothè<|ue Nationale, divers oljjcts parmi lesquels la grande sardoinc, dite agate de la Sainte-Ghapcllc, une iilaciuc en ivoire, trois vases de cuivre. Charlier fut arrêté en Hollande, sur la déclaration d'un bijoutier auquel il ull'rit la sardoinc (Voir Bulletin du :>2 messidor an Xll. A. N. AEiv 1490).
BULLETIN DU 8 THERMIDOR AN XII 21
renseignements qu'ils sont puisés dans deux rapports faits par des obser- vateurs absolument étrangers l'un à l'autre, et qui, néanmoins, se ren- contrent avec une étonnante précision, dans ce qu'ils disent sur les opé- rations ayant eu lieu, sur les hommes qui les ont faites, ainsi que sur les résultats qui peuvent en être la suite. On s'attendait pour la Bourse du 7 à une hausse un peu marquée, parce que ce jour était le jour de rigueur à la livraison des rentes provenant de la liquidation du mois précédent, et que, la veille, le Syndicat avait fait afficher de fortes parties de rentes que des agents vendeurs étaient en retard à livrer. Le cours s'est ouvert à 59 fr. 70 et il a baissé subitement à 59 fr. 15 et, à minuit f?), il était tombé à 59 fr. 05. Les deux observateurs se réunissent pour annoncer que c'est moins encore cette baisse subite que la manière scandaleuse dont elle s'est opérée qui doit fixer l'attention. Depuis près d'un mois, une forte opération montée à la hausse attirait les regards des capitalis- tes,et la rente, partie de 57 fr. 50, était arrivée à 59 fr. 70, et la confiance dans l'effet se faisait remarquer surtout par beaucoup de petits place- ments de 200 francs et iOO francs. A la même époque, une espèce de coalition se monta contre la hausse. La presque totalité des agents bien connus pour jouer pour leur propre compte se réunirent. Les agents Fer- rand, Bresson, Lorraine, Petit jeune. Boisson, Maunel, etc., et surtout l'agent de change Coindre, inondèrent la place de ventes à terme. Ce n'est pas sans quelque étonnement qu'on a vu Porteau qui, comme agent de la caisse d'amortissement, jouit d'une très grande influence, se réunir à ceux qui viennent d'être nommés, et vendre 60 à 80 mille livres de rentes, au. moment où le cours s'élevait. Enfin les hommes qui voulaient la baisse avaient été obligés de céder à la confiance des acheteurs, et l'effet s'était maintenu contre toutes les intrigues. Le 7 était un jour déci- sif ; tous les moyens, toutes les intrigues ont été employés. Obligés de fournir les rentes qu'ils avaient vendues, les joueurs à la baisse avaient intérêt d'avoir à bon compte celles dont les noms étaient livrables de suite. Pour les obtenir à bon marché, il fallait éloigner les capitalistes de leur acquisition. Pour obtenir ce dernier résultat, ils ont offert la rente à terme, non seulement au même prix, mais encore à un prix inférieur à celui de la rente vendue au comptant. Les capitalistes qui, dans cette opération, avaient la rente à meilleur prix, en gardant leur argent, n'avaient aucun intérêt à approcher de la rente au comptant, qui leur aurait coûté plus cher et aurait exigé la livraison de leurs fonds, et con- séquemment peu d'acheteurs ont demandé la rente au comptant. Par cette opération, outre ce l'ésultat, les joueurs à la baisse en obtenaient un plus dangereux, ils jetaient l'épouvante parmi les propriétaires de rentes, for- çaient les trembleurs à se défaire de leurs rentes, et se faisaient aider par eux dans les mouvements de baisse que les nouvelles ventes à terme, qu'ils venaient de faire, les mettaient dans la nécessité de provoquer et d'obtenir, à peine d'être ruinés.
Ces ventes à terme se sont toutes faites scandaleusement. Coindre, qui vend depuis un mois, voyant que les yeux se fixaient trop sur lui, n'a point voulu paraître pendant qu'on frappait le grand coup, et, après avoir donné le signal, il est disparu. En même temps que, de tous côtés à la fois, les coalisés offraient la rente, ils appelaient les vendeurs par des nouvelles qu'ils répandaient avec audace. On colportait une lettre de Martin Schwatz, du Havre, qui annonçait quatorze maisons détruites et plusieurs personnes tuées. On annonçait une grande perte devant Boulo- gne, et S. M. l'Empereur avait failli périr... On avait tiré un coup de
22 L\ POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
pistolet à Sa Majesté, et la personne qui était à côté d'elle avait été tuée. L'agent de change Bresson répandait le bruit du départ de l'envoyé de Russie. L'agent de change Laifille, qui se flatte de savoir tout ce qui se fait aux relations extérieures, parlait d'une demande en satisfaction faite par l'Empereur d'Allemagne et tellement exagérée qu'elle devait être suivie de la guerre, et mille autres nouvelles plus absurdes les unes que les autres. Les deux observateurs craignent que ce premier succès ne donne de la hardiesse aux joueurs à la baisse et ne leur procure une baisse plus marquée. Tous les deux pensent qu'il faut enfin en imposer aux agents de change, qui violent audacieusement la loi qui les a créés, jouent pour leur propre compte, et qu'un exemple, une suspension, une interdiction, ramèneraient ces agents à leur devoir, la tranquillité à la bourse, et la sôcurilé dans le cœur des capitalistes qui font des achats réels et dans le cœur des rentiers.
67. — Nantes. Prêtres. Émigrés. — Le préfet de la Loire-Inférieure rapporte, à la date du '21 messidor : « Que les prêtres sont en général mal « disposés et ennemis du gouvernement actuel, que les amnistiés sont plus réservés, mais doivent être observés. » Répondre de continuer une surveillance exacte, et d'en rendre compte.
68. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Subsistances. L'augmentation du pain (un sol les 4 livres) eut lieu, dit-on, après une entrevue entre le syndic des boulangers et le préfet de police. A la préfecture, on a dit aux commissaires, non prévenus, de fermer les yeux. Le Ministre demande des explications au préfet.
Bertrand de Molleville (44), Inspecteur des jeux, détenu cinq mois. Informer sur ses propos qu"on cite, d'après une dénonciation anonyme.
Ordres dii Ministre. En liberté: Millet (lettre pour lui dans les papiers de l'agent anglais d'Abboville) ; Kui^et (colportage, pamphlets, défense d'en vendre). — En liberté en surveillance : Deymar (correspondance avec son frère Tabbé) : Degain Montagnac (correspondance avec un agent du prétendant): Romangin (accusé de pro- pos non tenus, mais mauvais renseignements! ; Mangiot (propos, ivre, bons rensei- gnements); Liébaud (émigré amnistié); GuiUard (suivait Sa Majesté à Boulogne; enfermé comme fou). — Maintenus en détention : Quidor Duperray (ancien inspec- teur de police. N'est pas sorti de l'Empire. Réclamé par le comte Dubuquois, cham- bellan de l'Empereur d'Allcm;igne); Rivoire (ancien officier de marine, détenu à Lour- des, donne des renseignements sur plusieurs individus) ; Gohin (22) ; Donzelle (beau- frère de Charles Bertin); Prijean (arrêté pour Prigent. Mauvais sujet. Demande à servir Le mettre à la disposition du mi^iistre de la guerre).
Livrées. Rennes. Des ex-nobles donnent une livi-ée semblable à l'uniforme des gardes forestiers. Faire cesser cet abus.
Morin (10', fut condamné à mort avant la Révolution. Renseignements sur lui.
Mai/enne. Amnistiés demandent des passeports : prudence.
Esprit jniblic. Pas-de-Calais : unanimité pour lo vote de l'hérédité. — Nancy : bon, la police se fait bien. — Toulon : Les partis divisés. Pamphlets et caricatures.
Bordeaux (% et 10). Le jugement de Moreau a calmé les esprits. Par une lettre adressée à Levasscur et remise par erreur à un chef de bataillon du même nom, on apprend qu'à Bordeaux on engage des nègres pour Saint-Domingue.
Boulogne. Les individus signalés (60) n'ont pas paru.
Faits divers. Arrestation do Lepelletier, prêtre, pour faux billets (Manche).— Ten- tative d'assassinat dans l'Oise.
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BULLETIN DU 9 THERMIDOR AN XII
Samedi 28 juillet 1804.
69. — Vainqueurs de la Bastille. — Le mémoire des vainqueurs de la Bastille est terminé. Il a été lu avant-hier dans un cabaret vis à-vis la rue Au Maire, et sa rédaction a été approuvée. On le communiquait hier dans le faubourgs Saint-Antoine. Il doit être présenté mercredi prochain au grand chancelier de la Légion d'honneur. On s'est procuré au Minis- tère une copie de ce mémoire; il est d'un style respectueux et soumis. Il résulte des renseignements que l'on a recueillis que, depuis un mois, on annonçait dans le faubourg Saint-Marceau un mouvement favorable aux patriotes; que l'admission des vainqueurs de la Bastille dans la Légion d'honneur avait été une occasion pour exciter quelque fermentation parmi ceux qui résident dans ce faubourg; qu'on avait cherché, dans deux réu- nions, à exciter un esprit de mécontentement et de défaveur contre le Gouvernement ; que des hommes sages, qui avaient fait partie de ce batail- lon, avaient pris le parti de confier au grand chancelier de la Légion d'hon- neur l'objet de leurs prétentions, et que, leur démarche ayant été approu- vée, ils s'étaient occupés de se rapprocher des vainqueurs du faubourg Saint-Marceau, afin de les diriger d'une manière convenable. En effet, quatre de ces vainqueurs, qui se sont rendus hier chez l'auteur oii se trou- vait le général E)ie, sont convenus que des agitateurs s'étaient glissés parmi eux pour exciter leur mécontentement, et ils ont promis de les faire connaître.
70. — Turin. Situation. — Le Préfet du Pô rend compte de la situa- tion de ce département, pendant le trimestre de germinal. Le brigandage a été moins fréquent... c'est probablement la destruction des bandes Val- piano et Leyni. Cependant, il y a encore plusieurs vols à main armée. Cent cinquante-cinq arrêtés dans ce trimestre, dont douze brigands et assassins. Quelques banqueroutes, dont trois considérables. Il reste quel- ques malveillants qui cherchent à corrompre l'esprit public: ils sont peu nombreux. L'ordre et la tranquillité ont régné dans les assemblées can- tonales.
71. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Kéravenan, vicaire de Saint-Sulpice, avait engagé Carou à donner asile à Barco (parent de Karavenan) et à Joyaux (Affaire Cadoudal). L'évoque Dernier le reçoit. Il se fixe à Villermain (Loir-et-Cher).
Ordres du Ministre. En surveillance à quarante lieues de Paris et des côtes : Marie Esnault (correspondance galante avec Dutheil).
Simonnet va à Rouen préparer une attaque do courrier. Le surveiller.
Saint-Valery. Le Saint-André, navire espagnol, capitaine Salvo, ayant à bord Danery (20 ans), arrive d'Angleterre et porte quatre lettres cachetées non suspectes.
Gaillefontaine (52), Ganibu et Lelong sont repartis.
Larose (44) (Hollande) est conduit à Anvers.
Meliin. Alainc, prêtre, demande un passeport pour l' Allemagne. Il est préférable de l'enfermer.
Ilaiite-Siiàne. Détestables renseignements du préfet sur Mesmey, qui a réuni des «chouans chez Clermont et qui annonce qu'il va à Paris pour le sacre.
Pièce annexée au Bulletin ; Rapport sur Liénard, médailliste, bijoutier, orfèvre.
24 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
BULLETIN DL' 11 THERMIDOR AN XII Lundi 30 juillet IS01.
72. — Bourmont. — On avertit le Conseiller d'État chargée du deu- xième arrondissement que l'on est informé que ce détenu a des moyens de s'évader, quand il le voudra, de la forteresse de Besançon.
73. — Prisonniers d'Etat. — Par une lettre dn 23 messidor, le minis- tre de la guerre annonce qu'il a fait déposer provisoirement dans les cachots et les prisons militaires de Besançon quinze prisonniers d'Etat transportés, par l'ordre du gouvernement, du Morbihan au fort de Joux. 11 explique que ce fort ne peut contenir que quinze prisonniers, et qu'il était déjtà rempli, lorsque ceux du Morbihan sont arrivés. On s'occupe, au premier arrondissement, de fixer leur destination ultérieure.
74. — Chouannerie. Ille-et-Vilaine. — Le nommé Lalande, de Dourdain, a dit publiquement à \'itré qu'on était venu dans la commune qu'il habite pour organiser une nouvelle chouannerie. Il ajoute que déjà il avait fait arrêter plusieurs chouans enrôlés. Le préfet marque, à la date du 4 de ce mois, que Lalande, dans l'interrogatoire qu'il a subi à ce sujet, a rétracté cette déclaration sous prétexte qu'il était ivre au moment où il l'avait faite. II ajoute qu'un chouan du Finistère, nommé Devillers, devenu suspect par les propos véhéments qu'il a tenus en Ille-et-Vilaine, ainsi que par son extrême pénurie, a été arrêté. En répondant au préfet, on lui observe que la déclaration de Lalande ne doit pas être négligée : parce qu'il est constant que tous les conjurés qui n'ont pas été atteints, se sont réfugiés dans l'ouest ; que celte déclaration, faite confidentielle- ment, et dans un moment de liberté, n'a pu être rétractée que par crainte, lorsque l'auteur a paru devant l'autorité. On l'engage à approfondir ses recherches et à rendre compte du résultat. On approuve la mesure prise contre Devillers.
75. — Finistère. Clergé. — On avait rapporté que le clergé du Finis- tère montrait un esprit d'opposition au gouvernement : le grand juge en avait donné avis au ministre des cultes, qui a recueilli des informations. Il les a transmises le 6 de ce mois. Il en résulte que les prêtres de ce département sont calomniés par des ennemis prononcés de la religion et du gouvernement qui la protège ; que tous ont manifesté leur appro- bation pour l'avènement de l'Empereur, et voté unanimement pour l'hé- rédité.
76. — Amiens. Pères de la Foi. — On a demandé au préfet de la Somme de quelle manière pouvait s'opérer la dissolution de l'ordre des pères de la Foi, tenant à Amiens l'école publique dite l'Oratoire, sans que l'éducation des élèves y réunis en souffrît. Il répond qu'en ayant conféré avec le procureur général, ils pensent unanimement: « que le titre d'école secondaire que porte cette maison doit être supprimé; que les pères doi- vent déclarer, par acte authentique, qu'ils sont prêts à obéir et à se reti- rer; qu'il conviendra de dilférer jusqu'aux vacances leur retraite effective et le retour des élèves chez leurs parents. » Cette réponse est transmise au conseiller d"l'>tat Fonrcroy.
77. — Fécamp. Navire anglais. — Le préfet de la Seine-Inférieure annonce, à la date du 7 de ce mois, qu'un vaisseau anglais et un cutter se sont présentés, le i, devant Fécamp, avec un pavillon parlementaire et
BULLETIN DU V2 THERMIDOR AN XII 25
un grand nombre de passag^ers sur le pont, qu'on a crus des prisonniers français que le parlementaire voulait débarquer. On n'a pas répondu à ses signaux, il a reviré et s'est éloigné.
78. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Libelle. Le Code civil, en quatre-vingt-douze couplets. Libelle atroce, pas encore imprimé.
Spectacle. Adélaïde Dugnesclin. Calme. On parait renoncer aux allusions contre le gouvernement.
Ordres du Ministre. Laforest (émigré amnistié, revenu à Paris) peut sortir de France.— En liberté, en surveillance dans leurs communes : Devonshire (ex-militaire, propos); Bloz, Parelle (droit commun, les détenir, les réprimander, puis en surveil- lance) ; Rutteau frères (fausses dénonciations, escroqueries, quatre mois à Bicêtre, puis en surveillance à Auxcrre); Dumont (joueur, à Strasbourg); Truck (échappé de Fénestrelles an VIII, Ile de Ré); Alexandre, Dufayet, Blanchet, Charpentier, Moru- chasse, Godelle, Xicolin, Gavarote, Péré, Bonjour dit Long-champ, Dabin (détenus pour l'affaire de la pétition au Tribunal). — En liberté : Jeulain.— En suvcillance à quarante lieues de Paris et des côtes : Deneuilly (accusé avec Dagoust d'avoir voulu débaucher des ex-gardes du corps du roi); B.îauvilliers (ex-chouan).— A Sainte- Pélagie : Coin (arrêté, an X, excitation d'officiers réformés). — A Bicêtre : Clément (id.), — Aux Madelonnettes quatre mois, puis à quarante lieues de Paris et des côtes : Fleuret (femme divorcée de Boniface, ex-concierge du Temple qui favorisa l'évasion de Sidney Smith). — Lauze Duperret (ex-inspecteur de police, départe- ment de Tanaro), deux plaintes : droit commun et prévarication de fonds secrets ; s'il est absous pour la première, le poursuivre pour la deuxième.
Rochelle. Sa mère, son frère et sa sreur sont recommandés à la vigilance du pré- fet de police.
Emigrés. Le ministre demande au préfet de Maine-et-Loire des explications sur Ut publication dans un journal d'une circulaire les concernant.
Prêtre rebelle. Arras. On demande la liberté de Guvelier arrêté pour l'influence dangereuse exercée sur les matelots. Mauvais renseignements du ministre de cultes.
BULLETIN DU 12 THERMIDOR AN XII Mardi 31 juillet 1804.
79. — Aisne. Clergé. — Le préfet de l'Aisne rapporte, à la date du 6 de ce mois, que les hommes de tout parti, royalistes ou émigrés et anar- chistes, ont voté unanimement pour l'hérédité. Parmi les prêtres, la même union ne s'est pas manifestée. Ce vote a été émis par tous les constitu- tionnels... les autres ecclésiastiques, ayant refusé ou rétracté le serment, approuvent l'avènement à l'Empire, pour Bonaparte personnellement. Il a rétabli l'ordre et la relig-ion, la justice règne par ses bienfaits, la France ne peut être qu'heureuse sous son gouvernement. Par ces motifs, ces prêtres déclarent qu'ils lui jurent une fidélité inviolable, un dévoue- ment sans bornes. Mais ils n'approuvent pas l'hérédité, parce qu'elle fonde une nouvelle dynastie, et que c'est, selon eux, une usurpation du droit des Bourbons. Cependant, point d'opposition de leur part au Con- cordat, et le département jouit de la plus grande tranquillité. Transmis au ministre des cultes avec invitation à se procurer des renseignements positifs sur ces ecclésiastiques.
80. — Var. Flotte anglaise. — Le Préfet du Var i'apporte,à la date du 22 messidor, que l'ennemi s'est emparé de l'île du Levant et occupe
26 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
le canal entre les îles et le continent... On y voit cinq vaisseaux de ligne et plusieurs petits bâtiments. Toutes les marchandises destinées pour la foire de Beaucaire sont retenues dans le port. On sait qu'il y a beaucoup de malades dans cette flotte. Le Préfet ajoute que les canonniers garde- côtes désertent et abusent de l'amnistie. Communiqué au ministre de la marine.
81. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres du minisire. Au fort Urbin : Hcmerarrl et Malherbe (prêtres réfractaires).
Au fort de .Toux : dllautcrochc (acquitté, mais dangereux). — Au fort de Bitche,
quatre mois, puis en surveillance : Égon (assassinat d'un gendarme. Acquitté par le Jury en haine de la gendarmerie). — En liberté, en surveillance : Silly (émigré amnistié).
Brest. Faux bruit d'attentat contre l'Empereur.
Carforl (25). Transféré à Lourdes.
Dordogne. Émigré amnistié. Goyon dArzac reçoit un passeport pour Paris.
Faits divers. Incendie dans le Pas-de-Calais.
BULLETIN DU 13 THERMIDOR AN XII Mercredi J" aoiH 1804.
82. — Général Macdonald. — Il circulait hier que le général INIacdo- nald était exilé et parti, pour avoir défendu Moreau avec trop de zèle. Quelques contradicteurs assuraient qu'il avait, au contraire, contribué à le perdre, et que l'Empereur pi^ouverait bientôt, par une distinction écla- tante, qu'il le croyait digne de sa confiance. On rapporte que ce général est parti volontairement pour Aix-la-Chapelle, où son épouse est atteinte d'une maladie de poitrine jugée incurable.
83. — Réunion de malveillants. — On signale la tabagie du nommé Beaudoin, dans les fossés des Champs-Elysées, comme un rendez- vous dont les habitués tiennent des propos très injurieux contre Sa Majesté Impériale. Avis au préfet de police.
84. — Prêtres intolérants. — Une personne, arrivant de Lyon, ani c d
pc . _ . . ,.
femme, en le menaçant de lui refuser les derniers sacrements, s'il ne se conformait pas à cet ordre, attendu que son mariage devant la municipa- lité était réprouvé par l'Eglise. Avis au conseiller d'Etat chargé du troisième arrondissement.
85. — Esprit public, Nevers. — On rapporte qu'une troupe de comé- diens a donné dernièrement, à Nevers, une représentation de Châteaux en Espa(/ne, pièce à laquelle il a été fait de nombreuses additions que l'on attribue à Ilyde, aîné. Entre autres choses, le maître dit au valet, que « de général, il est devenu empereur. » Le valet répond que « le voilà aussi en chemin de devenir grand seigneur : qu'il aura bientôt des terres et des châteaux à sa disposition, qu'il fera partie de la belle basse- cour de l'Empereur. » Ces passages ont été applaudis avec fureur : seul, M. Chcvalier-La-Genissière, sous-inspecteur des forêts, osa siffler. Un brigadier de gendarmerie et six gendarmes le firent sortir de la salle,
BULLETIN DU 14 THERMIDOR AN XII 27
le maltraitèrent, dit-on, vivement et le conduisirent chez le magistrat de sûreté, qui lui donna le nom de « terroriste », de « révolutionnaire », et enfin le relâcha. On ajoute que la plupart des fonctionnaires publics de Nevers n'ont cessé, jusqu'à présent, de favoriser Hyde, pour le soustraire aux recherches de la police. Le conseiller d'Etat du premier arrondisse- ment est chargée de vérifier.
86. — Émigrés. Dordogne. — Un rapport de la gendarmerie, du 9 de ce mois, signale les émigrés de la Dordogne, comme opposés à l'établis- sement d'une nouvelle dynastie. Les uns espéraient le retour des Bour- bons, les autres, la restitution de leurs biens. Ils voient leurs illusions détruites, et manifestent leur mécontentement. Leur nombre est de 2.400. Quelques-uns avaient rédigé pour tous une pétition, en nom col- lectif, dont le but était de supplier Sa Majesté de faire cesser la surveil- lance à laquelle ils sont assujettis, et de les faire jouir de tous les privi- lèges des lois, sous la promesse d'un dévouement entier à la famille Impériale. On a fait circuler cette pétition pour réunir des signatures, mais, suivant ce rapport, elle a été mal accueillie par le plus grand nom- bre de ces émigrés, les signatures refusées. Le conseiller d'Etat du troisième arrondissement est chargé de vérifier.
87. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Bourse, l'hausses nouvelles répandues pour amener la baisse. Cours : 58 francs.
Mingaiid. agent de l'Angleterre, arrêté en Hollande, est transféré à Paris. Ses déné- gations. Cependant Larivière, émigré français à Londres, l'a conseillé. Continuer à l'interroger. On'espère qu'il parlera.
Libelle. Le Code civil en vaudeville (78), attribué à M" Doubledent.
Bixe. Melun (28). Nouveaux détails. Aucune suite.
Ham. Prisonniers. Lhannard, chef de chouan, très dangereux, transféré à Paris. Ramel, suisse, commissionnaire de d'André, longtemps détenu, est conduit en Suisse.
Pô. Agitation. Laturbie et Ilauteville sont soupçonnés de faire circuler des listes de proscription en Piémont.
Barcelone. Moreau. Détails sur sa vie quotidienne. Lié avec Viot.
BULLETIN DU 14 THERMIDOR AN XII
Jeudi 2 aoàt 1804.
88. — Bateau pour l'espionnage de Jersey. — Le préfet de la Man- che avait demandé l'autorisation de faire l'acquisition de ce bateau pour la somme de 6.000 francs. 11 lui est accordé provisoirement celle de 1200 francs, attendu l'insufTisance des fonds disponibles qui restent en caisse, pour continuer de faire surveiller la côte ennemie. On lui fait observer d'ailleurs qu'il est à craindre que les agents employés à cet espionnage ne deviennent aussi ceux de l'ennemi.
89. — Emigration de conscrits. — Le préfet de la Haute-Garonne se plaint d'une émigration considérable de jeunes gens. 11 assure que tous les conscrits de l'an XII sont passés en Espagne, et que ceux de l'an XIII commencent à s'y rendre. Les familles de ces jeunes gens vont les join- dre pour se soustraire aux poursuites qu'elles ont à craindre. Il a été écrit aux préfets des départements limitrophes, pour leur recommander la plus grande surveillance sur les voyageurs, etc.. Il sera fait à Sa ^Majesté Impériale un rapport particulier sur cette alTaire.
28 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
90. — Larose. Evasion. — Larose, l'un des principaux agents de la correspondance de lialel, La Porte et autres, après de longues recher- ches, fut arrêté à Utrecht, dans le mois dernier (iiH//c//n du 17 messidor). Sur l'avis que la police générale en reçut, on écrivit au général Vignol qu'il importait de prendre les plus grandes précautions pour éviter léva- sion de ce prisonnier, attendu que lui-même et plusieurs de ses compli- ces avaient résidé en Hollande, pour le service de la correspondance, et devaient v avoir beaucoup de partisans. D'autre part, le commissaire général de police à Boulogne, ayant aussi reçu l'avis de cette arrestation, envoya un courrier extraordinaire au môme général, pour en faire con- naître toute l'importance, et recommanda la plus stricte surveillance. Le l»"" de ce mois, ce général a annoncé (71) (Bulletin du 9), que ce prison- nier partait pour Anvers, sous escorte sûre, et qu'il y serait mis à la dis- position du préfet, qui prescrirait les mesures convenables pour sa trans- lation à Paris. Par un rapport du 13, le maréchal Moncey annonce que Larose s'est évadé de la prison de Rotterdam, dans la nuit du 4 au 5. Il explique qu'il avait été confié au lieutenant de gendarmerie Dugué- Dassé, pour le conduire jusqu'à Anvers, et que ce lieutenant s'est fait accompagner par deux chasseurs du 8'^; qu'arrivé à Rotterdam, le 4, à 7 heures du soir, ce lieutenant a remis son prisonnier au geôlier et l'a chargé de prendre les plus grandes précautions pour sa sûreté. Dans la nuit, on a brisé un barreau, et l'on présume que c'est par cette ouverture que Larose est sorti (point d'autres preuves qu'on ne lui a pas ouvert la porte). On soupçonne que la sentinelle a favorisé cette évasion. Il est surprenant que le lieutenant ait livré ce pi'isonnier à la seule fidélité du concierge hollandais, dans une ville où il savait que cet agent avait tenu longtemps le centre de leurs intrigues. On était fondé à espérer que Larose, arrivé à Paris, éloigné de ses commettants, aurait fait des révéla- tions importantes.
91. — Poitiers. Clergé. — Le ministre des cultes transmet le rapport qui lui a été fait par l'évcque de Meaux, chargé par l'Empereur d'une mission confidentielle pour le diocèse de Poitiers. Suivant ce rapport, il avait eu quelques succès dans Poitiers même et s'était rendu dans les Deux-Sèvres. Là, le procureur général de la Vienne lui a écrit de lui signaler tous les prêtres incorrigibles de ce département, et cette lettre, par une indiscrétion, dont la source n'est pas connue, a eu quelque publi- cité. L'évêque lui a répondu que sa mission n'était pas de dénoncer, et que, pour tout ce qui le concernait, il devait correspondre directement. Le conseiller d'Etat du premier arrondissement a écrit à ce sujet au pro- cureur général.
92. — Angoulême. Anarchistes. — Le Préfet de la Charente rap- porte qu'il existe encore à Angoulême des partisans de l'anarchie de 1793,. dont le général Malet, nouvellement rappelé, entretenait l'eifervescence; que depuis son départ, ils ont répandu des écrits séditieux ; qu'ils se réu- nirent quelques jours avant le 14 juillet, et dans une orgie chantèrent des chansons contre l'ordre actuel ; que l'un de ces éncrgumèncs, chef de bataillon Trapier, tint ce propos : « Si les républicains se montraient « partout comme ils viennent de le faire à Valence, la bonne cause « triompherait bientôt. » Le préfet demande le changement de la gar- nison.
93. — Hambourg. Husuna. — Un observateur fidèle, qui a séjourné quelque temps à llusum, rend compte de ses observations par une lettre datée de Hambourg, 23 juillet. On a embarqué à Ilusum^ à diverses épo-
BULLETIN DU 15 THERMIDOR AN XII 29
nues, environ sept mille soldats Hanovrieiis et cent officiers. Presque tous sont' destinés à servir au delà des mers. C'est pour le ministère anglais la lie de rAllemagnc. Parmi ces soldats, on a vu quelques déserteurs de toutes les puissances continentales. Plusieurs brij^auds ensuite se sont embarqués à Ilusum, gratis, avec des passeports du ministre an-lais à Hambourg (ce rapport ne le nomme pas).
On embarquait chaque semaine, tant à Husum qu'à Tonning ^ environ 500.000 francs en numéraire, pour l'Angleterre, Il est probable que dans les ports dltalie et autres les embarquements d'espèces, pour la même destination, ne sont pas moins considérables. On voit avec inquiétude l'importation dans cette île de tout le numéraire du continent, qui ne cause au gouvernement aucune dépense réelle et augmente seulement le poids de sa dette. Il achète en Angleterre les marchandises qu'il exporte, à des prix quelconques, qu'il acquitte avec son papier monnaie. Il les vend dans le continent à des prix beaucoup inférieurs, ma. s ils lui sont comptés en espèces métalliques transportées en Angleterre. Suivant la même lettre, la Gazelle de Peltier s'envoie gratis à plusieurs particuliers de Hambourg. Il est probable que les mêmes envois se font dans d'au- tres points dii continent, et que Peltier est indemnisé par les Anglais qui emploient peut-être la médiation des Princes ou de leurs agents.
94. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres dii Ministre. —S'informer de Golonna (émigré qui livra la citadelle d'Ajac- cio aux Anglais). —Arrêter Florimond Inseau à son arrivée (trois frères dangereux que la gendarmerie n'ose arrêter ; accorder le passeport demandé pour Paris) ; La Turbie et Hautcville (87). — En liberté en surveillance : Saint-Guiron (voyage en Espagne). — En réclusion : Caillois (prêtre vagabond). — En liberté : Melon, Bau- din, Moreau (6 mois à Hani, brochure : Publication de Monsieur, frère du roi) ; Danglas (comédien (24), n'avait comme gravure que le portrait de l'Empereur). — En liberté, après deux mois de prison : Bonnefoi (chirurgien à Bordeaux, lettre anonyme à l'Empereur).
Réclamations de : Septeuil (levée de surveillance, appuyée par Bougainville, sénateur); M"" de Rivière (prévenue par Lefebvre, commandant du fort de Joux, que son frère lui a écrit et qu'il envoie ses lettres à la police. Elle réclame ces let- tres. Pourquoi Lefebvre rend-il publique celte mesure de sûreté?); Bescher (évita la déportation (nivôse IX), vit sous le nom d'Alexandre. Sa femme demande sa grâce).
Boulogne. Espion. Un marin étranger, arrêté à Dunkerque sur un navire prussien, pris pour un espion, est interrogé et envoyé à Boulogne pour un nouvel interroga- toire .
Oise. Pamphlet, composé des bruits qui courent.
Mayenne. Brigands. Un vol est commis à Saint-Brice par trdis brigands, reste, >croit-on, de la bande Alleton.
BULLETIN DU 15 THERMIDOR AN XII
Vendredi 3 août /S 04.
95.— Deux-Sèvres. Brunet, dissident. — Le 4 prairial, le Grand-Juge avait décerné des mandats contre treize prêtres du diocèse de la Rochelle, -réfractaires et perturbateurs. Brunet, l'un d'eux, fut arrêté le 2j aux
1. Toniiinnen.
30 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
Aubiers (Deux-Sèvi-es). Un attroupement de femmes procura son éva- sion, suivant le procès-verbal des gendarmes chargés de cette exécution (Bulletin du 6 messidor *). Le général Dufrêne fit au Grand-Juge un rapport différent sur cette évasion {Ihillelin du 8 messidor ^). Il se plai- gnit de ce que les gendarmes avaient laissé à Parthenay un détachement de vingt-cinq chasseurs qu'il leur avait adjoints pour assurer cette exécu- tion, connaissant l'inlluencc de ce prêtre sur les habitants de sa com- mune. Cette plainte a été transmise au maréchal Moncey, qui a demandé compte au colonel Noireau de la conduite des gendarmes dans cette exécution. Le colonel répond qu'ils se sont séparés du détachement, parce qu'ils ont craint que l'emploi d'une force aussi considérable ne causât une émeute générale. ..qu'il est content de leur service... que les mesures sont prises pour atteindre bientôt le prêtre évadé.
96. — Orne. Brigands. — Le Préfet de l'Orne i\apporte, à la date du 9, qu'il avait introduit un espion fidèle parmi les brigands de ce départe- ment et de la Sarthe,mais qu'il leur est devenu suspect et s'en est séparé. Il a rendu compte des différents vols qu'ils ont commis en sa présence. Ils avaient formé le complot de voler la recette de Saint-Léonard-des- Bois (Sarthe). Mais, le versement a précédé de quatre jours celui où ils devaient l'exécuter; ce qui a rendu vaine l'embuscade de la gendarmerie qui en avait été prévenue.
97. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres du Minisire. Autorisev la promenade : Bouvetde Lhozier et Armand Gail- lard (détenus à Bouillon).— Pension accordée aux gendarmes Gérard et Lesourd (60) (blessés par Alleton et Hussel dit Brisebleu).— En prison jusqu'à ce que l'on puisse 1 expulser de France : Monsel (Saxon, professeur, séduit une fdle). — En liberté : Mayer et Daac (arrêtés par erreur au Caleau). — Monmonier (rapports avec Prima- versi, achats d'armes), demande de lever la surveillance obtenue grâce à Mathieu de Montmorency : s'assurer d'abord s'il n'est pas l'ex-sccrétaire du Prince de Bouil- lon à Jersey.
Réclamalions. Les habitants de Roquebrun réclament leur ancien curé Boulot. — Tirler, condamné à mort, à Nancy, demande sa grâce. — Les détenus d'Aix (Bouchcs-du-Ilhone) demandent collectivement leur liberté.
Iles de Ré el Oléron. Vingt-trois déportés, dont l'écrivain Duval.
Monl-Tonnerre. Rébellion. Deux cents habitants essayent de forcer la prison et d'arracher à la gendarmerie Guérin, auteur de troubles à llcichembach. Le président de l'assemblée électorale le fait relâcher.
Boiiches-du-rthône. Révélations. Devoulx, ancien avocat de Marseille, ofl're de faire à Sa Majesté des révélations sur. « un plan infernal des philosophes ». On se renseigne sur lui.
Brifjunds. Arrestation en Morbihan de Collet, reconnu, croit-on. à l'attaque du courrier de Lamballe (iO). Recherche d'autres brigands dans le Var et à Gommer (Mayenne).
Lettre de Francfort (27 juillet). Voici cinq nouveaux libelles. Les quatorze, venus de l^'rancfort, avec l'oraison funèbre dn duc d'En(jhien composée à Lon- dres, portent des titres allemands. Fontaine, de Manlicim, et les autres changent les titres pour les introduire. — La princesse do Monaco envoie gratis à tous les émigrés la feudle de Peltier (93). — Swartzcoph, gendre de Bclmann, est envoyé d'Hanovre à Francfort comme rédacteur de la Gazelle de Ihiniboiirçf. — Vechtcr, envoyé de la noblesse, est un intrigant.
Faits divers. Incendies : à Ilcrsin, dans le Pas-de-Calais, Bas-Rhin, Nord, Ardennes et Vaucluse. — Vol d'église dans l'Escaut. —Evasion de six prisonniers à
(1) A. N. AFiv 1 i90.
BULLETIN DU 16 THERMIDOR AN XII 31
Ensisheim. — Contrebandier Baumat, de la Sarre, tué par un douanier. — Un per- cepteur de barrière (Dyle) insulte le général Belliard et est arrêté. — Assassinats : d'Ogier dans les Basses-Alpes, dans le Puy-de-Dùme, de Woraht en Rhin et Moselle, de Daunoux dans la Drùme, de Joseph-Julie dit Besson dans le Tarn. — Noyés : deux en Haute-Garonne, un dans la Drome.
BULLETIN DU 16 THERMIDOR AN XII * Samedi 4 août 1804.
98. — Paris. Athénée. — On lit dans le rapport d'un agent : « Il ne « circule aucune fausse nouvelle aujourd'hui, pas même à l'Athénée où « on en fabrique le plus. »
99. — Ostende. Esprit public. — Le Procureur général de la Lys, en rendant compte du malheureux événement d'Ostende, où soixante-quinze militaires se sont noyés dans le chenal du port, observe qu'on a montré, à cette occasion, des sentiments peu favorables à l'armée ;... que cette altération de l'esprit public s'est manifestée, à Ostende, dans plusieurs circonstances antérieures; qu'aux dernières époques où les flottilles ont triomphé des croisières anglaises, on n'a loué que les manœuvres de l'en- nemi, exagéré nos pertes, affaibli nos succès... On ne devait qu'aux faveurs du vent l'entrée dans le port... On manifestait même quelques regrets de ce que la flottille n'avait pas été entamée.
100. — Rhin et Moselle. Esprit public. — L'unanimité et l'empres- sement des habitants de Rhin et Moselle, dans le vote recueilli sur la question de l'hé'rédité, sont une preuve, dit le préfet, de l'attachement du peuple à la personne de l'Empereur. Les anciens souvenirs s'effacent. Les nouvelles institutions sont suivies. Les mœurs régnent.
101. — Pau. Esprit public. — Le préfet rapporte, à la date du 5, que le parti des Bourbons est presque anéanti. Celui des anarchistes est beaucoup plus nombreux. Ils ont des rassemblements à Pau, Rayonne et autres villes. On les surveille. On sait aussi qu'ils communiquent avec des Français établis à Madrid. L'ambassadeur en est prévenu.
102. ÉVÉNEMENTS DIVERS.
Russes arrivés à Paris et à surveiller : Serbvesky, comte de Bielinsky, lieutenant- colonel Dehilkoff, comte Demikorky. Mingaud déclare que lAngleterre emploie souvent des espions russes, suédois ou espagnols.
Ordres du Ministre. Renvoyer en surveillance : Talmé (ex-chef descadrons, rela- tions avec les conspirateurs non prouvées) ; Rességuier (émigré, signalé comme agent royaliste, sans preuve); Arnaud (fou, 69 suppliques à S. M.); Le Roy (émigré, cor- respondance, non prouvée) ; Legris (émigré, rupture de résidence) ; femme Gruau- Darvillé (ex-maîtresse de Willot, cacha Morel). — En liberté, à 40 lieues de Paris et des côtes : Desmaillot (anarchiste); Voisin (libelles); Hérisson de Beauvoir (offi- cier de Cadoudal). — Maintenir en détention Berrurier (suspect).
Émigation fréquente dans le département de Mont-Tonnerre, est attribuée à l'atta- chement des habitants pour le prince de Limange qui les attire.
Libelles. Ballot venant de Francfort, saisi à Coblentz.
Légion d'honneur. Belloc, préfet du Cher, demande la croix et se fait appuj'er par trois délibérations du Conseil général.
1. Ce bulletin a disparu dans la série AFiv. On le retrouve à F ' 3705 et à F ' 37-ii5.
32 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
Biens nalioiiaux Condamnations, à Provins, d'un colporteur, disant que les acquéreurs rembourseront en numéraire ce qu'ils ont payé en assignats.
Embauchage (6ô). Renseignements sur Cordier et PfeifT. Fausse dénonciation.
Anvera. Exportation de piastres (93). Simon, à Anvers, est chargé par Hervas de recevoir les piastres que le gouvernement permet d'e.vportcr en Hollande seule- ment.
Le Havre. Un nouveau bombardement (58) a causé quelques dégâts (13 et 11 ther- midor). Une canonnière s'est distinguée. L'esprit public est excellent.
Bordeaux. Arrivée de lord Klgin allant à Bagnères. Il a reçu Lally ToUendal et Bronkins. En Bourse, on annonce la guerre prochaine avec la Russie et la Suède. Opérations commerciales nulles.
Affiche séditieuse à Marseille.
Cadix, \ouvelles. — Des voyageurs reviendront en France dans deu.x mois.— Sur- veiller les farines venant des Etats-Unis.— Des Génois et des déserteurs français pas- sent avec des passeportsde neutres. — Des Piémontais et des Italiens sont à Gibraltar.
Bàle. Les habitants s'e.vercent au maniement des armes. — Renseignements sur Schneider, Dareggeu et l'émigré Bourville (voyageant sous le nom d'Ochstadt), signalés comme agents anglais.
Faits divers. Assassinats : par Saive (Ourthe) ; par Chevalier, en Seine-et-Marne; en Rhin et Moselle. — Vols : dans le Nord ; à Pignerol (Bellardi volé par trois brigands^; arrestation de Pascal Petit ("N'ar) et Krais (Rhin et Moselle).— Rixe dans l'Oise.— Gcrbeau tué en duel à Vrécourt.— Suicide à Scyne.— Mort d'un chanoine sur la route à Beauvais. — Accidents en Vendée. — Deux incendies dans la Creuse. — Inondations de la Meuse à Pommereu et Cardcu.— Chantage par Ileurard (Sambre-et- Meuse).
BULLETIN DU 18 THERMIDOR AN XII Lunch 6 août 1804.
103. — Seine-et-Oise. Agitation. — Un arrêté du préfet de ce dépar- tement, relatif au glanag^e et chaumage, a excité quelque agitation en la commune d'Arnouville, On a adressé à M. Arthus, adjoint, un billet ano- nyme ainsi conçu : « On fait savoir à tous les habitants d'Arnouville que « toutes les fermes de la paroisse seront brûlées après la moisson. Nous « prétendons que le glanage soit libre, le chaume, la chasse et les pigeons « détruits. MM. Arthus, Russier, Lebigre, Laurent et le curé, c'est tous « coquins ! » Le préfet est chargé de faire faire les recherches les plus actives contre les auteurs de cette rébellion.
104. — Finistère. Prêtres. — On avait rapporté que les prêtres de Saint-Pol-de-Léon, toujours soumis à Tinfluence de l'ancien évêque de La Marche, avaient refusé leur vœu sur l'hérédité. Le préfet, chargé de pren- dre des renseignements, s'est adressé au maire de Saint-Pol qui a répondu que tous, sans aucune exception, avaient signé pour l'hérédité. Il trans- met cette réponse, et il observe qu'il a la certitude que M. de La Marche continue de donner ses ordres dans son diocèse par ses grands vioaires. ■« Au su (porte cette lettre du 8 de ce mois) de M. l'évêque de Quimper, « qui ne paraît pas convaincu que Sa Sainteté ait pu lui conférer le gou- « vernemeiit d'un évêché dont le titulaire n'a point abdiqué. » Commu- niqué au ministre des cultes.
105. — "Var. Marine. — Le préfet rapporte qu'à la date du 8, la croisière ennemie, forte de onze voiles , ne s'est encore emparée d'aucune des îles d'IIyères. On a fait des visites nocturnes dans toutes les maisons publiques de Toulon. Des marins déserteurs y ont été saisis, on en a arrêté plusieurs aux portes de la ville. Ces mesures font présumer que l'escadre est sortie.
BULLETIN DU 19 THERMIDOR AN XII 33
106. ÉVÉNEMENTS DIVERS
Faux congés. Le tribunal spécial (Paris) condamne à deux ans de fers Vauvasseur (secrétariat de Junot) pour vente de faux congés à des conscrits.
Maine-et-Loire. Émigrés ilS). La circulaire du préfet a été insérée dans un journal par étourderie.
Saint Valéry, Flottille, armée à Saint- Valéry (28 bateaux), a pris la mer.
Plaintes contre un maire. Millet, de Lagny, écrit au Ministre que le maire de Saint-Denys-du-Port calomnie son ménage et veut le forcer à dire où il a mis sa fille, qui est en pension à Paris pour empêcher un mariage inconvenant.
Agents de De Bar. A la Pentecôte, a passé à Guesleguin un inconnu répondant au signalement de De Bar. Accompagné de Corolles frères (de Sérignac), il prit le cheval de Kharo. Corolles, le maire de Sérignac et le juge de paix du Huelgoual sont signalés comme partisans des brigands.
Le Havre. Nouveaux détails sur le bombardement (102). Trois cents bombes. Défenses insuffisantes.
Libelles allemands, saisis à Coblentz : « Bonaparte et le peuple français », « Bonaparte craint, Moreau estimé », « Bonaparte et César ».
Buonarotti demande la levée de sa surveillance (à Sorpelelto).
Barcelone. Moreau (lettre de Viot au Grand Juge). Moreau et sa femme se sont embarqués pour Cadix, ils ont accepté des invitations seulement chez quelques négociants qui leur fournissaient des fonds.
Faits divers. Gerbeau tué en duel à Vrécourt (102).
BULLETIN DU 19 THERMIDOR AN XII Mardi 7 août 1804.
107. — Espions de l'Angleterre. — Il paraît que le cabinet de Saint-James emploie particulièrement pour espions en France des Russes, des Suédois et des Espagnols. On provoque, en conséquence, l'attention du préfet de police sur plusieurs officiers russes qui viennent d'arriver à Paris.
108. — Correspondance anglaise. — Pendant la dernière guerre, il a existé deux corrcïspondances secrètes, l'une de Guernesey avec Cher- bourg, l'autre de Jersey avec Saint-Malo.On présume qu'elles continuent. On transmet au conseiller d'Etat du premier arrondissement tous les ren- seignements qu'on a pu se procurer sur les anciens agents de ces corres- pondances, soit à Guernesey et Jersey, soit à Cherbourg et Saint-Malo.
109. — Espionnage anglais. — On est informé qu'aux mots emprun- tés de la musique et de la botanique, dont se servaient les espions dans leurs rapports, il y a ordre d'en substituer d'autres tirés de l'horlogerie, de la cuisine et du métier de traiteur. On communique cet avis aux quatre conseillers d'Etat.
110. — Croix et statues. Loir-et-Cher. — Le préfet de Loir-et- Cher annonce, par une lettre du 14, qu'on a élevé dans ce département près de huit cents croix et statues, à l'occasion du Jubilé et des Rogations; que les habitants ont été portés par les curés et desservants à multiplier ces signes extérieurs d'un culte dominant. Transmis au ministre des cultes.
111. — Blois. Religieuses. — Trois nouvelles communautés à Blois. suivant avec exactitude leurs anciens règlements. Carmélites, Ursulines, Sainte-Marie (48) (dénonciation du procureur général). On a demandé des
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34 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
renseijînements au préfet sur ces communautés, \'oici l'extrait de sa réponse du 13: « Elles se sont formées à la promulji^ation du Concordat. « L'évèque d'Orléans a déclaré que le gouvernement les tolérait ; qu'il y « en avait de pareilles à Orléans et dans d'autres villes; qu'en conséquence « il donnait le voile aux novices, lorsqu il en était requis, et faisait admi- <f nistrer ces communautés par ses prêtres. » Le préfet ajoute qu'il a dénoncé ces abus au procureur f^énéral. Le conseiller d'Etat du premier arrondis>ement en a écrit à l'évèque d'Orléans et communiqué de tout au minisire des cultes, avec ses observations de faire cesser cet abus des lois.
112. — Metz. Prêtres. — Le Grand Juge a transmis un rapport qui lui a été fail sur les prêtres de Metz. On les accuse d'intolérance, inqui- sition^ persécution des constitutionnels et acquéreurs, troubles dans les familles.
113. — Séditieux. Marne. — On avait arrêté et traduit au tribunal de Chàlons-sur-Marne un chirurgien nommé Boy, accusé de sédition. En l'ai-rêtant, on a trouvé chez lui des couplets intitulés : « Les postiches » d'un style séditieux. Il est d'ailleurs extrêmement dangereux. Les mesures sont prises pour qu'il soit retenu en prison par mesure administrative, s'il est absous par le jugement.
114. — Midi.Wiilot et autres. — Il résulterait d'une confidence, faite par un ancien agent de Willot et de Puivert, que Willot est venu dans le Midi avant l'arrestation de Georges, avec un M. Alciator,de Mar- seille retiré à Londres. Ils sont venus par Naples, ont descendu à la tour du Houe. Willot est resté à peine trois jours à terre et s'est rembarqué à Aigues-Morles,pour Naples. On va se procurer dans cette dernière ville quelques éclaircissements sur ce fait, en y faisant ol^server la famille de Sapio, fameux claveciniste, qui a épousé la steur d'Alciator et qui est retiré à Londres, où il est dans l'intimité de Willot, qui aura pu être adressé par lui à quelqu'un de sa famille à Naples. On a la certitude, par une autre voie, que Francoul, agent principal de ^^'illot et de Puivert, a été vu à Paris, il y a sept ou huit jours. C'est un ancien garde du corps, fils dua avocat de Marseille, très avant dans l'intrigue du Midi, et dont la présence à Paris n'est rien moins qu'indilTérente pour la police. On a donné des indications au préfet de police pour découvrir cet individu, recherché inutilement depuis quatre ans. Enfin on a lieu de penser que le second frère du général \\'illot est à Paris ou dans les environs. C'est lui qui, ayant tué en duel, à Mahon, un officier anglais, son supérieur, a été forcé de quitter le service et le's Etats de l'Angleterre. Il était en Italie, il y a peu de temps. On place une observation à Poissy, chez sa mère, et auprès de son troisième frère, pour trouver sa trace. Le troisième frère de Willot est tout à fait étranger aux intrigues de ses deux frères. L'aîné \N'illot s'est fait un principe de ne pas le compromettre afin qu'il restât près de leur mère.
115. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Siifnuh's nu prèj'el de police : Bertrand (a peut-être aidé Cadoudal. Inquiet depuis) ; I cl)run (ennemi, dan^cfeuv par sa fortune et ses connaissances) ; Fortia (lettres de Londres); femme Montagne (émigréc, revieat de Russie avec des ouvra- ges j)rohibés).
Libelles (reproduction de l'article !•").
Francoul, agent principal de Willot et Puivert, a été vu à Paris. Ordre au préfet de police de l'arrêter.
BULLETIN DU 20 THERMIDOR AN XII 35
Brkiands. On signale à Gommer cinq ou six brigands armés, reste probable des bandes d'AUeton.
Vol public : dos plombs de réglise de Bourbourg-.
Prêtre dissident, à Herlone, on force la porte de l'église pour l'introduire.
liénack, greffier de Toul, arrêté et remis en liberté deux fois.
Evasions, à Gravelines : parmi les prisonniers évadés et repris, sont trois Fran- çais venant de la frégate anglaise « la Sybille ». Demande de renseignements.
Exactions d'un prêtre. Papin, curé de Dave, exige un droit aboli et la réhabili- tation des mariages.
Morean est parti de Barcelone, favorisé par les Anglais. Nelson savait son séjour. A l'exception de Gautier, tons ses amis, dont Gabarrus, s'opposaient à son départ par mer. Il n'a pas emmené de sage-femme.
Berthaud, dit comte de Commint/es. Ce fou fut arrêté (an IX) et remis en liberté (an XI). Un Berthaut, soldat de Rutliinau, dit à Beurnonville qu"il est Limoélan et a préparé la machine infernale. On reconnaît le même individu.
BULLETIN DU 20 THERMIDOR AN XII Mercredi 8 août i 804.
116. — Attaque de courrier. Jugement. — La Cour de Justice cri- minelle d'Alençon a terminé, le 10 de ce mois, le procès des accusés du vol de la diligence, commis le !«'' frimaire dernier, à la frontière de l'Orne. Rouillon, père et fils, Landais, Bisson et Bouard, condamnés à mort. Sur- sis à l'exécution de Bouard jusqu'à ce que Sa Majesté ait statué sur la demande en co-mmutation. Sursis au jugement des six autres accusés, jus- qu'à ce que le procès incident de treize faux témoins soit achevé. L'émi- gré de La Papotière, son frère et ses deux fils ont été acquittés. Il y avait contre eux de fortes présomptions ; huit autres coupables sont morts avant le jugement... On pense qu'ils auraient été condamnés. Presque tous étaient habitants de l'Eure et d'Eure-et-Loir. On espère découvrir d'au- tres complices, par des révélations que la terreur qu'inspiraient les bri- gands empêchait.
117. — Evasion de Bourmont et d'Hingant de Saint-Maur (Besan- çon). — Dans la nuit du 14 au 15 de ce mois, Bourmont et Hingant de Saint-Maur se sont évadés. Voici l'extrait du rapport de la g-endarmerie sur cet événement. Pendant le jour, ces deux prisonniers étaient ensem- ble. La nuit, ils étaient fermés dans leui's chambres, séparées par la g-rande salle de leurs gardes. Le 14, ils ont placé des mannequins de paille dans leurs lits, coiffés d'un bonnet de nuit et d'un mouchoir. Aux inspections du même soir et du matin du 15, on les a cru couchés. Ce n'est qu'à 10 heures du matin du 15 qu'on a reconnu les mannequins et l'évasion. Visite faite, on a vu que, dans la chambre de Bourmont, au fond d'un pla- card fermé, on avait percé le mur, qu'on était entré de là dans un cabi- net contigu, non habité; qu'on avait enlevé la serrure de la porte. C'est par cette ouverture que les deux prisonniers sont ai-rivés à la place inté- rieure. Ils ont descendu à la contr'escarpe par une corde, qu'on a néces- sairement tenue au haut du mur, et de la contr'escarpe, par une autre corde fixée à un crampon planté dans le mur. Ainsi ils ont été nécessai- rement secondés de l'intérieur. Le Ministre observe qu'avant reçu, le 11, une lettre de Besançon, par laquelle on l'informait que Bourmont pour- rait s'évader quand il le voudrait, il a communiqué cet avis le même jour au conseiller d'Elat Miot (72), en lui observant que l'évasion récente de
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d'Andigné le rendait très vraisemblable. Du 11 au 1 (, les ordres donnés par le conseiller d'Etat, d'après cet avis, n'ont pas pu parvenir. Dans le lUiUetin du 7 de ce mois (62), on a rendu compte des instructions données par le Ministre, tant aux conseillers d'Etat chargés des divers arrondisse- ments qu'à la gendarmerie, pour la surveillance et la sûreté de toutes les forteresses qui renfei-ment di'^ prisonniers d'Etat.
118. — Emigration. Mont-Tonnerre et Bas-Rhin. — Plusieurs habitants du Mont-Toniicrrc quittent le territoire français et vont s'éta- blir dans les tats du Prince de Linange, auquel ils sont extrêmement attachés. C'est à son invitation expresse qu'ds s'y rendent. D'autres du Bas-Rhin, dont on porte le nombre à quinze cents, se font également expatrier pour se rendre en Pologne... mais, plusieurs sont revenus.
119. — Exportation de piastres. — l'ne lettre de Husum, analysée dans le Bnllelin du 14 (03), portait qu'on embarcjuait chaque semaine pour l'.Vngleterre 50(3.000 francs en espèces métalli(jues, presque toutes en piastres. Par une note insérée dans le Bulletin du 16 (102), le minis- tre du trésor public, prévenu de cette exportation par la police générale, a déclaré que le gouvernement avait permis à M. llervas d'envoyer des piastres en Hollande, et que leur destination était au service du trésor public. Il a ajouté que la maison Simon, d'.Anvers, était l'intermédiaire de la maison Hervas pour cette exportation. L'Ambassadeur Sémonville s'est occupé de rechercher en lloUaiide l'emploi qu'on faisait de ces pias- tres. Suivant sa lettre du 12, il avait d'abord fait arrêter un nommé Wach- ter, qui avait fait en Angleterre plusieurs envois de piastres venues de France. Sur la déclaration du ministre du trésor public que ces opéra- tions intéressaient son ministère, il a été remis en liberté. Plusieurs mai- sons se sont livrées à ce commerce. Il est presque nul en ce moment, parce que les achats de la Banque de Londres et de la Compagnie des Indes ont cessé. Pour lempêcher entièrement, on ne peut compter que sur l'activité des douaniers français. Le gouvernement Batave seconde difficilement les mesures qui peuvent mettre des entraves au commerce, quel qu'en soit l'olîiet.
120. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Prêtre intolérant Le curé de Saint-Rémi iNord) refuse les sacrements aux acqué- reurs de biens. Il a alïolé une femme qui veut divorcer.
liiisses. Le secrétaire de la légation russe a engajçé ses compatriotes A quitter la France, lîielinsky est parti.
Anglais. Nord. Bame demande à être naturalisé français.
Acquéreur de biens de Témij^ré Clialais se plaint de ses vexations (Nièvre).
évasion. Tentative d'évasion de neuf prisonniers à Fontcnay (Vendée).
Arrestation à Bcaucairc d'un escroc se disant Delon, puis Lagoutte-Grésicux. Faux papiers militaires.
l'escadre anglaise. Var. Onze voiles au Gros de l^aignes, observées par le général Guillol. La tlotte de Toulon a du partir le 10.
Vol des antiques (65). Giraud et la femme Minet seront extradés.
Marquis de l^a Valette, à Bréda, a été passer quinze jours en Angleterre (60) Demande de renseignements.
Faits divers. Incendie à Gcntellc.
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BULLETIN DU 21 THERMIDOR AN XII Jeudi 9 août 1804.
121. — Abbé Rougier '. — ... Pendant ce séjour momentané à Lyon, il rencontra, par hasard, dans une société, un émigré qui n'y était connu que s )us le nom de Picot. Il n'a su que plusieurs mois ensuite que c'était le marquis de Puivert. Sur le point de repartir pour Gap, au commen- cement de floréal, Picot lui confia que, jusqu'à la chute du Directoire, les princes avaient eu en France un parti nombreux;... que tous les projets avaient été renversés par le nouvel ordre; qu'on avait d'abord espéré que Bonaparte agissait pour le Roi ; qu'on lui avait fait des propositions à ce sujet, mais qu'il n'y avait plus d'espoir. D'après cette ouverture, sur laquelle Rougier ne demanda aucun développement, Picot lui dit qu'il avait été l'un des agents des Princes, qu'il devait leur rendre ses comptes; que cette queue d'alTaires serait le sujet d'une correspondance de quel- ques mois par le Piémont ; qu'il le priait d'en être l'intermédiaire à Gap. Rougier y consentit : pendant trois mois (floréal, prairial et messidor), il reçut et transmit en Piémont les dépêches de Picot. Réciproquement, il lui fit parvenir celles qu'il reçut pour lui du Piémont. Au commencement de thermidor, il reçut de Lyon un paquet qui était probablement destiné pour Picot, mais, la première enveloppe ouverte, il reconnut qu'on avait oublié la seconde, ainsi que l'adresse. Il examina ce manuscrit; c'était un tableau sur grand papier, contenant des espèces de dénombrement, par communes. Dans chacune, la désignation des hommes sur lesquels on pouvait compter, la fonction à laquelle chacun était propre. L'ouvrage était très long, divisé en forme de carrés, et concernait le département de la Drôme; il ne l'a pas assez analysé et étudié pour pouvoir indiquer, avec plus de détails, tout ce qu'il renfermait. Craignant qu'au lieu d'une queue d'afi'aires, ce ne fût un nouveau complot contre le gouvernement, il écrivit sur-le-champ à M, Picot, qui était alors à Marseille, qu'il partait pour Lyon et ne pourrait plus recevoir ses lettres. Avant son départ, il reçut encore deux ou trois paquets pour lui et les brilla.
Il arriva à Lyon à la fin de thermidor an VIII, y demeura jusqu'au com- mencement de brumaire an IX. M. de Floirac se rendit chez lui à son arrivée, lui déclara qu'il était le correspondant de M. de Puivert, vrai nom de M. Picot; qu'on venait d'arrêter à Paris M. de Caylus, qui était l'agent chargé de faire des propositions à Bonaparte ; qu'actuellement tout était terminé sans retour; qu'il était bien résolu à ne plus se mêler de rien et engageait M. de Puivert, ainsi que tous les autres de ce parti, à cesser défi- nitivement. Il le vit encore plusieurs fois pendant son séjour et lui parla dans le même sens. A son départ, M. de Floirac lui confia 20.000 francs pour les remettre à M. de Lacoche, ancien officier de génie à Grenoble. Il s'acquitta de cette commission. Huit jours après son arrivée à Gap, il fut arrêté par ordre du ministre. Il demanda sur-le-champ à être transféré à Paris, pour y faire ses déclarations; le Ministre le permit. Son frère, igno- rant son sort parce qu'il était tenu au secret le plus rigoureux, retira du
1. L'article commence par sa biographie très détaillée. D'après ses déclarations, il fut lié avec Collet, Lacubc et la famille Saint-André. En Italie, il fut persécuté par le comte de Vintimille, par Lascasas, par d'Antraigues et par M"" de Saint- Huberty, femme de celui-ci. En l'an VIII, il vint à Lyon.
38 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
receveur du département, 20.000 francs que l'abbé lui avait prêtés, les confia à son domestique, nommé Pizelet, qu'il croyait lui être attaché, le chargea de le suivre à Paris, d'y tenir cette somme à sa disposition, et de lui rendre les services que les circonstances permettraient. Au lieu de remplir ce mandat, Pizelet s'entendit avec trois brigands, qui enlevèrent Rougier à une lieue de Lyon. Pizelet lui remit ensuite un compte de irais par lequel il absorbait, à peu près, le dépôt qui lui avait été confié. L'abbé Rougier lui marqua son mécontentement. Pizelet l'en punit bientôt ; sachant qu'il avait encore 15.000 francs à Lyon, il concerta, avec les mômes bri- gands et quelques agents de police, une seconde arrestation fictive et un nouvel enlèvement, à la suite duquel on le tint en charte privée et on lui fit souscrire des mandats à vue sur le dépositaire de ce capital, qui furent acquittés. Ces faits sont prouvés par écrit : les agents de police les ont avoués et ont été punis. Ainsi, ces enlèvements ont coûté à Rougier près de 40.000 francs. Depuis cette époque, pluviôse an IX, Rougier a été continuellement caché dans le département de l'Ain, sollicitant de temps à autre, près le commissaire général de police à Lyon et au Ministère, la révocation d'un mandat décerné contre lui. Telle est la substance des déclarations de Rougier. Elles paraissent exactes et conformes à d'au- tres renseignements qu'avait la police sur les intrigues du Midi, interrom- pues par la victoire de Marengo.
122. — Bourmont (8). — L'indisposition de M'^^ de Bourmont n'a pas été longue ; elle est à Paris. Le préfet de police est chargé de faire surveiller, avec tout le soin possible, la maison qu'elle habite et toutes ses démarches, étant vraisemblable que son mari lui donnera bientôt avis de son évasion et de sa retraite actuelle. Son départ de Besançon avec leurs enfants, après avoir passé avec lui tout le temps de sa détention, fait pré- sumer qu'elle a eu connaissance du projet d'évasion, et qu'elle a pu en préparer les moyens d'exécution.
123. — Bruits. Rapports d'agents. — Un agent rapporte qu'hier des étrangers disaient en allemand que des lettres de Vienne annonçaient qu'un envoyé de cette cour, dont l'agent n'a pu saisir le nom, venait à Paris pour féliciter l'Empereur sur son avènement. — Un autre rapporte que Perronard fils, attaché à un seigneur russe, écrit de Pétersbourg à son père, luthier à Paris, que leur correspondance ultérieure sera moins fréquente, que tout ce qui vient de France est suspect en Russie, que l'empereur des Français y est calomnié. Le même homme avait écrit à son pèr.^, il y a six mois, que M. de Markoff intriguait de toutes manières pour brouiller l'Empereur avec le Premier Consul. — La chaîne est partie de Bicêtre ce matin et a passé dans le faubourg Saint-Martin. Le bruit s'est répandu à l'instant qu'elle allait à Boulogne et que tous les galériens des différents bagnes seraient envoyés dans ce port et autres pour y être embar- qués.
124. — Manche. Correspondance de l'ennemi. — Par une lettre du l.'i de ce mois, le préfet de la Manche expose que chaque nuit les péni- ches de l'ennemi s'approchent de la côte, même à portée de fusil; que les points de débarquement vis-à-vis des îles de Jersey et Guernesey sont fort étendus et leur garde difficile ; que les douaniers font ce service avec le plus grand zèle, mais ne sont pas assez nombreux ; qu'il est urgent de les augmenter au moins de quarante.
BULLETIN DU 22 THERMIDOR AN XII 39
125. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Bricfunds. Orne. La gendarmerie, prévenue de raltaquc projetée dune maison iso- lée, près d'Alençon, s'y transporte. A la suite d'un combat, un brigand est tué, quatre blessés, le sixième en fuite.
Approvisionnements suspects. On dit que l'on envoie des vivres de Dinan à Can- calc pour l'ennemi.
Éniicfrés. Maine-et-Loire. Arrivée à Angers de Walsch, Sérent (qui fait «a soumis- sion), d'Autichamp (chef de chouans) et de Contades aîné. Quinze émigrés revenus.
Prêtre dissident. Croizetières se soumet et est autorisé à accepter une cure de campagne (diocèse de La Rochelle).
Rébellion contre des forestiers à Spire (Mont-Tonnerre).
Faits divers. Harmant, ancien chanoine de Beauvais, mort dans un fossé. — Sui- cide de More), maire de Montagny (Oise).
BULLETIN DU 22 THERMIDOR AN XII
Vendredi J 0 août 1804.
126. — Voyage de l'Empereur. Surveillance. — L'observateur, chargé d'une surveillance spéciale près la personne de 1 Empereur, suit sa marche avec exactitude. Il n'a rien remarqué d'intéressant à Calais. Il est arrivé à Dunkerque près d'une heure avant Sa Majesté, Il y a vu quel- ques émig^rés, a remarqué Saint-Aubin, peintre, qui a été détenu au Tem- ple dans la dernière aiFaire et renvoyé dans son pays. Il n'a découvert aucun des complices de Georges, qui se sont réfugiés dans l'Ouest.
127. — Bruits. Paris. — Les bruits qui ont circulé pendant plusieurs jours sur la maladie de l'Empereur, cause unique, disait-on, du voyage de son médecin à Boulogne, se sont évanouis à la nouvelle de son départ pour Calais. D'autres ont succédé... le plus remarquable est que Son Altesse Impériale le prince Joseph est à Paris pour tenir les renés du gouvernement, pendant que Sa Majesté dirigera en personne la descente en Angleterre, qu'on croit très prochaine et que la grande majorité paraît désirer avec ardeur. Le voyage du sénateur Garât est aussi le sujet des conversations et de plusieurs conjectures.
128. — Alaine (71). Prêtre de Meaux, demande un passeport pour aller en Allemagne. Les autorités de son département pensent qu'il serait contraire à l'humanité d'accorder un passeport à un homme qui, non seu- lement est privé de la raison, mais qui se trouve dans le dénuement le plus absolu. Ordre i de placer ce prêtre dans un hospice où il sera nourri et soigné aux frais du gouvernement.
129. — Désertion. — Le 15 de ce mois, le ministre de la guerre adressa, de Boulogne, les copies de plusieurs lettres du Maréchal com- mandant le camp de Bruges, portant : « Que les habitants de l'Eure exci- « tent à la désertion les militaires du r*3« de ligne. Que le style et les « expressions de leurs lettres indiquent que ces paysans sont mus par une « impulsion étrangère. Des maires (suivant les mêmes lettres) encoura- « gent à la désertion, en promettant leur protection à ceux qui revien- « dront,et indiquant les moyens de mettre leur responsabilité à couvert.» Le préfet de l'Eure ajoute que le ministre de la guerre est prévenu. On
1. Ordre de Fouché.
40 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
observe qu'au commencement de prairial, la police, ayant été informée que la désertion était fréquente au camp de Montreuil et secondée par les habitants des campa-^nes voisines, chargea le commissaire général à Boulogne de rechercher la source de ces provocations et de prendre les mesures convenables pour en arrêter les progrès. Le commissaire se ren- dit à Montreuil pour l'exécution de cet ordre. Suivant son rapport, ana- lysé dans le Bulletin du 10 prairial, la désertion n'était pas excitée par l'ennemi. Les habitants des campagnes étaient naturellement portés à la seconder. Il avait pris des movens pour comjjattre ce penchant et détruire lacouliance que les habitants avaient dans les déserteurs. lia fait dégui- ser des gendarmes en déserteurs, qui ont été accueillis et secondés dans plusieurs fermes. Les principaux fauteurs ont été arrêtés et mis en juge- ment. — Autre fait. Le l"^"" de ce mois, le préfet de Seine-et-Marne a informé le Ministre que le nommé Roquez, menuisier, conscrit de Melun, avait passé récemment dans celte ville, avec plusieurs autres conscrits, venant de Boulogne, d'où ils avaient déserté; qu'il se rendait à Paris pour y tra- vailler de son métier; qu'il avait dit à Melun (65) que beaucoup de cons- crits désertaient; qu'ils empruntaient des congés obtenus par d'autres ; qu'ils étalent protégés et guidés dans les fermes voisines des camps jus- qu'au passage de la ligne de surveillance; qu'enfin, on assurait les cons- crits qu'aprè>leur désertion, ils avaient six mois pour rejoindre. Le Minis- tre a chargé le préfet de police de rechercher ce Roquez et de l'interro- ger. Tous ces renseignements ont été communiqués au conseiller d'Etat chargé du premier arrondissement.
130. — Ouest. Mouvements. — Le général Bonnard donne avis de quel(|ues mouvements qui ont été marqués dans sa division, sur l'étendue de seize à vingt communes. Entre Pouancé et Segré (Maine-et-Loire) il y a eu, en prairial et messidor, des communications très actives entre quel- ques habitants qui ont marqué dans les derniers troubles: on les observe avec soin. Le Ministre demande des détails circonstanciés. Le général Girardon a rapporté à ce sujet au général Bonnard qu'il avait fait diver- ses autres remarques. Un amnistié, qu'il ne nomme pas, s'était rendu à Paris pour attendre l'issue de la conspiration. 11 en est revenu dès quelle a été découverte, et a dit qu'il avait fait ce voyage pour ses affaires per- sonnelles. D'autres ont eu, à la même époque, huit chevaux... ils les ont vendus depuis... ils n'en avaient point auparavant... ils disent qu'ils en font commerce. On a porté le deuil du Duc d'Enghien (l'habit noir est de mode, disent ces royalistes). Quant au crêpe, ils nient l'avoir eu, quoi- qu'on l'ait vu à leurs chapeaux. Margadel, amnistié à Nantes, a reçu de Guérande des lettres portées par 'exprès. (L'objet n'est pas connu). Le général Girardon déclare que, quoiqu'il n'y ait aucune certitude sur la véritable cause de ces divers mouvements, il est assuré qu'ils se lient à la cons|)iration. et que le gouvernement actuel a les mêmes ennemis que la Convention et le Directoire. Le général Bonnard a donné des ordres pour activer la surveillance dans tous ces points.
131. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Specincle. Paris. Ailcluïde Diiniiesvliii . On applniidil les passages relatifs à la perfidie an{.:;laise.
Onlri's (lu Ministre. Vax liberté : Mnrhell<i (capucin, suspecté d'espionnage); Orsi (iini)nlitiiin suspect); (latccher (espion). — Kn liherté on surveillance: Pelou (Amé-
BULLETIN DU "23 THERMIDOR AN XII il
ricain, transports de nègres; peut quitter Bordeaux; surveiller son navire); Sallion (55\- Guczno Pénanster (rapport avec les conspirateurs, non prouvés); Lecaillet et Carpentier (vagabonds); Cuvelier (78) (réclamé par un fonctionnaire! ; Fenouillot (agent subalterne, première conspiration de Pichegru, signalé au mémoire de Mont- gaillard). — Maintenir en détention: Sazy Delislc (intrigant, l'interroger) ; Blanc et Brun (brigands) ; Boulanger, Hervin et Delbart (vagabonds, dans une maison de travail) ; Planchon (Haute police à Arras) ; Lostis Khor fils (rapports avec De Bar).
Rébellion (Isère) de la famille Pélore, empêchant une contrainte par corps ordon- née par le tribunal de Lyon.
Vol des antiques. Détails sur l'arrestation de Charlier, Giraud et femme Minet, et sur les objets volés.
Faits divers. Assassinats : de Grinbert, par Goudel, dans l'Orne ; dans l'Escaut, par Benoot. — Incendies : Pas-de-Calais et près Toulouse.
BULLETIN DU 23 THERMIDOR AN XII Samedi II août 1804.
132. — Orne. Brigandage. — On a rendu compte dans le Bulletin du 21 (125), par extrait d'une lettre du préfet de l'Orne, du combat qui a eu lieu, dans la nuit du 17, près d'Alençon, entre les gendarmes de cette ville et une bande de brigands. Le maréchal Moncey a transmis hier le rapport qui lui a été fait sur cet événement... Il renferme quelques nou- veaux détails et à peu près les mêmes résultats. L'afl'aire a eu lieu chez M™® Badoire, à Domigny, à une demi-lieue d'Alençon. Le colonel Cava- lier, averti du complot formé par les brigands de piller cette maison, s'y est rendu lui-même avec le lieutenant Davois et des gendarmes. Il a placé le lieutenant et quatre gendarmes dans l'intérieur, les autres dehors. A onze heures, les brigands se sont présentés, et, pour pénétrer dans la maison, se sont dits chargés par le préfet d'y rechercher de la fausse monnaie. Sur le refus d'ouvrir, ils ont enfoncé une croisée, et cinq sont entrés. On leur a remis un sac de 600 francs. Ils ont versé cette somme sur une table : à l'instant, le lieutenant et les quatre gendarmes ont paru. Les brigands ont engagé le combat par deux coups de feu, dont aucun gendarme n'a été atteint. L'un d'eux, nommé Seilly, légèrement blessé, est sorti par une fenêtre. Le gendarme, qui était en faction à l'extérieur, l'a tué d'un coup de carabine. Un autre, nommé Dubreuil, a été blessé griè- vement et est en danger. Des trois autres, un seul s'est échappé : on ne le nomme pas. Les deux derniers, Langevin et Elie, ont été arrêtés. L'n sixième complice, Pierre Masson, attendait à quelques pas avec quati'e che- vaux. Les gendarmes s'en sont également saisis. On désigne pour chefs de cette bande Gérard et Gabouilly. La brigade est sur leurs traces. Le maréchal des logis Cotte et deux gendarmes, sous divers déguisements, s'étaient introduits parmi ces brigands et ont procuré le succès de cette exécution. Par une nouvelle lettre du 20, le préfet de l'Orne annonce que celui de ces brigands qui s'était évadé pendant le combat, poursuivi sous la direction d'un des espions, agent de police, a été atteint et arrêté, ainsi que deux autres de la même bande. Tous sont dans la prison d'Alençon.
133. — Seine-Inférieure. Attaque d'une diligence. — Le 9 de ce mois, un nommé Planty informa le Ministre que plusieurs brigands devaient voler la diligence de Rouen, et l'avaient voulu engager dans l'entreprise. Un de ces brigands, Simonnet (71), étant très connu à la police, comme un agent disposé à monter des coups, on en prévint l'in-
42 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
dicateur, pour qu'il eût à l'observer. On le chargea, du reste, de suivre tout le complot et d'eu rendre compte. On en instruisit, le même jour, le pré- fet de police et le préfet de la Seine-Inférieure, dans les deux hypothèses, ou Simonnet serait mis en avant par la police ou bien serait véritable- ment dans le dessein de faire le vol. Le 21 de ce mois, Doucet et I.amur (les deux autres brigands) emmenèrent brusquement Planty, en lui disant que tout était prêt, que la diligence de Rouen portait 85.000 francs ainsi que Simonnet le leur avait certilié, etc., etc.. En conséquence, ils par- tent pour se rendre dans la forêt d'Ecouis. Simonnet était avec eux, ayant apporté des armes et tout ce qui était nécessaire pour l'expédition. Planty, à qui on n'avait pas laissé le temps de faire aucune disposition en partant de Paris, désirant faire saisir les trois brigands, contrefit le malade et resta dans une commune à quelques lieues d'Ecouis, tandis que ses com- pagnons poursuivirent l'exécution de leur projet. En effet, lorsque la dili- gence parut, Simonnet, Lamur et Doucet se présentèrent pour l'attaquer, en déclarant qu'ils ne feraient point de mal aux voyageurs. Des gendarmes étaient dans la voiture, avec le secrétaire de la police de Rouen. Le feu s'engagea. Doucet fut tué sur place. Lamur est mort, après quelques heures, de ses blessures. Simonnet qui avait prévenu du tout la police de Rouen, se tint à l'écart et fit arrêter Planty, resté à quatre lieues en arrière. Celui-ci, qui avait sollicité du maire de la commune d'envoyer la gendarmerie pour saisir Simonnet, Lamur et Doucet, se trouva lui-même arrêté par les soins de Simonnet. Doucet et Lamur étaient de vrais coquins qui marchaient de bonne foi pour voler une diligence. Planty et Simonnet servaient la police chacun de leur côté, se croyant respective- ment des brigands. Mais, le premier est sans expérience ; le second en a peut-être trop. La femme de Simonnet était entretenue par Lamur; elle était à quelques pas de là dans une auberge.
134. — Surveillance générale du Midi. — Les mouvements de la Russie, le départ brusque du Roi de Sardaigne de Rome, donnent lieu de croire que quelques manœuvres se pratiquent dans le Midi et dans le Piémont. Le Alinistre signale en détail les divers moyens et agents dont l'Angleterre pourra se servir. — !• Les anciens agents de Willot etd'André. — 2° Les Toulonnais réfugiés dont un nombre sont rentrés, d'autres sont restés à la solde de l'Angleterre. Les uns et les autres sont signalés nomina- tivement à M. le conseiller d'Etat du troi-^ième arrondissement. — 3" Les Barbets. — 4" Le nommé Froment, de Nîmes, agent des Princes en Espagne et en Russie, qu'on présume devoir être le moteur général, si l'intrigue se développe dans le Midi. La surveillance sur le port de Toulon est recommandée très particulièrement. On forme l'état général des Toulon- nais rentrés. R est à remarquer, à ce sujet, que, dans plusieurs de ces familles, les uns ont été amnistiés et sont rentrés, tandis que leurs parents sont restés en Angleterre. Ainsi Gommandaire, père, est amnistié et demeure dans le Var,et son fils vient d'être arrêté à Milan comme espion anglais. Les communications entre l'Italie et nos côtes se font sur des felouques, par Nice. Le résultat de la surveillance déterminera s'il ne conviendrait pas d'éloigner de cette partie des côtes et des départements voisins ceux des Toulonnais rentrés qui sont dans le cas d'entretenir des correspondances avec les agents anglais ou de susciter quelques manœu- vres dans l'intérieur.
135. — Extérieur. — La gazette allemande de Hambourg, intitulée le Correspondant, annonce que Louis XVIII est parti de Varsovie, le 26 juillet, avec le Duc d'.Angoulême, pour se rendre en Russie, où il
BULLETIN DU 25 THERMIDOR AN XII 45
attendra plusieurs autres membres de la famille pour y délibérer sur des points importants.
136. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres du Ministre. En liberté, en surveillance : Renaud (anarchiste); Desmaillot (102); Custine (faux et propos. Son frère est capitaine d'artillerie); Marcour (fausses nouvelles); Beaudrillier La Cotlière (chanoine de Meaux. disant que Louis XVI et le Dauphin ne sont pas morts, en surveillance à Meaux); Constant (propos); Ducoudray (propos, à 40 lieues de Paris, dans un endroit où il puisse gagner sa vie). — Renvoyer hors de France : Sebcville (français au service de l'Autriche); Jean (Russe, vola son maître Doulibischeff). — Reconduire de force à leur destination: Verdet, Denan et sa femme (55). — A 40 lieues de Paris et des côtes : Adry, père et fils (escroqueries, sor- tilèges, nécromancie, détenus depuis prairial an XI) ; Du Sommerard (ex-aide de camp de Frotté».— Au Temple : Berry (agent des princes, vol de diligences, faux assi- gnats). — En détention : un mois, puis interdiction de colportage: Victoire Petit, Jeanne Lamothe, Veuve Maréchal et trois colporteurs (Pamphlets) ; deux mois à la Force : femme Queslin (brutalité); deux mois, puis en surveillance : femme Dutou- chet, Raoul dit Champmanoir, Lagrenéc (libelle fausse dénonciation).
Légion d'honneur. Le préfet de Seine-et-Oise donne des renseignements sur de Gauve, maire de Saint-Leu, qui demande la croix.
Officiers espagnols: (Pyrénées-Orientales) de Blendel (gardes Valonnes) se rend à Bruges.
Faits divers. Incendies à Pressoir et à Gentelles (Somme).
BULLETIN DU 25 THERMIDOR AN XII Lundi 13 août 1S04.
137. — Voyage de l'Empereur. — Sa ^Majesté Impériale était atten- due à Ostende le 21. Les troupes du camp de gauche étaient sous les armes. La Hottille avait fait ses dispositions pour sortir. Le bruit a cir- culé, tant à Ostende qu'à Dunkerque, que Sa Majesté irait jusqu'à Aix- la-Chapelle, et serait cependant de retour à Boulogne pour la cérémonie du 27. L'observateur n'a vu aucun individu suspect dans les deux villes de Dunkerque et Ostende.
138. — Nouvelles de Russie. — On se confie mystérieusement que l'Empereur de Russie a écrit à Louis XVIII, pour l'engager à se rappro- cher de sa personne avec le Duc d'Angoulème; que sa lettre était adressée au Roi de France et dans le style de l'ancien protocole : « Mon Cou- sin, » etc. On ajoute que la copie de cette lettre a été envoyée à Paris. Les mêmes nouvellistes assurent que l'Empereur de Russie vient de for- mer une légion, dite d'Enghien. Ils n'en désignent pas encore le comman- dant.
139. — L'abbé Rougier *. — Signalé comme ayant été l'agent prin- cipal du comité royal établi à Lyon (121), Le mandat décerné contre lui en l'an IX est révoqué, d'après les déclarations qu'il a faites, et il est autorisé à résider à Paris.
140. — Espionnage anglais. — On est informé que le gouverne- ment anglais doit envoyer pour espions des femmes, des négociants, et
1 . En marge, de la main de Fouché : « Il sert mon ministère. »
44 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
surtout des marchands forains, des colporteurs et des Juifs. Ceux de l'in- térieur doivent adresser leurs rapports à ceux qui séjournent sur les côtes, pour être transmis aux bâtiments anglais en croisière. Les préfets et les commissaires généraux de police seront chargés d'exercer à ce sujet une surveillance particulière, etc.
141. — Maine-et-Loire. D'Andigné. — Le général Girardon écrit, à la date du 21, qu'il présume que d'Andigné a passé en Alaine-et-Loire, parce qu'un domestique allemand, qu'il avait laissé dans son château, a disparu récemment. Il a pu, dit ce général, se retirer dan"s la Vendée, chez Suzannet ; on y a établi une surveillance exacte. Suivant la même let- tre, on remarque une correspondance plus active entre les amnistiés de la Mayenne et de Maine-et-Loire, surtout dans les environs de Segré et de la Pommeraye.
142 — Manche. Prêtre. • — Le préfet de la Manche annonce, par une lettre du 20, que l'évèque de Coutances présente, pour la cure de Lessay, un prêtre qui arrive d'Angleterre, nommé Leroux. Il observe que cette commune est située vis-à-vis Jersey; que ce prêtre ayant été entre- tenu pendant dix ans par le gouvernement anglais, il est à craindre qu'il ne se croie obligé, par reconnaissance, à servir sa correspondance, ou seconder ses vues, suivant les circonstances. L'cvêque est invité à confier l'administration de cette paroisse à un prêtre dont la fidélité soit plus éprouvée. Le ministre des cultes est prévenu.
143. — Evasion de Bourmont et d'Hingant de Saint-Maur. Détails. — Le préfet de Besançon, par une lettre du 20, donne quel-
3ues détails sur Bourmont et Hingant de Saint-Maur, après leur évasion e la citadelle. A 3 h. 1 2 du matin, ils étaient entre les deux portes, à quelque distance l'un de l'autre, paraissant ne pas se connaître. Ils se sont dirigés vers Beurre, route de Lyon... se sont séparés à Mont. Bourmont a passé le bac à Thoraise, loué un cheval, et s'est fait conduire par un fermier jusqu'à Orchamps. Là il a pris la poste pour Dôle, à 10 heures du matin. Point de donnée sur sa marche ultérieure. On présumait à Besan- çon qu'il s'était rendu à Auxerre, où une fausse couche avait retenu sa femme pendant quelques jours : il est plus probable qu'il la savait guérie et arrivée à Paris.
144. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Rérlamation. Ravel et Bost demandent le retour de leur associé Tourton, envoyé en surveillance au clos Vouyeot.
Ordres du Ministre. Suspendre la surveillance de AValke (sans passeport, cru Anglais, réclamé comme Américain) —En liberté en surveillance: M' de Monfpezat (rapports avec Desnoyers. L'envoyer se soigner à Montpellier) ; Égon (81).
Forêts (Dépurlemenl des). Buaucowp de vagabonds voleurs. Stevens. prêtre réfrac- taire, continue à répandre des libelles contre le pape.
Rcnseinnements *. Comte de Clermont : quittera Finières pour s'établir en Russie. Se renseigner.— Rivière : au fort de Joux. Des amis vont chercher à communiquer avec lui. Surveiller ceux qui viendront à Pontarlier. — Mozer : de Strasbourg, ser- vit l'Autriche, la Russie et l'Angleterre. Peut venir sur le Rhin. Le surveiller — — Abbé Ratel : on le croit ;\ Paris ou dans les environs. — Bruslart : on croit l'avoir
l Le titre evact de l'article est: « Renseignements à suivre et adressés à MM. les conseillers d'Ktat. » Même observali(»n pour Us bulletins suivants.
BULLETIN DU 26 THERMIDOR AN XII 45
vu hier, place des Vosges, en officier de dragons. — Etrangers suspects : Russes, Suédois et Espagnols employés souvent par les Anglais
Boiirmont . Avant son évasion, il avait une correspondance secrète avec Hulot, marchand de Vernon. /
Faux timbres do mairie, saisis chez Vacheran, h La Charité, servant peut-être à de faux passeports, comme ceux d'Hyde.
I\'ègres, transportés à Haïti, d'après une lettre de Delair à Levasseur (68). Ren- seignements sur Levasseur.
Brigandai/e. Trois brigands attaquent un officier, près de Croutelles (Gironde) et lui laissent les 15 francs qu'il a, en disant qu'ils attendent mieux. Le maire et la garde municipale escortent la diligence de Rordoaux.
Extérieur. A Cell (Hanovre), Bcrnadotte arrête quinze voitures de marchandises anglaises. Goldsmith,juif de Hambourg, perd 50.000 marcs à cette saisie. — La flotte russe est sortie de Revel pour croiser dans là Baltique et la mer du Nord.
Faits divers. Inondation de TAar, à Audernau. — Délits dans le Pas-de-Calais. — Le courrier de Paris tombe dans la .Meuse à Flone. Sauvé. — Assassinat à Saint-Bar- thélémy (Isère). Antoine Mistral arrêté, Joseph Mistral poursuivi. — Incendie à Luc (Var).
BULLETIN DU 26 THERMIDOR AN XII
Mardi 14 août 1S'04.
145. — Voyage de l'Empereur. — On écrit d'Ostende que Sa Majesté Impériale n'y était pas encore arrivée le 22 à 9 heures du soir. Dans cette joarnée, les chevaux de poste ont été commandés cinq fois. Toutes les troupes se sont tenues constamment sous les armes. On a dû faire sortir, le 23, beaucoup de bâtiments. L'escadre ang-laise, composée de dix-sept navires, s'était retirée le 22 à 3 heures.
146. — Querelle. — Ses lettres de grâce sont enregistrées. Il est mis en liberté : cet homme essentiellement compromis ne peut qu'être utile à la police.
147. — Vienne. Mission de TÉvêque de Meaux. — L'évêque de Meaux s'étant plaint au ministre des cultes (91) de ce que le procureur général de la Vienne lui avait demandé la note des prêtres incorrigibles de ce département, sur l'avis qu'a donné ce ministre, on a écrit au pro- cureur général. Sa réponse du 22 de ce mois porte qu'il a demandé cette note à l'évêque de Meaux, chargé d'une mission dans ce département, parce qu'il a remarqué que sa modération ne servait qu'à augmenter l'au- dace des dissidents; que l'évêque lui a répondu qu'il ne connaissait point de prêtres incorrigibles, et qu'il ne devait compte de sa mission qu'à l'autorité qui la lui avait confiée ; que tout le clergé est animé du même esprit d'indépendance et d'intolérance ; que le curé de Saint-Savin vient de refuser la sépulture d'un acquéreur... Même refus d'un curé de Poi- tiers de baptiser le fils d'un comédien.
148. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Bachmann (44). Renseignements sur eux.
Ordres du Ministre. Surveiller : Claudon et Ghachay (prêtres déportés); Perri- gney (hostile). — En surveillance: Ilinsac (amnistie, violence contre sa femme divor- cée, à Chassigny). — En liberté : Kina et son fils Zamore (chefs nègres, détenus au fort de Joux). — Rayer de la liste des émigrés : M' Chasteld'Ambly. — Garde natio-
46 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
nale : le préfet des Forets peut former une garde nationale dont une députation figurera au sacre.
Willot. Knvoi de renseignements sur lui (lli) à notre ambassadeur à Naples. S'il est à Naples, s'assurer de lui.
Renseignemenls. Qucillet, émigré rentré, va à Boulogne comme inspecteur des vivres. L'éloigner des côtes. — Lancenay, recruteur de Georges à Gucrnesey. Son signalement.
Boiiloyne. Des militaires ont pillé des épaves (tempête du 22).
Brest. Un capitaine anglais se vante de venir à Brest et de communiquer avec la ville. On croit ce rapport de police faux.
Manche. La présence dune division, amenée très près de Granville, fait redouter une attaque. Le fort de Saint-Germain-dc-Vaux a canonné un navire (Rapport du préfet).
Libelles (Meuse-Inférieure). Poursuites sans effet. Buxeu, magistrat de sûreté à Simineu, dit pouvoir saisir les coupables et demande un congé de six mois pour cela.
Fuils divers. Assassinats : d'un gendarme, à Mont-de-Marsan, par Bernardon Cou- Ion, forçai évadé (tentative); delà femme Laclotte à Saint-Martin (Lot-et-Garonne).— Kieutard, sergent au 22° de ligne, frappe un paysan de deux coups de sabre à Veyrc (Puy-de-Dôme).
BULLETIN DU 28 THERMIDOR ', AN XII
Jeudi 16 août 1804.
149. _ Voyage de l'Empereur. — Des lettres d'Ostende.des 23, 24 et 25, donnent les détails de tout ce qui s'est passé dans cette ville, depuis l'arrivée de Sa Majesté Impériale, et de l'enthousiasme universel que sa présence y a cause. On a remarqué que Sa Majesté a paru dans la foule les 23 et 24, s'occupant peu de sa sûreté personnelle. On n'a vu aucun étranger suspect et aucun des complices de Georges, tous connus de l'observateur.
150. — Nevers. Esprit public (85). — Lorsque M. Chevalier siltla, le maréchal des logis l'invita à se taire. Le calme se rétablissait, lorsque le capitaine de recrutement, nommé Lamour, survint et ordonna aux gen- darmes d'arrêter M. Chevalier. La salle retentit d'applaudissements... M. Chevalier fut conduit devant le magistrat de sûreté, et un procès s'instruit actuellement contre lui, au tribunal. Le préfet a fait quelques observations aux juges... Il a été traité de protecteur des Jacobins par les partisans des Bourbons très nombreux à Nevers. Ils ne sont pas con- vertis, dit ce préfet, ils sont ce qu'ils ont toujours été.
151. — Roër. Achats d'armes. — Vagner, anglais résidant à ^^ csel, a fait quelques achats d'armes et les a envoyés en Angleterre par dilfé- rents moyens. Il a été fait des représentations à ce sujet à Berlin. Le maréchafMoncey annonce, à la date du 26, que cet Anglais vient de quit- ter Wesel, par ordre du gouvernement prussien. Il ajoute qu'un autre agent de l'Angleterre fait également des achats d'armes sur la rive droite du Rhin ; qu'on connaît les points sur lesquels il agit ; qu'on cherche à l'attirer sur la rive gauche pour s'en saisir.
1. Pas de bulletin le 27 thermidor (15 août).
BULLETIN DU 29 THErtMIDOR AN XH 47
152. — ÉVÉNEMENTS pr
Ordres du Ministre. Surveiller : Alsaciens (établis en Pologne, autorisés à rentrer en France). — Autoriser à retourner à Bruxelles : Fiocardo (rédacteur de l'Oracle, cinq mois de surveillance à Besançon).— En liberté en surveillance à Avignon: Cos- taing (prêtre, écrits) — En liberté : Gaudard (instituteur à Lacenas, écrits fanati- ques). — Accorder l'extradition et livrer à l'Espagne : Castillo (assassin).
Renseignements. Bruslart (on a vu dernièrement son domestique, Bernard, qui s'occupe de maquignonnage et est connu des marchands de chevaux Gervaise et Constant. Si Bruslart est à Paris, il doit voir M"' Lavaquerie, Vve du général Ber- ruyer. et Lesbros de La Versanne). — Lubcck : un navire américain a dû livrer aux Anglais toute sa correspondance pour la France. — Grouin de La Maisonneuve, émi- gré amnistié, lié avec le secrétaire de Gobentzel, annonce la rupture prochaine entre la France et l'Autriche. Le surveiller.
Déserteurs (Morbihan). Arrestation de deux déserteurs ayant peut-être pris part à l'arrestation du courxner de Lamballe (40).
Rébellion à Hantay, pour arracher aux gendarmes le conscrit réfractaire Hen- nebois.
Crétin, ancien lazariste, acquitté à Montaigu (propos), est gardé au dépôt de mendicité d'Amiens jusqu'à nouvel ordre.
Propos séditieux, tenus par Trottebat, huissier à Courcelles (Moselle).
Perturbateurs à Chatenois (Haut-Rhin).
Extérieur. Enoul, agent de l'Angleterre, signalé de Hambourg, auteur d'un libelle La descente de Bonaparte aux enfers, tentera, croit-on. de rentrer en France. — Le commerce a augmenté pendant que les petits bateaux pouvaient circuler à l'embou- chure de l'Elbe. .
Brigands à Bouché (Drômel.
Faits divers. Incendie à Vitry-le-François. — Assassinat de M"° Pommier à Viche- rey ; Ratassy, accusé d'assassinat en Marengo.
BULLETIN DU 29 THERMIDOR AN XII
Vendredi il août 1S04.
153. — Manche. Surveillance de la Côte. — Le préfet de la Man- che annonce, par une lettre du 24, qu'il va parcourir la côte de ce dépar- tement pour examiner si les mesures de surveillance, prescrites pour empêcher toute communication avec l'ennemi, sont observées. La pèche de nuit paraît le moyen le plus dangereux. Celle en bateau est prohibée depuis l'an VIII... on se conforme à cette défense... point de réclamation. Il y a plus de difficulté pour celle qui se fait sans bateau, et dont une grande partie des habitants de la côte paraissent avoir besoin pour leur subsistance. Les douaniers cherchent à l'empêcher, parce qu'e'le est éga- lement un moyen de communication qu'ils ne pourraient surveiller. Les pêcheurs se réunissent, portent des armes, et peuvent opposer une résis- tance efficace, étant beaucoup plus nombreux. Dans la nuit du 15 au 16, les préposés de Régneville ont couru les plus grands dangers; l'un d'eux a été blessé à la main. Le préfet désire que le gouvernement statue sur un projet de règlement qu'il a proposé le 9 de ce mois, tendant à ce que la pêche de nuit, sans bateau, soit permise à ceux dont la fidélité sera certifiée par les autorités locales, reconnue par les préposés de la douane, et sous leur surveillance.
48 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
154. — Mayence. Tombeau de Hoche profané. — Le préfet du Moat-Tomierre marque, à la date du "2,"), qu'il a appris qu'on avait rompu, il y a quelques mois, un barreau de laj^rille du tombeau du géné- ral Hoche, qui se trouve près de celui du général Marceau, également pro- fané ^ 11 ajoute qu'on a gravé sur le marbre funéraire une inscription très offensante pour Sa Majesté l'I^mpereur. «J'ignore, dit ce préfet, s'il « fut fait alors des poursuites; mais ce fait, dont j'ai la certitude, n'a été « suivi d'aucune punition, qui ait fait quelque éclat, puisque je n'en ai plus « entendu parler. »
155. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Eriiesl, secrétaire de Bruix, employé à 15 ans par Bourmont, fut élevé par M""= de Longpré, niailressc de l'avoué Ratel, frère de l'abbé.
Ordres du Mhiislre. Apposer les scellés sur les papiers de lîourmont, d'Andigué, Hinganl do Saint-Maur. — Renvoyer à 40 lieues de Paris la mère et la sœur de Rochelle.
Reiiseiffiiements. Lcriche de Bruleponl : en relation avec Bourmont et Ilingant, habite l'Kure, est à Paris actuellement. — Latuur-Saint-Hilaire fils, dit Léman (en Suisse) et Deschroles : à Moulins, inquiets depuis la découverte de la conspiration. Se renseigner sur eux. — Rochelle : cherche à s'évader. Le gouverneur du château d'If accorde sa confiance au détenu Lacaumé, son secrétaire, intrigant. — Daubigny : convois militaires, réclame 600.000 francs au gouvernement, en l'accusant de n'em- ployer quû des jacobins. A vérifier.
Évasion. Ua brigadier, ivre, maltraite deux conscrits qu'il vient d'arrêter. Le maire de Brezolette (Orne), arme, et son adjoint les délivrent.
liriçjandaçfe sur les routes: Cinq habitants attaqués, Saluées (Po). — Genevori, de Pig (Alpes-Maritimes), dévalisé.
Lellre de Ilamhourij. La flotte russe entre dans la Baltique. —Le colonel Hoghton apporte des nouvelles des Grandes Indes. — L'évéque de Bouvet a passé à Husum. — On attend l'ambassadeur d'Angleterre à Gonstantinople.
BULLETIN DU 30 THERMIDOR AN XII
Samedi JS août 1804.
156. — Prisonniers d'Etat. Mesures de sûreté. (62). — Le maré- chal Moncey a transmis hier au Ministre les premiers renseignements qui lui sorkt parvenus sur le château de Joux, d'où Suzannet et d'Andi- gné s'étaient évadés. Il les a reçus du lieutenant de Pontarlier et du colo- nel Laborie, officier digne de confiance. Il en résulte que Je commandant de Joux et son épouse paraissent intéressés et «avides d'argent ». (Expres- sion littérale du rapport, mais jusqu'à présent, point de preuve de séduc- tion). Lu garnison est changée tous les trois mois : celle qui s'y trouve dans ce trimestre paraît d'un bon esprit... Mais, quelques officiers sont sujets à s'enivrer. Le château n'offre aucun moyen d'évasion, on ne peut craindre que la corruption.
157. — "Voyage de l'Empereur. — Dans la nuit du '11 au 28, l'observateur chargéde suivre la marche de Sa Majesté Impériale, a appris, à Calais, qu'on avait trouvé sur le bord de la mer, devant Gravclines, un petit canot anglais, qu'on présumait avoir débarqué quelques passa- gers suspects. Il est arrivé à Boulogne dans la matinée du 28, a surveillé avec soin pendant toute \x cérémonie, et n'a vu aucun des individus
1. Bulletin du 8 messidor .\ll. -VFiv 1 i90.
BULLETIN DU 30 THERMIDOR AN XII 49
qu'il est chargé de surveiller. Le commissaire général de police rap- porte que tout s'est passé dans le plus grand calme et sans accident.
158. — Disparition de Ségur. — On sait que M. Octave Ségur, sous-préfet à Soissons, n"a point reparu depuis le 16 de ce mois. Voici une lettre que son père a reçue hier 29 thermidor: « Vous devez présen- « tement connaître les angoisses qu'un père endure de la perte de son « fils ; comparez celles qu'ont dû souffrir les malheureux princes et ducs « de Bourbon de l'assassinat de leur fils, commis par ton monstre de «; maitre, à qui tu sers de marchepied : tremble scélérat ! » On cherche à connaître l'auteur de cette lettre par l'écriture qui ne paraît pas déguisée.
159. — Mayenne. Inconnus armés et suspects. — - Le Ministre est informé qu'il y a quelques jours, vers 3 heures du matin, trois inconnus sont entrés chez M. le curé de Grazay, y ont fait beaucoup de questions sur la tranquillité du pays et sur l'esprit qui y règne, et sont sortis précipitamment, ayant vu passer beaucoup de personnes qui se rendaient au marché. Le même jour, qualre hommes armés se sont pré- sentés dans une forge voisine de Grazay, s'y sont fait donner à déjeuner, assurant qu'ils n'étaient pas des voleurs, et, après leur repas, se sont fait remettre, de force, deux fusils qui étaient dans la maison. Ordre ^ de tâcher de connaitre quels sont ces hommes et de les arrêter, ■Mêmes renseignements transmis à !M. le maréchal Moncey dans une lettre parti- culière.
160. — Russes quittant Paris. — On sait qu'en général les indivi- dus de cette nation ne se piquent pas de délicatesse sur l'article de leurs dettes. 11 importe de s'assurer que ceux qui quittent Paris en ce moment ne partent pas sans avoir satisfait leurs créanciers.
161. — Désertion. — La désertion parait être considérable sur plu- sieurs points. Des parents provoquent leurs enfants à quitter leurs corps, des maires même les encouragent et promettent leur protection à ceux qui reviendront.
162. — Creuse. Esprit public. — Le préfet de la Creuse rapporte que les votes recueillis dans ce département pour l'hérédité sont de 15.000. Ils ne furent que de 10.000 pour le consulat à vie.
163. — Brest. Ouvriers. — Le commissaire général de police à Brest écrit, à la date du 23, que l'administration maritime vient de sup- primer, dans le port, un jour de travail par semaine ; que cette mesure est le sujet de beaucoup de plaintes, et que la tranquillité publique peut être troublée; qu'on atteindrait le même but et maintiendrait l'ordre, si on diminuait le nombre des ouvriers, en renvoyant ceux employés par réquisition.
164. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Ordres du Ministre. — En liberté : t'ournier (prêtre, défendit le prêtre Rémond); A'auversin (bijoutier à la Force (sénatus-consultc 14 nivôse an IX) avec Saulnois et Lefranc libérés); Sornet (copiste de Léon . — Renvoyer à leur destination : Cresson- nicr (sorti de lu Chartreuse de Valsaintes) ; ^'cuve Gallery ( 44) détenue aux Made- lonneltes, refuse de quitter Paris). — A 40 lieues de Paris : Léon (placards, anar- cliistc,à Bicétre depuis floréal, XII). — Six mois de Bicêtre et expulser de Paris : Pi- tois, Poidevin et Jolivet (escrocs). — Se renseigner sur Goulot (se plaint des vexations
1. Du ministre.
50 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
de Tallcyrand-Férigord-Chalais dont il a acquis les biens. Chalais est protégé par les autorités).
Renseignements. Enoul : (152), né à Liège, se dit conseiller de l'électeur de Trê- ves : l'arrêter. — Lapierre -. jugea Vigan, vient à Paris sans autorisation : le conduire au grand-juge. —Caire: ex-gendarme, a vu Bourmont à Besançon et l'a peut-être aidé à s'évader. Il vient à Paris : y est-il ? — Larose : sa sœur est arrêtée. Il a pu se réfugier à Rotterdam où on lui adressait ses lettres. Avis à M. de Sémonville.
Minyaud : (87) s'informer près de Sêmoiiviile.
Moi-eau (Morlaix). Le tribun Morcau s'oppose à la réimpression de la défense de son frère et écrit une lettre qui améliore l'opinion à Morlaix.
Brir/ands. Orne. (132). Les deux chefs de bande Gérard et Gabouilli n'étaient pas de l'expédition. Ils sont arrêtés ainsi que Tonncllicr; le sixième brigand, en fuite
Dese/'/i'o/i (Eure). (129). Le préfet a mis des affiches et intenté trois procès pour provocation : acquittés faute de preuve.
liévolle de prisonniers, à la prison de Montpellier.
Faits divers. Plusieurs lettres de chantage (Nord et Pas-de-Calais) attribuées à Bakoffin, arrêté. — Incendies: Dyle, Sambre et Meuse, Ilaut-llhin. — Suicide de la femme Lambrectz dans la Meuse-Inférieure. — Un habitant de Mérindol est tué et pillé.
BULLETIN DU 2 FRUCTIDOR AN XII
Lundi 20 aoùl 1804.
165. — Prisons d'État. — Par suite des mesures pisses par le Minis- tre pour la sûreté des prisons d'Etat {Bulletins des 7 et 30 thermidor) (62 et 156), le maréchal Moncey transmet le rapport qui lui a été fait sur le château de Ham par le capitaine Bullemont. Le château offre des moyens de sûreté suliisants; mais il a besoin de quelques réparations... La garde n'est composée que de quelques vétérans... la caserne pourrait contenir un détachement plus nombreux. Le commandant n'a pas la confiance de ses subordonnés. Ils disent qu'il les traite avec trop de dureté. M™^ de Poli- gnac et d'autres étrangers, dont les noms ne sont pas connus du capi- taine, communiquent deux fois par jour avec les prisonniers. Le com- mandant paraît rechercher la protection de M'°® de Polignac qu'il croit très puissante. Le maréchal Moncey charge le capitaine de recueillir secrè- tement des détails plus circonstanciés.
166. — Dieppe. Pajot, complice des conjurés. — Le nommé Pajot, habitant de Guilmécourt, près Dieppe, avait reçu chez lui, à leur débar- quement, plusieurs des assassins envoyés de Londres. A leur arrestation,, il s'était enfui, avec son fils, et leur asile avait été toujours ignoré. Ils ont osé reparaître dans leur maison, croyant probablement que toutes pour- suites sur cette conjuration étaient terminées. L'un et l'autre sont arrêtés et en prison à Dieppe.
167. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Courrier de Londres. Polémique entre l'Oracle et le Courrier de Londres (Peltier) au sujet du pamphlet allemand « Kpitre à Bonaparte », rédigé par un de ses anciens partisans. — A propos de l 'alla ire Drake, le comte Duprat, maréchal de camp, pen- sionné de l'Angleterre, annonce un nouveau libelle : « Exposé succinct des derniè- res horreurs du gouvernement fi-ançais ».
lienseiffnenienls fournis au Ministre. Les bruits répandus sur Bertrand, Lebrun, Fortia ei la femme Montagne (115) sont faux. — M"» de Bourmont (122) et son frère
BULLETIN DU 3 FRUCTIDOR AN XII 51
Becdelièvre semblent avoir été à Nantes. Leriche de Brulepont ignore probablement l'évasion.
Renseicjnements. Delafare : émigré, agent de Condé à Turin. Est-ce le marquis de la Fare arrêté à Lugano ? Si oui, l'arrêter.
Coi'respondance. Avis à Sémonville et au général Marmont de rechercher en Hol- lande Enoul (164).
Désertion. Crambert, d'Oisel (Eure), est condamné à trois mois de pi-ison pour avoir engagé son frère à déserter.
Rébellions, à Gilly (Jemmapes), quarante personnes délivrent deux conscrits. — A Chatenois (Haut-Rhin), pour délivrer trois habitants arrêtés.
Faits divers. Tentative d'assassinat à Tilloy, par Gilbert, du 3* cuirassiers. — Assas- sinat : à La Rochelle, Dubois, déserteur amnistié, tue la femme chez qui il est logé.— Incendies : dans la Haute-Saùne; par la foudre, dans la Rocr.
BULLETIN DU 3 FRUCTIDOR AN XII Mardi 21 août 1804.
168. — Prisonniers d'État. — Le capitaine de gendarmerie Mang-i- not, qui a conduit Rusilion et d'Hozier au château de Lourdes, rapporte qu'au dernier relai (Estelle) le maître de poste, croyant que le capitaine allait voir Rivoire, détenu dans ce château, lui dit qu'il avait tenté de s'évader et qu'il était bien malheureux qu'il n'eût pas réussi... qu'il était resserré ; que cependant on n'avait pas encore perdu l'espoir de le déli- vrer. Il ajouta qu'il y avait, dans l'intérieur, une femme qui s'occupait de cette évasion, et, au dehors, un particulier qui faisait les préparatifs ; que la chose serait déjà consommée si ce particulier n'avait craint que son écriture ne fût reconnue ; que deux voitures étaient prêtes, l'une pour conduire Rivoire jusqu'aux frontières d'Espagne, l'autre pour le conduire de là en Portugal où il devait s'embarquer. En arrivant au château de Lourdes, le capitaine a communiqué au commandant ces confidences du maitre de poste. Ce commandant lui a paru surveiller avec soin tous les prisonniers, ainsi que le capitaine en second et le lieutenant des vété- rans. Il a remarqué que la garde n'était composée que de vétérans; qu'il y en avait plusieurs que leur vieillesse et leurs infirmités rendaient peu propres à ce service; que leurs femmes paraissaient presque toutes dans l'indigence. Il a aussi remarqué que, dans une nuit obscure, on pourrait escalader sans danger les murs du château.
169. — Bourmont et Hingant de Saint-Maur. — Le colonel de gen- darmerie écrit d'Angers, à la date du 26 thermidor, que M'^'' de Bourmont est arrivée dans cette ville le 23, avec son frère (Becdelièvre), trois enfants et deux femmes de chambre. Becdelièvre était allé à Besançon avec un passeport très ancien qu'il 'a changé à Orléans, à son retour. Ce nouveau passeport et celui de M'^'^ de Bourmont, accordé par le préfet de police, étaient pour Angers... Ils n'y ont pas été visés. Ils se seront rendus d'Angers à Sallerais, arrondissement de Nantes. Le colonel termine son rapport par une plainte générale contre les maires des campagnes qui, presque tous émigrés ou chouans amnistiés, sont plus disposés à sous- traire les hommes de ce parti aux recherches de la gendarmerie qu'à les seconder.
170. — Dyle. Situation. — Le préfet a adressé un rapport général pour le dernier trimestre : L'esprit public est excellent... quelques len- teurs pour la conscription... et l'usage des nouveaux poids. Plus de men-
52 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
diants. Deux j,^ardes forestiers sont accusés d'avoir causé la mort d'un enfant, en le faisant mordre par leur chien, et d'autres cruautés.
171. - Extérieur. — On lit dans VAheiUe, yazette française d'Altona, à la date du 10 août, un article conçu en ces termes : « Le comte de « Lille, qui devait quitter cette ville le 26 de ce mois, nest parti qu'au- « jourdhui pour Grodno. Un événement, qui aurait consterné la ville de « Varsovie, si malheureusement il avait été mis à exécution, a retardé le « départ de ce prince. Il a eu la preuve complète que quelques individus « habitant actuellement cette ville, ont vouhi non seulement attenter à sa « vie, mais à celle de sa famille et de ses Hdèles serviteurs. Il ne s'agis- « sait de rien moins que de les empoisonner tous avec de l'arsenic. Le « comte de Lille a recueilli toutes les preuves de cet attentat, en a fait « dresser un procès-verbal, et le tout a été remis à la justice, qui sévira « vraisemblablement contre les coupables, si toutefois ils n'ont pas déjà « quitté la \ille. »
172. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Francoul (Ui et 115), agent de Willol et Puivcrt depuis l'an \'I[I, avait été vu au Palais-Royal où il a été arrêté hier.
Brigunchige. Sommano, adjoint de Frabouse-Supérieurc (Sturc), est enlevé par des brigands qui traitent de sa rançon avec son frère et le prêtre \'inay.
liéhellion contre la gendarmerie, à Tourduson (Tanaro). Le maire et le chirurgien Vial semblent les principaux fauteurs.
Anç/liiis, autorisés à résider à Jemmapcs, s'y conduisent bien et ont établi des manufactures intéressantes.
itf"" Pommier, assassinée (152), avait été la femme du sénateur l'^rançois de Neuf- château.
Éoasions. Six déserteurs évadés de l'hôpital de Suse.
Ordres du Minisire. Rébellion à Gilly et Chatenois (167) : mettre garnison dans ces communes jus(ju'i\ ce qu'on livre les coupables.
Renseii/nemenls. Mingaud (87) : se renseigner sur ses derniers actes. — Ilayez : émigré rentré, lié avec Maillard (agent anglaisa Hambourg, ennemi : à vérifier. — Espions de l'Angleterre: débarqués, dit-on, à Auray : s'en assurer. — ^'andeman et Bernasconi : venus à Paris de Stockholm et llambom-g, habitent ensemble: interroger "N'andeman à Calais sur le but de leur voyage.— Libelle: « Epitre à Bonaj^arte » (167). — Espion de l'Angleterre : musicien allemand, à Paris. On ignore son nom. Il a fait hier des courses en voiture avec un compagnon. On donne leurs deux signalements: le retrouver. — Smith : irlandais, entrepreneur des fontaines épuratoiros. Propos : se renseigner. — \'iolet : ex-capitaine, fait des dupes : à surveiller. — Dervieux : aida à livrer Toulon aux Anglais, servit parmi eux, royaliste : à surveiller.
Faits divers. Accident en Seine. — Vol en Seine-et-Marne. — Incendie dans le Haut-Rhui. — Le maire de Herlisheini noyé dans la rivière de Meubach, cause inconnue. — Arrestation de Hierta, brigand, à Rivazolo.
BULLETIN DU 4 FRUCTIDOR AN XII Mercredi 'J2 iioiil ISOI.
173. — Château de Ham (1(),5). — Par une seconde lettre du 3, le maréchal .Moncey transmet d'autres détails plus circonstanciés, envoyés par le même officier : « M'"" de Polij;nac vient tous les jours au château, « à des heures diirérentes... La voiture entre dans la cour. On en a « observé une autre, construite en forme de malle fort élevée, de manière
BULLETIN DU 4 FRUCTIDOR AN XII 53
« qu'on ne peut voir ce qu'elle renferme. Elle arrive communément le « soir, et ne sort du château que vers 10 ou 11 heures, quelquefois « minuit. Il existe une liaison très intime entre le commandant actuel, « son secrétaire, l'ancien commandant et les Polig^nac. Léridan ne jouit « pas de la même liberté que les deux frères, et on n'a pour lui aucun « des égards qu'on leur prodigue. » Le Ministre a ordonné que la voiture désignée fût visitée avec soin à la sortie, pour constater si elle sert au transport de quelques individus, soit pour sortir, soit pour entrer. Aus- sitôt après cette visite, les frères Polignac seront mis provisoirement au secret. La permission accordée à M""^ de Polignac de communiquer avec eux sera retirée.
174 — Château de Lourdes (168). — Un rapport du capitaine Salorg-nes, commandant la gendarmerie des Hautes-Pyrénées, porte que les localités intérieures et extérieures du château de Lourdes n'offrent aucun moyen d'évasion; que le commandant joint à une excellente mora- lité un dévouement entier à Sa Majesté Impériale ; que la consigne et le service journalier ne permettent aucune tentative. Le maréchal Mon- cey, en transmettant ce rapport, observe qu'il dissipe les inquiétudes qu'avait fait concevoir un rapport précédent du capitaine Manginot {Biil' letin d'hier).
175. — Désertion. Forçats. — Le colonel Mignotte rapporte, à la date du 27 thermidor, que la désertion est fréquente dans les ports de Lorient et de Brest ; que la gendarmerie, dont le service est très actif, a arrêté cette année plus de six cents déserteurs marins. Le colonel se plaint du peu de surveillance qu'on exerce dans ces ports, tant sur les marins que sur les forçats. Il arrive souvent que ceux que la gendarmerie arrête et y reconduit lui sont signalés quinze jours ensuite, comme étant de nouveau en fuite. Les déserteurs se réunissent quelquefois pour leur sûreté, et traversent les campagnes en troupes de huit ou dix. Quelques personnes peuvent croire que ce sont des chouans ou autres émissaires de l'ennemi. Ce rapport est transmis au conseiller d'Etat du l'^'" arron- dissement.
176. — Loire-Inférieure. — Le préfet annonce, par une lettre du 26 thermidor que, depuis quinze jours, les anciens nobles paraissent satisfaits des bruits de guerre; que plusieurs amnistiés des départements voisins demandent et obtiennent la permission de se rendre dans celui de la Loire Inférieure. Le conseiller d'Etat a fait suspendre les permis- sions. Le préfet ajoute qu'il va parcourir les communes de ce départe- ment; qu'il fora arrêter tous les individus qui paraîtront correspondre avec l'ennemi; qu'il se procurera des renseignements exacts sur les maires, et remplacera ceux dont la fidélité sera douteuse.
177. — Ouest. Mouvements (130). — Sur un rapport du général Bonnard, annonçant des communications suspectes sur une étendue de seize à vingt communes, entre Pouancé et SegTé(J9H//e/i/j du -2-2 thermidor), on a demandé des renseignements, tant au général Girardon, qu'au pré- fet de Maine-et-Loire. Leurs réponses des 29 et 30 sont formellement opposées. Suivant le général, il y a des communications plus fréquentes entre les amnistiés de Maine-et-Loire, des réconciliations d'hommes brouillés depuis longtemps, des sourires ironiques lorsque l'on parle du couronnement. On soulève contre la conscription, en disant que de la descente en Angleterre dépend la fortune de l'Empereur ou le retour des Bourbons. Le préfet dit au contraire que le meilleur esprit règne dans tout le département; que toutes les lois sur les impôts, la conscription
5i LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
et autres sont exécutées ; qu'il y a plus de 40.000 votes pour l'hérédité ; que tous les prêtres chérissent l'Empereur, effet d'un supplément alimen- taire qu'ils reçoivent de chaque commune. Il ajoute que l'an XIII, cent soixante percepteurs à vie feront autant d'agents secrets et fidèles dissé- minés dans le département.
178. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Lord EUjin se tient fort tranquille aux eaux de Barèges S ti'ès heureux d'avoir cette permission.
Rixe. Des douaniers prennent des gendarmes d'Arrendonck pour des contreban- diers, les attacjucnt et blessent Ilancelin.
Moreaii. Plus de nouvelle depuis son embarquement à Barcelone. On Tattend à Valence pour le fêter. Kn marge, de la main de Fouché : « L'ex-géncral Moreau est « à Cadix depuis le 1" août avec son épouse. Son projet est d'y attendre ses couches « avant de s'embarquer pour l'Américiue. »
Allernayne. Quelques vaisseaux russes à Copenhague, pour l'instruction des jeunes marins. — Au vauxliall de Hambourg on a chanté le « God save the king ». Pas d'officier hanovrien dans la salle. — Brochure : Coup d'œil sur les reLilions politi- ques de /<-j Russie avec la France, suivie dune « notice sur le duc d'Enghien. »
Ordres du Minisire. Troubles à Nevcrs (150) : arrêter Lamour qui fit arrêter La Gênissière. Envoyer en surveillance* dans quelque petite ville de la Côte d'Or », Prévet-Lacroix, mêlé à cette aHairc. En marge, de la main de Fouché : « Pour amé- « liorer l'esprit public de ce pays, il suffirait de faire quelques déplacements dans « l'autorité militaire qui s'y conduit fort mal et dont le préfet se plaint. »
Faits divers Suicide, dans la prison de Toul, de Catillard.
Extérieur (Reproduction de l'article 171).
BULLETIN DU 5 FRUCTIDOR AN XII Jeudi 23 aoii( 1804.
179. — Saint-'Valery. Surveillance. — Le commissaire de police de Saint Valéry rapporte que les pécheurs et pilotes ont des communi- cations continuelles avec les neutres. Dès qu'ils les aperçoivent sur mer, ils vont à leur, rencontre, sous prétexte de les engager à entrer dans quel- que port de cette côte. Presque tous refusent, continuent leur l'oute et sont bientôt abordés par quelque bâtiment anglais. Ces communications peuvent avoir des objets secrets et contraires à lïntérêt de l'Etat. On en donne avis au ministre de la marine, qui jugera s'il convient de les interdire.
180. — Château d'If. — Le capitaine de gendarmerie Longlel, en résidence à Marseille, lié avec le commandant du château d'If et inconnu des prisonniers, a visité le château, en habitbourgeois.il a conféré avec quelques-uns des détenus qui se promenaient sur le donjon, notamment avec Rnclielle qui lui a paru contient de son sort, espérant qu'à la paix, il obtiendrait sa liberté. II a examiné avec soin l'étal de cette forteresse, et n'a reconnu aucune possibilité d'évasion. M. Dumiez, qui est cliargé de ce commandement, depuis sept ans, est inaccessible à tout genre de séduction.
181. — Rapport sur la Martinique (Le Havre). — Le Maire du
1. Barèges ou Ha^jnères (lO-J)?
BULLETIN DU 5 FRUCTIDOR AN XII 55
Havre rapporte, à la date du 29 thermidor, qu'un négociant, arrivé le 28 de la Martinique, a déclaré que les chefs, les troupes et les habitants de l'ile étaient tous sincèrement attachés au gouvernement actuel.
182. — Nord. Culte. — Sous le prétexte de la tolérance du gouver- nement, et sans égard aux défenses des maires, on établit dans les cam- pagnes, sur les routes et places publiques du département du Nord, les anciens signes du culte catholique, comme dominant. Les croix, calvaires, madones se multiplient... On craint qu'il n'en résulte des abus dange- reux... Les sous-préfets et l'évêque de Cambrai s'en plaignent unani- mement.
183. —Extrait d'une lettre de Vienne (11 août). — ...«J'aivu hier « l'évêque de Nancy. Il est absolument comme ministre de Louis XVIII, « et c'est une caricature que les bureaux de son ministère, composés de « trois vieux prêtres. Il m'a reçu avec empressement, à raison de mon « arrivée de France, et m'a accablé de questions auxquelles je ne savais « ce que je devais répondre. Il m'a engagé à venir le voir souvent ; et -« sur ce que je lui ai dit que je devais bientôt retourner en France, il ■« m'a prié de le prévenir de mondépart.Je crois que je serai chargé de « commissions de sa part. Il m'a dit que Louis XVIII avait convoqué à « Pétersbourgtous les princes de la maison de Bourbon, et qu'ils devaient « y être ou arriver sous peu. L'Empereur de Russie leur a fait préparer « un palais superbe. »
184, — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Naufrage. Un bateau charge de bombes et oIjus pour Rennes se brise sur un rocher à Samoreau (Seine-et-Marne) par suite d'un vent violent.
Evasion, à La Palice, de trois conscrits qui terrassent le concierge de la prison.
Poudre (Douai). 200 kilogs de poudre remplacés par de la terre.
Bounnont. D'après ce que M™" de Bourmont a dit à une femme de chambre, elle doit être près de Nantes. Elle y est effectivement avec Becdelièvre (169).
Vol des antiques. Gharlier arrivé à Anvers.
Turin. Des fausses nouvelles y circulent On y voit des officiers du génie autri- chiens.
Lourdes. Rivoire, qui a tenté de s'évader (168), est enfermé dans la tour avec Rusilion et d'Hozier.
Ouvracje politique. Analyse d'une brochure allemande Rome et la France (1804) qui circule sur la rive droite.
Moreau est arrivé à Cadix.
Suzannel s'est fixé près de La Haye parce qu'on y parle généralement français. Le ministre l'envoie en Allemagne.
Ordres du Ministre. En liberté : Renaud (ex-curé de Ville -en- Sallaz. Plaintes exagérées contre lui. Le tribun Pictct le recommande : révoquer l'ordre donné de s'éloigner) ; Mai'^lin (curé de Saint-Martin-dc-Valmeroux, à l'hospice d'Aurillac, faussement accusé de rébellion au concordat) ; Seguin (sur son vote a ajouté « Point de tyran » était ivre). — Galossi (sonnet satyrique. Le maréchal Jourdan le considère comme peu dangereux : qu'ilen fasse ce qu'il voudra). — Trois déserteurs étrangers (condamnés par le tribunal à être renvoj-és en Espagne : exécuter ce jugement). — Arrêter Lambert (exalté, propos, à Vienne) (Isère).
Renseic/nements. Déserteurs de la Marine (175): arrêter ces déserteurs. — Rivoire : tentative d'évasion (168). — Chevalier : doit être l'agent secret d'un ministre étranger. On dit qu'il reçoit des appointements mensuels chez un lianquier (non cité) : à véri- fier. — Comte de Belleval : se dit envoyé de l'hospodar de Valachic. fréquente les ambassades étrangères : s'assurer du but de son voyage. — Réunions suspectes de napolitains chez le marquis Tupsatict d'émigrés au restaurant Véry : les surveiller.
Faits divers. Naufrage d'un bateau de pèche (Côtes-du-Nord).
56 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
BL'LLETIX DU 6 FRUCTIDOR AN XII Vendredi 21 août JS04.
185. — Paris. Bruits. — On cherche à inquiéler par divers bruits propres à produire cet effet. Il y aura incessamment, dit-on, une levée générale des conscrits de toutes les classes. La proposition en a été faite au Sénat, secrètement.... On a besoin de ce recrutement pour résister aux puissances continentales qui se réunissent à l'Anf,^leterre. On va aussi créer un papier monnaie qui sera hypothéqué sur les propriétés particu- lières, par forme de subside de guerre. Tel a été le but du voyage du ministre des finances à Boulogne.
186. — Barras. — M. Barras est arrivé à Paris, le 3 de ce mois, au soir. Il revient de Spa par Bruxelles, où il a vendu tous les chevaux. Il a annoncé qu'il resterait seulement six jours à Paris. Il part ensuite pour le Midi. Il a fait plusieurs visites.
187. — Nevers. Esprit public. Extrait d'une lettre particulière (85, 150 et 178). — « On ne poursuit au Tribunal M. Chevalier ^ que « parce qu'il a toujours été bon citoyen et ami du gouvernement. C'est « le parti de Ilyde qui triomphe ^. On répand que le maréchal Moncey a « spécialement chargé la gendarmerie de suivre cette affaire avec acti- ve vite. » Le conseiller d'Etat observe que si le maréchal Moncey a donné cet ordre, il l'a laissé ignorer au Ministère. La gendarmerie n'a même fait aucun rapport quelconque sur cet événement, et donne cependant chaque jour avis de. divers faits beaucoup moins importants.
188. — Hautes-Pyrénées, Etablissements thermaux. — Le préfet des Hautes-Pyrénées a parcouru les établissements thermaux de ce dépar- tement : il a reconnu dans tous, un bon esprit. A Cauterots une octogé- naire, qui fut maîtresse du duc de Richelieu, débitait dans son salon quelques contes absurdes. « La société en a fait justice, dit le préfet; le « salon est devenu désert, et tout le monde est aux pieds de M"" Tas- « cher, cousine de Sa Majesté l'Impératrice. »
189. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Indiacipline. Des soldats, des différents corps de Turin, enfoncent les portes de La Martinette, hôpital des vénériennes, et font évader quarante-huit femmes. Quatre sont reprises.
Vol dans un chalet du parc de Sain(-Leu, demeure du prince Louis.
Faux bruits, concernant l'escadre de Toulon, répandus à Marseille par Crazel, cons- tructeur de navires. Devant l'émotion, on affiche un démenti à la Boiu'se.
Ordres du Ministre. En liberté : Pierre (journalier, Côtes-du-Nord, sept enfants. Un des vingt-cinq arrêtés pour relations avec De Bar. Relâché comme Guezno Penanstcr). —En liberté en surveillance : Simono (espagnol, offrait au maréchal Soult des plans de fortification. Peut venir à Paris). — Kn liberté à 40 lieues de Paris : Hémond (prêtre, détenu à Nevers (floréal XII), parla contre les acquéreurs. Rien
1. En marge, de la main de Fouché : « Chevalier est un homme dévoué, mais c'est un indiscret ».
2. Eu marge, de la main de Eouché : < II n'y a point de parti qui triomphe à Nevers, mais il n'y a pas un bon esprit, et c'est la faute des préfets quj s'y sont suc- cédé. »
BULLETIN DU 7 FRUCTIDOR AN XII 57
dans ses papiers. Ne plus l'employer ù Nevers). — A la citadelle de Luxembourg: Audriaux (déserteur, bandit).
Faits divers. Infanticides à Clichy et à Savigny. — Inondation à Bohain.
BULLETIN DU 7 FRUCTIDOR AN XII Samedi 25 août 1804.
190. — Paris. Jeux i. — M. Davelouis, qui a la ferme des jeux depuis deux ans, s'est associé MM. Basouin et Maurice, membres de l'ancienne compag-nie. Le préfet de police a aug-menté le bail de 400.000 francs. Au lieu de 4 millions, on verse aujourd'hui 4.400.000 francs. On versera 5 millions à la paix avec l'Angleterre ; c'est une condition du bail. Les départements ne rendaient rien à la caisse... Ils verseront près d'un million.
191. — Cautions de Rivière. — MM. de Léon, de Montmorency et de Brancas ont demandé qu'on accordât à M. de Rivière, dans sa prison, le plus de liberté possible, et ont offert de se rendre personnellement ses cautions. On parle avec éloge, dans quelques sociétés de Paris, de cette offre généreuse.
192. — Midi. Situation. — Par une lettre du 27 thermidor, le géné- ral Cervoin expose au Ministre la situation actuelle des départements méridionaux. Depuis plus d'un siècle, dit ce général, la Provence ne s'est trouvée, à aucune époque, dans une situation aussi satisfaisante. De tout temps, le brigandage y avait été exercé, et la fermentation révolution- naire en avait accru les éléments. Des mesures de haute police ont com- battu avec succès, dans les dernières années, les brigands et leurs com- plices. De là, l'heureux état auquel on est parvenu. Pour le conserver, il est nécessaire de laisser subsister la commission militaire extraordinaire et les compagnies d'éclaireurs. La commission ne s'est pas assemblée depuis le 16 frimaire (près de neuf mois). Sa présence a suffi pour conte- nir. Les éclaireurs, répartis dans les bois et les points qu'il importe le plus de surveiller, sont indemnisés par un supplément de solde de 8 sols par jour, qui leur est fourni par le département. Si ces deux institutions étaient supprimées, l'espoir de l'impunité renaîtrait et ouvrirait une nou- velle carrière au brigandage.
193. — Morbihan. Ghouanerie. — Par une lettre du 2 de ce mois, le préfet du Morbihan communique une déclaration faite par un ancien chouan au sous-préfet de Pontivy, dont voici la substance : « Il a ren- contré à Moréac, il y a environ huit jours, un inconnu vêtu en paysan, qui lui a dit : « Allez à Locminé, vous y trouverez quelqu'un qui a de « l'or. » S'étant rendu à Locminé, il y a effectivement été abordé par un homme qui lui a demandé s'il était le même qu'autrefois. Sur sa réponse affirmative, cet homme a ajouté : « Je vous ai recommandé à nos Mes- « sieurs; vous aurez trois schellings par jour..., ils vous remettront dix- « huit louis.... Tout va bien, l'or ne manque pas. » Il a dit encore que, si Querelle et Léridan n'avaient pas craint la mort, ils n'en seraient pas au point où ils se trouvaient, et que, dans quelques jours, il le mènerait
1. En marge, de la main de Fouché : « Ce mouvement dans les jeux est la suite de « l'arrêté que j'ai pris et dont j'ai eu l'honnem' de rendre compte à Sh Majesté. J'ai « tout organisé, de manière qu'il ne peut plus y avoir de secret ni dans le bénélicc, « ni dans l'usage qu'on en fait. »
58 LA POLICE SECRETE DU PREMIER EMPIRE
chez les chefs, qu'il a dit être Jean-Marie (guide de tous les débarque- ments) et Le Thiais. Enfin, il a conduit le déclarant dans un cabaret, où il lui a montré huit louis en or et vingt écus de six livres, somme beau- coup au-dessus de ses facultés. » — Le sous-préfet est chargé de suivre, par tous les moyens possibles, les traces de cette première révélation, et d'enga^"-er l'auteur à seconder toutes les mesures qui pourront être prises. Si elle est exacte, il en résulte que Jean-]^Lirie et Le Thiais sont encore dans l'Ouest : on avait répandu que l'un et l'autre étaient retour- nés en Angleterre. Le préfet ne craint pas une nouvelle insurrection dans l'état actuel, mais il pense qu'une guerre continentale pourrait servir uti- lement les projets de l'ennemi dans ces contrées. Il ajoute que si cette guerre devait avoir lieu, il serait indispensable d'entretenir, dans cette partie de l'Ouest, quatre compagnies d'infanterie qui ne pussent être éloi- gnées pour aucun service.
194. — Autriche. — Plusieurs officiers au service d'Autriche, du nom- bre desquels ]\L de Salue, demandent l'autorisation du Ministre de la police pour venir en France. Ils exposent qu'ils ne peuvent obtenir un congé et un passeport, en Autriche, qu'en justifiant préalablement de cette autorisation. Il paraît que cette nouvelle mesure du gouvernement Autrichien a eu pour cause l'arrestation qui a eu lieu de quelques émi- grés, au service de cette puissance, pour différents faits qui leur étaient personnels.
195. — Varsovie (7 août) (Traduit du « Correspondant ») (171). — Dans les derniers jours du mois précédent, on a découvert le complot qu'on avait formé d'empoisonner le comte de Lille et sa famille. Deux étrangers avaient gagné un certain Coulon, qui tient un billard, et lui avaient fait promettre, au moyen des liaisons qu'il avait avec le cuisinier du comte de Lille, de mettre, dans le pot à soupe, trois carottes empoi- sonnées qu'ils lui montrèrent. Cependant Coulon, tourmenté par le remords de sa conscience, découvrit le complot et livra le paquet qui renfermait les trois racines. Deux médecins et un apothicaire de Varsovie en firent l'analyse, et on reconnut qu'elles contenaient de l'arsenic. Peu de temps avant son départ de Grodno, le comte de Lille écrivit, le "24, le 25 et le 26 juillet, au comte de Iloym et au président de Tilly, et Sa Majesté le roi de Presse a ordonné qu'on fît les recherches les plus strictes. Les procès-verbaux ont donné le signalement des étrangers qui ont pris la fuite.
On écrit de Londres, à la date du 10 août: que lord Ilarrowby a envoyé une note circulaire aux ministres des puissances étrangères, par laquelle il leur déclarait que Sa Majesté le roi d'Angleterre avait jugé à propos de faire bloquer l'entrée des ports de P'écamp, Saint-Valery-en-Caux, Dieppe, le Tréport, la Somme, Etaples, Boulogne, Calais, Gravelines, Dunkerque, Nieuport et Ostende.
196. — ÉVÉNEMENTS DIVERS
Brest. Mesures de sûreté prises pour connaître tout individu, français ou étranger, venant à Brest.
Bonnnonl. Ilin(/,inl de Siiinl-M.iur. .loly, emploj'c près le secrétaire d'Etat, est un des deux voya','Curs du courrier de Dijon que l'on prenait pour les évadés.
Faux bruits. Le préfet du Doubs dément les faux bruits relatifs au rétablissement ■des droits de chasse et de pèche.
Itcbellion. A Seyssel, la populati<jn délivre un déserteur des mains do la gendar-
BULLETIN DU 9 FRUCTIDOR AN XII 59
mcrie. — A Gilly (167), nouveaux détails, deux cents révoltés. Les gendarmes Target et Kinet blessés.
Chauffeurs. Arrestation de quatre, département de la Dyle.
Prêtre intolérant. Castanet, curé de Diculivol
Curé rec?a?ne. Saint-Jean-Pla-de-Cors (Pyrénées-Orientales) réclame Justafre,son ancien curé, au lieu de Fourgues.
Brigands. Piémont. Sur dix-sept brigands redoutés, sept sont arrêtés. Quatre à cinq mille brigands ou vagabonds dans les prisons. La sûreté exige qu'on les déporte.
Montjoie, aux eaux de Badt, attend le moment de jouer un autre rôle,
Hnsum. Passagers. Arbuthnot, ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, fa^t au bourgmestre de Husum une scène très violente à propos d'un passeport. — Un maître d'hôtel de Drake va à Munich. — Arrivée de Grivel, courrier anglais.
Ordres du Ministre. En liberté en surveillance : Herbouville (25, 44) (réclamé par famille et camarades. Sous caution de son père, auteur A'Hécuhe. A Paris); Rapatel (ponts et chaussées, propos, à Rennes).— Renvoyer en Portugal : Damoiseau (émi- gré, en vient). — Au Temple, jusqu'à ce qu'on puisse le déporter : Francoul (114) {arrestation justifiée). — A Bicétre : Brunet et Laventurier (filoux, trois mois ; Lauze Dupei'ret (78) (recherché depuis frimaire X, aventurier, à Bicétre jusqu'au 1«' fri- maire, puis en surveillance à Saint-Etienne, son pays).
Renseignements. Brulon, de \'annes, complice de Georges : savoir où il est. — Libelle : « les Deux Corses », à rechercher. — Surveiller : Steube, premier ministre de l'électeur de Bavière, et Wachter, « chargé de la noblesse immédiate de lEm- pirè », agent anglais, croit-on.
BULLETIN DU 9 FRUCTIDOR AN XII Lundi 27 août JS04.
197. — Amnistiés résidant à Paris. — Le conseiller d'Etat, préfet <le police, a pris, en vertu d'un ancien ordre du grand-juge, un arrêté qui astreint tous les individus rayés de la liste des émigrés, demeurant à Paris, à se présenter toutes les semaines, à jour fixe, dans un de ses bureaux, pour y signer sur un registre ouvert à cet effet. Le ]\Iinisti'e de la police générale, instruit de cette disposition par les effets qu'elle pro- duisait, tant parmi les amnistiés que parmi le public, a demandé au pré- fet, le 3 fructidor, communication de l'arrêté qui est du 12 thermidor dernier. Son Excellence a jugé que cet arrêté était impolitique et sans utilité réelle ; impolitique parce qu'une semblable mesure n'ayant pas été jugée nécessaire, même dansla circonstance où une conjuration était our- die contre l'Etat, on serait porté à penser qu'elle est aujourd'hui le résul- tat et le signe de quelques graves inquiétudes ; cette même mesure est encore sans but ; car, toute surveillance dont on est averti est presque inutile; il n'y a de moyens efficaces que ceux qui sont invisibles, les autres blessent tout le monde et ne réussissent envers personne. Ces con- sidérations ont déterminé le Ministre à inviter le préfet de police à modi- fier l'exécution de son arrêté et à mettre en usage les moyens qui lui sont indiqués.
198. — Surveillance particulière. Barras. — M. Barras s'occupe de suivre quelques affaires litigieuses. Jeudi dernier, une cause qui le concerne fut appelée, en son nom, au tribunal de paix, séant aux Petits- Pères. Pierrude, son fondé de pouvoirs, a paru pour lui. Il a passe les journées de vendredi et samedi dans sa maison, rue des Francs-Rourgeois, avec ee même M. Pierrude. Dimanche ils sont allés visiter ensemble los bois que Rarras possède aux environs de Grosbois, et ils ne sont revenus
60 LA POLICE SECRÈTE DU PREMIER EMPIRE
qu'à la nuit Ils se réunissent encore aujourd'hui et iront dîner chez lieauvilliers. M. Barras garde l'incognito, veut laisser ignorer à ses con- naissancei qu'il soit à Paris, et dispose son départ.
199. — Ouest. Mouvements. — Le général Bonnard avait rapporté (130) (Bulletin du 22 thermidor) qu'il y avait des communications fré- quentes et suspectes sur une étendue de seize à vingt communes, entre Pouancé et Segré, frontière de Mayenne et Maine-et-Loire. Les rensei- gnements demandés au général Girardon et au préfet d'Angers ont donné des résultats contradictoires (177) [Bulletin du 4). La réponse du préfet de la Mayenne, du i de ce mois, est à peu près conforme à celle de son collègue de Maine-et-Loire. 11 y a encore, dit-il, quelques partisans des Bourbons qui parlent d'une diversion de la Russie en faveur de l'Angle- terre. Quatre à cinq hommes, près la forêt de Combrée, montrent un mau- vais esprit. Il est entretenu ouvertement par un prêtre de Bouille, qui fut le fléau du pays pendant la guerre (cette lettre ne le nomme pas), et très secrètement par un chef de chouans de Grugé, non nommé, et par M. Davoine, émigré de Combrée. Il y a aussi quelques autres émigrés, chouans ou anciens nobles, qui, par ton plus que par opinion, manifestent dans quelques sociétés des regrets sur l'ancien ordre. Mais les mêmes hommes rendus à eux-mêmes viennent très souvent donner au préfet des renseignements utiles pour la stabilité du gouvernement. Le préfet assure que les neuf dixièmes des amnistiés prendraient les armes pour la défense de ce gouvernement, s'il était attaqué.
200. — Fort de Bellegarde. — Conformément à l'instruction du Ministre, le préfet des Pyrénées-Orientales a été chargé de procurer des informations exactes sur la situation du fort de Bellegarde, sur la garni- son, survies prisonniers d'Etat détenus dans ce fort. La réponse de ce préfet, du 30 thermidor, annonce que cette place n'offre aucun moyen de sûreté. Les fortifications sont en ruine, les casernes dans le plus mau- vais état, sans serrures ou sans clefs. La garnison est composée de qua- rante-quatre vétérans plus ou moins impropres au service. Le comman- dant est honnête et dévoué, mais il n'a pour moyens de sûreté que les paroles d'honn